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L’Ouzbékistan se lie avec une entreprise aéronautique chinoise

Le ministère ouzbek du Développement et de l’Innovation a signé un accord avec ALIT, l’un des acteurs majeurs de l’aéronautique et de la défense en Chine. De quoi renforcer encore un peu plus les relations entre la Chine et l’Ouzbékistan, tout en écartant subtilement la concurrence, notamment française.

Le 10 janvier dernier, les autorités ouzbèkes ont signé un accord avec l’entreprise chinoise Aerospace Long-March International Trade (ALIT), a rapporté le média ouzbek Kun.uz. Cet accord inclut des dispositions de coopération dans les secteurs de l’aéronautique, mais aussi de l’industrie de défense, notamment dans l’étude du développement des technologies spatiales et satellitaires. Plus précisément, des formations seront offertes à des spécialistes ouzbeks en Chine, décrit le communiqué du ministère ouzbek du Développement et de l’Innovation.

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ALIT n’est pas n’importe quel acteur de l’aéronautique en Chine. L’entreprise appartient au géant de l’aéronautique  China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), l’un des principaux acteurs chinois dans le domaine spatial et seul opérateur chinois en communications et diffusions par satellite. CASC affiche un chiffre d’affaires de plus de 33 milliards d’euros et emploie près de 200 000 personnes. Quant à ALIT, le groupe a déjà collaboré avec plusieurs États en quête de système de défense intérieure. ll a notamment fait parler de lui au cours des dernières années dans un contrat commercial avec le Pakistan concernant des systèmes de missiles sol-air LY-80, représentant plus de 200 millions d’euros.

La France mise sur la touche ?

Plus largement, cet accord pourrait mettre à mal les nouvelles collaborations entre la France et l’Ouzbékistan. En octobre 2018, durant le déplacement du président ouzbek Chavkat Mirzioïev en France, Paris et Tachkent avaient signé un accord de partenariat, décrit comme le « bijou » de la visite. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se félicitait alors que la France soit un des seuls pays au monde à offrir un partenariat aussi complet dans le secteur spatial. En tête de pont, on trouvait notamment le Centre national d’études spatiales et Thales Alenia Space, ce dernier espérant toucher de nouveaux clients.

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Or, la collaboration entre ALIT et l’Ouzbékistan pourrait remettre ce constat en perspective. En effet, non seulement l’accord établi avec l’entreprise chinoise couvre les mêmes domaines, mais il rend également compte d’une volonté d’aller plus loin que la coopération bilatérale avec le Centre national d’études spatiales et Thales Alenia Space. Dans un secteur où c’est initialement la Russie qui domine en Asie centrale, l’arrivée de la concurrence chinoise risque de faire de l’ombre au groupe français.

Contacté par Novastan, Thales Alenia Space dit continuer « le dialogue avec l’Agence de Recherche et de Technologie Spatiales sous le cabinet des ministres de la République d’Ouzbékistan («Ouzbekcosmos»).  L’objectif étant d’engager une coopération de long terme avec le pays, et assurer des transferts de technologies dans le contexte de la mise en place de cette agence ».

L’entreprise française défend également son plan de coopération avec Ouzbekcosmos. Il est considéré « comme faisant partie d’une feuille de route plus étendue qui, à partir de l’acquisition d’actifs terrestres, deviendra une coopération en plusieurs étapes, commençant par la définition du concept, transfert du savoir-faire et des systèmes technologiques associés jusqu’à la mise en œuvre et l’exécution d’un plan spatial approprié et complet bien adapté aux besoins opérationnels réels. » Reste à savoir si cela aboutira ou non dans ce nouveau contexte.

Un accord qui vient entériner les relations sino-ouzbèkes

De fait, cet accord ouvre un nouveau domaine de coopération entre la Chine et l’Ouzbékistan, après la coopération gazière, technologique et culturelle lancée depuis plus d’une décennie. Il intervient également quelques jours après la levée des visas pour sept jours pour les citoyens chinois en Ouzbékistan, une première en Asie centrale.

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Ainsi par cet accord, la Chine, premier partenaire commercial de l’Ouzbékistan devant la Russie et le Kazakhstan, pénètre un nouveau domaine de coopération. La Chine représente à elle seule 20 % du commerce extérieur ouzbek, soit environ 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires selon les estimations du journal ouzbek Gazeta.uz.

Victor Nicolas
Rédacteur pour Novastan

Edition 23/01/2020 : ajout des commentaires de Thales Alenia Space.

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L’entreprise chinoise ALIT a signé un accord de coopération avec les autorités ouzbèkes.
Ministère ouzbek du Développement et de l'Innovation
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