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L’Ouzbékistan : un géant gazier en devenir ?

L’Ouzbékistan a régulièrement augmenté sa production de gaz depuis la fin de l’URSS. Tachkent voudrait désormais consolider sa position dans la région sur le plan énergétique. Pour cela, les autorités prévoient d’augmenter encore la production de gaz naturel et de développer le secteur gazochimique. Mais le gouvernement a-t-il les moyens de mettre en œuvre ces plans ?

La rédaction de Novastan, sur la base d’un article publié sur Eurasia-Expert, vous propose de comprendre les défis que le pays doit relever afin de devenir le géant gazier incontournable de la région.

La production d’hydrocarbures en Ouzbékistan a commencé il y a 130 ans dans le village de Chimyon. Cela a commencé avec le rattachement du khanat de Kokand au Turkestan russe. Sous la direction d’ingénieurs russes, le pétrole était transporté à dos de chameaux et transformé à l’aide d’un traitement primitif.

Le gaz n’a fait son apparition dans la production énergétique de l’Ouzbékistan que 70 ans plus tard, pendant la période soviétique, quand des travaux d’exploration géologique ont conduit à la découverte du gisement de Satalantepe dans le bassin de l’Amou-Daria. Cette découverte a donné une puissante impulsion au développement de l’industrie du gaz en Ouzbékistan : l’un après l’autre, des gisements importants ont été découverts. C’est le cas du gisement de Gazlinskoe dont les réserves initiales étaient de 500 milliards de mètres cubes. Les premiers gazoducs en direction de l’Oural ont alors été construits.

Rapidement, l’Ouzbékistan s’est placé en deuxième position parmi les Républiques soviétiques pour la production de gaz. Et le pays a conservé ce rang jusqu’à l’effondrement de l’URSS. En 1990, la production atteignait 40 milliards de mètres cubes.

Une conduite de gaz à Tachkent

Une production sous contrôle

L’entreprise publique Uzbeneftegaz (UNG), créée en 1992, a continué à recueillir les fruits des explorations géologiques soviétiques, principalement dans la région de Boukhara-Khiva, où se trouve la plus grande partie des réserves de gaz naturel du pays.

Le gouvernement ouzbek s’est donné pour premier objectif de parvenir à l’indépendance gazière du pays. Un objectif largement atteint depuis une quinzaine d’années. La majeure partie du gaz ouzbek est destinée au marché intérieur du pays. Il alimente notamment le secteur industriel et les infrastructures urbaines.

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Dès les premiers jours d’indépendance de l’Ouzbékistan, le président Islam Karimov a fait en sorte d’assurer le contrôle de l’État sur la production énergétique. La société UNG prend part à pratiquement tous les projets gaziers relativement importants à travers le pays. Pour autant, cela n’empêche pas de grandes entreprises étrangères d’exploiter des gisements gaziers ouzbeks, généralement sur la base d’un accord de partage de la production. Gazprom, Lukoil, la CNPC (Chine) et la KNOC (Corée du Sud), pour ne citer qu’elles, n’ont pas l’intention d’abandonner leurs projets sur le territoire ouzbek, et ce, malgré les interventions en ce sens du gouvernement.

L’attitude des autorités de l’Ouzbékistan vis-à-vis des puissances occidentales s’est refroidie, en particulier depuis les événements d’Andijan en 2005 durant lesquels plusieurs centaines de personnes ont trouvé la mort. La répression sauvage des émeutes et manifestations par l’État ouzbek a conduit à l’évacuation des troupes américaines de la base aérienne de Karchi-Khanabad et à des sanctions occidentales à l’encontre de représentants du gouvernement. De façon générale, cela a freiné le dialogue, en dépit du fait que l’Ouzbékistan était l’un des seuls territoires pouvant servir de base arrière aux États-Unis dans la guerre en Afghanistan.

Au cours des dernières années, quelques pas ont malgré tout permis de s’approcher d’une normalisation des relations avec l’Occident. Après la levée partielle des sanctions qui a suivi la visite officielle d’Hillary Clinton en 2011, John Kerry a tenté à son tour de relancer le processus de négociation avec les autorités ouzbèkes. Mais la confiance n’est pas encore rétablie. À court et à moyen termes, c’est avec des entreprises russes et asiatiques que l’exploitation des hydrocarbures de l’Ouzbékistan va se poursuivre.

Une croissance portée par Lukoil

Le plus gros investisseur dans le secteur de la production de gaz naturel en Ouzbékistan est la société russe Lukoil. Les actifs de la société couvrent l’ensemble des régions recelant des ressources gazières, même si l’accent est plutôt mis actuellement sur les régions traditionnelles de production. Les réserves récupérables de l’ensemble Kandym-Khauzak-Chady et des sept gisements du projet Hissar Sud-ouest s’élèvent à environ 160 milliards de mètres cubes en 2016.

Rien qu’en 2015, la production sur ces sites a atteint 4,75 milliards de mètres cubes. De plus, une hausse régulière est attendue dans les prochaines années, étant donné que ces projets ont été lancés récemment (en 2007 et en 2012, respectivement).

L’augmentation du volume de production sur les sites exploités par Lukoil va s’avérer cruciale pour maintenir le niveau actuel de la production du pays. En effet, dès 2020, les parts du géant russe représenteront près du tiers de la production totale (18 à 19 milliards de mètres cubes par an). Les projets mentionnés assureront à eux seuls la quasi-totalité de la croissance du secteur, dans un contexte d’épuisement des gisements exploités depuis l’époque soviétique.

De son côté, Gazprom exploite conjointement avec UNG le gisement de Chakhpakhty, où la production a été lancée en 1971. Grâce à des études exploratoires supplémentaires et à des mesures visant à améliorer l’extraction du gaz, Gazprom a pu augmenter la production du site à 350 millions de mètres cubes en 2015. Étant donné que l’accord de partage signé en 2004 prévoit d’augmenter la production à 500 millions de mètres cubes, on peut s’attendre à un second pic de production au cours des prochaines années.

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La Russie, principal débouché

Tandis que le gaz produit par Lukoil, du fait de ses propriétés et de l’emplacement de son extraction, est transformé et consommé au niveau national, le gaz du gisement de Chakhpakhty exploité par Gazprom est exporté vers la Russie.

À l’heure actuelle, le gaz ouzbek destiné à l’exportation est vendu à trois principaux partenaires : la Chine, la Russie et le Kazakhstan. En raison de différends politiques et énergétiques, l’Ouzbékistan ne fournit pas de gaz aux États économiquement moins développés d’Asie centrale. Les exportations en direction du Tadjikistan, par exemple, ont pris fin en 2012.

La majeure partie des exportations se font en direction de la Russie, souvent par le biais des entreprises russes Lukoil et Gazprom. Entre 2010 et 2015, ces exportations ont fluctué entre 1 et 10 milliards de mètres cube par an, avec une tendance générale à la baisse. Deux gazoducs sont utilisés pour le gaz destiné à la Russie, « Boukhara – Oural » et « Asie centrale – Centre ».

En 2012, l’Ouzbékistan a fixé ses ambitions en matière d’exportation de gaz à 10 milliards de mètres cubes par an. Les volumes réels sont bien en-deçà, allant de 2 à 3 milliards. Tachkent n’est pas en mesure d’exporter plus pour l’instant, en raison de la croissance limitée des volumes de production, ainsi que de la forte demande, constante, du marché intérieur.

Des gisements à découvrir ?

Au total, le pays possède plus de 200 gisements d’hydrocarbures. La plupart d’entre eux sont concentrés dans les zones traditionnelles d’extraction : la région de Boukhara-Khiva et la vallée de Ferghana.

Mais le territoire ouzbek a pour l’instant été exploré de façon inégale et pourrait bien réserver quelques surprises. La République autonome du Karakalpakstan, située en aval du fleuve Amou-Daria, en est un bon exemple : cette région est la moins explorée de l’Ouzbékistan. Le plateau qui la traverse pourrait devenir un nouveau centre de production de gaz dans le pays. Mais il ne s’agit que d’une hypothèse. Pour l’instant, en dépit d’un régime fiscal très favorable et de nombreuses recherches menées par des entreprises étrangères, le plateau n’a révélé qu’un seul gisement important d’hydrocarbures, celui de Sourgil (exploité par les efforts conjoints de l’Ouzbékistan et de la Corée du Sud).

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La mer d’Aral pourrait, elle aussi, devenir une nouvelle zone de production de gaz en Ouzbékistan. Lukoil, UNG et l’entreprise chinoise CNPC planchent depuis 2006 sur un projet d’exploitation de ses ressources souterraines, dans le cadre d’une société conjointe, Aral Sea Operating Co., dont chacun possède 33% des parts. À ce jour, un seul gisement économiquement rentable (Aral-Ouest) y a été découvert, et ses ressources s’élèvent seulement à 11 milliards de mètres cubes.

La mer d'Aral, un potentiel en matière de ressources gazières ?

La publication des résultats des études exploratoires, début 2017, permettra de savoir plus clairement si la région de la mer d’Aral deviendra un lieu de production de gaz à grande échelle, et si le gaz situé dans cette zone diffère, par ses caractéristiques, de celui extrait dans les autres régions d’Ouzbékistan.

Les autorités ouzbèkes ont désormais pour objectif d’amener la production de gaz à 66 milliards de mètres cubes d’ici 2020. Avec le développement du secteur gazochimique (un nouveau complexe gazochimique a été ouvert en mai 2016 à Oust-Ourt, le premier en Asie centrale qui permette la production de polypropylène et d’autres produits chimiques), cet objectif semble tout à fait réalisable.

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Au final, la principale menace qui pèse sur le développement de l’industrie du gaz en Ouzbékistan n’est pas le manque de ressources, ni même l’absence de partenaires étrangers permettant l’exploitation des sites de production, mais bien l’instabilité politique. La fin du règne d’Islam Karimov est susceptible de mener à des différends majeurs dans le secteur énergétique.

Article de Viktor Katona traduit du russe par Félicie Kempf pour Novastan

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