L’Ouzbékistan veut construire la première centrale nucléaire en Asie centrale

L’Ouzbékistan pourrait devenir le premier pays d’Asie centrale a posséder sa propre centrale nucléaire. Le chef de l’État ouzbek Chavkat Mirzioïev a la volonté de lancer la construction d’une centrale nucléaire en collaboration avec la Russie dans l’année à venir.

Novastan reprend et traduit un article originellement publié sur le média russe Fergana.ru.

La construction d’une centrale nucléaire en Ouzbékistan par la société publique russe Rosatom est inscrite dans un accord intergouvernemental sur l’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques, entré en vigueur le 1er avril 2018. Le document a été signé à la fin du mois de décembre 2017 par Alexei Likhachev, directeur de Rosatom, et Nodir Otazhonov, vice-premier ministre de l’Ouzbékistan. Outre la construction de la centrale nucléaire, les parties ont convenu de construire des réacteurs de recherche, d’explorer et de développer des gisements d’uranium, de produire des isotopes et de les utiliser dans l’industrie et aussi de former du personnel pour l’exploitation de l’énergie nucléaire en Ouzbékistan.

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Cependant, rien ne semble encore décidé comme la souligné le directeur international de Rosatom, Aleksander Merten, lors d’une conférence sur l’énergie à Tachkent en mai 2018 : « À l’heure actuelle, deux groupes de travail ont été mis en place avec nos collègues de la République d’Ouzbékistan, dans lesquels nous travaillons sur les orientations du développement scientifique et technologique et sur le projet de construction d’une centrale nucléaire en République d’Ouzbékistan. Nous sommes maintenant dans le processus de négociation avec le gouvernement du pays. »

La dernière génération de réacteur de Rosatom pour l’Ouzbékistan

Alexey Likhachev, le directeur de Rosatom a brièvement décrit les caractéristiques techniques de la future centrale nucléaire qui pourrait être construite en Ouzébkistan : « Notre proposition est de construire ici, en Ouzbékistan, une station de deux unités de génération moderne 3+ VVER-1200 ce que la partie ouzbèke considère acceptable. » Le directeur de Rosatom a ajouté que lors de la première étape de la mise en œuvre du projet, 5 000 à 6 000 emplois seront créés, et quelques 2 000 apparaîtront lors de l’exploitation de la station.

Il convient de noter que un réacteur de la même génération VVER-1200 que celle proposée aux ouzbeks a été mis en service pour la première fois dans la centrale nucléaire de Novovoronej en Russie en 2016. La capacité de génération de cette centrale est d’environ 2,2 à 2,4 milliards de kW/h d’électricité par an. À titre de comparaison, la production électrique de la plus grande centrale hydroélectrique en Ouzbékistan qui est celle de Charvak, non loin de la capitale Tachkent, est de 2 milliards de kW/h par an. Cependant, le principal avantage de la génération VVER-1200 est la sécurité du réacteur, qui répond à toutes les exigences post-Fukushima imposées par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Les systèmes de sécurité sont uniques, en ce sens qu’ils sont presque entièrement automatisés et ne nécessitent pas l’intervention du personnel de la centrale.

Le prix de la centrale : question sensible

Le prix d’une telle centrale en Ouzbékistan n’a pas encore été annoncé par les deux parties. Cependant, on sait qu’un projet similaire est en cours au Bangladesh. Là-bas, les travaux de mise en service de la centrale de Ruppur, semblable en tout point à ce qui a été proposé aux Ouzbeks, ont été estimés à environ 13 milliards de dollars, dont 11,3 milliards sont fournis par la Russie en tant que crédit à l’exportation. Un tel système sera peut-être mis en place pour le projet ouzbek.

Il convient de mentionner que les intentions des autorités ouzbèkes d’acquérir leurs propres centrales nucléaires sont apparues en 2014, sous la présidence d’Islam Karimov. Mais le projet n’a jamais abouti. La Russie était alors considérée comme l’un des partenaires envisagés. Les concurrents étaient la Chine, le Canada et la France. Même le site de construction avait alors a été déterminé : une localité dans le nord-est du pays, près du lac Aidarkol. En effet ce territoire est le plus apte à accueillir une centrale nucléaire : en plus de conditions climatiques favorables (temps sec et stable) et d’un accès à des quantités d’eau largement suffisante, grâce au lac, pour les réacteurs de refroidissement. De plus, l’emplacement de la future station permettra de fournir de l’électricité aux grandes villes de Tachkent, Samarkand et Boukhara. Aidarkol étant placé à équidistance de ces trois villes.

De l’uranium maison pour une centrale russe

Un autre argument en faveur de la construction de centrales nucléaires en Ouzbékistan, ce sont les ressources en uranium qui font la richesse du pays. L’uranium, utilisé comme combustible pour les centrales nucléaires, est aujourd’hui uniquement exporté par l’Ouzbékistan. Rosatom promet de participer à l’exploration de nouveaux gisements et à la transformation de l’uranium dans le pays. En outre, la Russie deviendra un marché supplémentaire pour l’uranium, qui sera extrait avec sa propre participation.

L’Ouzbékistan est très riche en uranium. Selon la World Nuclear Association, en 2015, la république ouzbèke était 11ème, dans le monde, en termes de réserves d’uranium avec 131 000 tonnes, devant les Etats-Unis et l’Ukraine. Notez que dans cette liste un autre état de la région, le Kazakhstan, détient la deuxième place, juste derrière l’Australie.

De plus l’Ouzbékistan transforme déjà son uranium pour l’exporter. L’Ouzbékistan produit 2 400 tonnes par an d’uranium destinées à l’export et occupe la septième place mondiale, derrière le Canada, l’Australie, le Niger, la Namibie et la Russie.

Il n’y a qu’une seule entreprise qui extrait et produit de l’uranium en Ouzbékistan, c’est le combinat minier et métallurgique de Navoï (du nom de la ville éponyme dans le centre de l’Ouzbékistan). Les principaux acheteurs d’uranium ouzbek sont les États-Unis, et également la Chine et la Corée du Sud.

Les Kazakhs veulent également (re)construire une centrale nucléaire

Des centrales nucléaires existaient déjà sur le territoire des républiques post-soviétiques d’Asie centrale. Au Kazakhstan, le complexe nucléaire de Mangistau, situé dans la ville d’Aktau, a été mis en service en 1973 avec un réacteur à neutrons rapides BN-350. C’était d’ailleurs le premier réacteur industriel au monde utilisant des neutrons rapides. La plupart de ces stations utilisent la réaction thermique.

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La particularité de ce système était que le réacteur ne consomme pas seulement, mais reproduit aussi du combustible nucléaire. En outre, le BN-350 a permis la production de plutonium-239 de qualité militaire. C’est la crainte que le plutonium puisse tomber entre de mauvaises mains qui a conduit à la fermeture de la centrale. En 1999, le réacteur nucléaire a été arrêté par décision du gouvernement kazakh. Le carburant a été envoyé dans une zone de stockage spéciale situé dans l’ancien site d’essais nucléaires de Semipalatinsk.

Cependant les autorités kazakhes souhaitent de nouveau développer de l’énergie nucléaire sur la base de ce réacteur situé à Aktau. Ainsi, le Kazakhstan pourrait bien devancer l’Ouzbékistan dans la construction de la première centrale nucléaire de la région. Astana avait déclaré en 2015 être prêt à réaliser un tel projet avec des partenaires japonais. Mais depuis ce projet n’a pas été mis en oeuvre.

En attendant un accord entre Rosatom et l’Ouzbékistan pour la construction de cette centrale nucléaire, beaucoup s’inquiète de la dimension sécuritaire d’une telle construction dans la région, et le débat public est engagé, comme le montre cette éditorial du média en ligne ouzbek Gazeta.uz.

Article traduit du russe et édité par la Rédaction de Novastan

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L’intérieur du centre de commande de la centrale nucléaire de Novovoronej en Russie, similaire à ce que Rosatom à proposé de construire en Ouzbékistan
Wikipedia
Les bords du lac Aydarkol en Ouzbékistan où pourrait être construite la première centrale nucléaire d’Asie centrale
Novastan
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