Mariage Ouzbékistan Boukhara

L’Ouzbékistan restreint le faste des mariages

Le pays le plus peuplé d’Asie centrale a emboîté le pas du Tadjikistan en votant une loi de restriction sur les mariages. Pour le Parlement ouzbek, ils sont la vitrine de tous les excès.

Le 14 septembre dernier, les parlementaires ouzbeks du Sénat et de l’Oliy Majlis, la chambre basse du Parlement, ont voté un texte qui restreint les célébrations des mariages dans le pays. Selon le média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News, ce texte établit des restrictions sur les mariages, mais aussi pour les cérémonies de funérailles, de rituels solennels.

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Le texte, aussi appelé « Loi de Modestie », a été précisément voté lors du « jour de la modestie », « день скромности ». Il fait suite à de nombreuses prises de paroles du chef de l’Etat ouzbek Chavkat Mirzioïev, comme le rapporte le média ouzbek Gazeta. Le président a insisté sur la nécessité de rationaliser les rituels familiaux et de prévenir le gaspillage ainsi que le faste.

200 invités maximum

La loi, qui a été consciencieusement débattue dans les bureaux du gouvernement et sur les réseaux sociaux, s’articule sur quatre idées majeures. En premier lieu, les mariages doivent être organisés en journée, entre 6 heures et 23 heures. Le comité mahalla, l’association communautaire de résidents, doit être tenu au courant des festivités au moins une semaine à l’avance. Une autre restriction s’applique à un des temps les plus sacrés de cette journée si spéciale. La distribution du riz pilaf (ou plov), initialement offert à 5 heures du matin, ne se déroulera qu’à l’heure indiquée par les autorités locales. Les heures de distribution du plov seront soumises à une flexibilité en fonction de la région où se trouve le mariage.

Ensuite, cette Loi de Modestie limite le nombre d’invités aux cérémonies de mariages à 200 personne et 50 de plus pour la dégustation du plov. Lorsqu’un évènement est prévu en Ouzbékistan et que le nombre total de participants est supérieur à 50, un accord avec un restaurant, une salle de banquet ou bien un café est obligatoire. Les funérailles ont reçu une exemption de ces restrictions.

Règles éthiques et nombre de voitures limité

Le texte comporte également des règles d’éthique à respecter afin que les dispositions ne soient pas détournées. L’Ouzbékistan puise ses sources dans le Coran mais pas uniquement, avec les cérémonies du « Kelin kuyev chakirdi », « Ota Kurdi » ou bien « Tora Juborish ». Il s’agit d’une fête pour le marié dans la maison de son épouse, d’un transfert de cadeaux du père de la mariée directement à son époux ou bien encore d’un échange de cadeaux et de nourriture entre les nouveaux mariés. La loi prévoit des campagnes d’explication à la population pour que ces traditions soient respectées et ne soient pas détournées de leur sens initial, notamment pour que les familles ne s’engagent dans des dépenses inconsidérées entraînant des endettements.

En ce qui concerne les funérailles, la loi propose de mieux faire respecter les traditions telles que le « mato ulashish » (distribution de tissu), la « yakshanbalik » (commémoration du dimanche) ou bien le « pol tarqatish » (distribution d’argent).

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Enfin, la dernière restriction et pas des moindres, le cortège de mariage ne doit pas dépasser trois voitures. Il n’y a pas de lignes directives concernant l’origine des véhicules ou bien la couleur, la limousine est donc théoriquement autorisée.

Mariage Ouzbékistan Célébration Loi

Le contrôle du respect des nouvelles exigences est confié aux députés, aux présidents des comités mahalla et aux inspecteurs des organes liés aux affaires intérieures. Par ailleurs, selon l’agence Ferghana, le concept d’« officier de police de district » devrait bientôt voir le jour. Véritables « généraux du mariage », ils seront invités d’office, compteront le nombre d’hôtes, suivront le cortège dans ses déplacements et veilleront à ce que tous rentrent à la maison à 23 heures.

Une loi calquée sur celle du voisin tadjik

La loi ouzbèke est pensée sur une loi plus ancienne votée au Tadjikistan, comme le rapporte Ferghana news. Le président tadjik Emomalii Rahmon a signé et demandé sa mise en vigueur en 2007. Depuis, elle a été appliquée scrupuleusement. Les citoyens subissent désormais des restrictions pour leurs festivités concernant le nombre d’invités et les dépenses. Ces règles s’appliquent aux « toï », des célébrations qui marquent les étapes de la vie tadjike comme les mariages, les naissances et les anniversaires.

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La loi sur la régulation des traditions règlemente le nombre d’invités à 150 participants pour un mariage et 60 pour la circoncision d’un enfant ou bien un rite musulman. Historiquement, la loi a été instaurée pour protéger les familles qui, afin de préserver leur réputation, dépensent tout leur capital. Auparavant, certaines cérémonies allaient jusqu’à rassembler 1 000 personnes. Aujourd’hui, les familles qui contreviennent à la loi s’exposent à de lourdes amendes.

Le Kirghizstan, nouvel eldorado ?

Pour autant, cette interdiction souffre d’un point faible que les Tadjiks ont su exploiter. De fait, au Kirghizstan voisin, rien n’empêche d’organiser des mariages fastueux. Le pays enclavé a ainsi une carte de soft power en main. Malgré les tensions entre les deux pays à l’origine de nombreux morts dans la vallée du Ferghana, les fiancés tadjiks et leurs familles se rendent volontiers chez leurs voisins du nord.

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C’est notamment le cas des familles de Khodjent, dans le nord du Tadjikistan, qui viennent au Kirghizstan, même s’il faut payer 2 000 dollars une location de salle pour un évènement. Les prix sont dérisoires comparés à ce dont ils devraient s’acquitter au Tadjikistan. De plus, le coût de la vie quotidienne au Kirghizstan est moins élevé, ce qui incite de nombreux Tadjiks à venir pour acheter les nombreux produits locaux.

Lire aussi sur Novastan : Les fêtes kirghizes : tradition ancestrale ou contrainte sociale ?

Avec cette nouvelle loi ouzbèke, le Kirghizstan pourrait accueillir de plus en plus de mariages de leurs voisins. Une probabilité d’autant plus forte que le pays compte une importante minorité ouzbèke, notamment dans le sud, autour de la ville d’Och.

Louis Levêque
Rédacteur pour Novastan

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Pour cette dernière cérémonie, il est préféré les musiques modernes, ici avec le groupe « Sarbast » venu spécialement de Tachkent pour l’occasion. Boukhara, janvier 2014.
Sylvain Roy
Les mariages ont été considérés comme trop fastueux en Ouzbékistan.
Isiteuz
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