Islam Karimov Ouzbékistan président décédé

Ouzbékistan : Islam Karimov est décédé

Après cinq jours de spéculations des observateurs locaux et internationaux sur la santé d’Islam Karimov, l’annonce de la mort du président ouzbek a été faite le vendredi 2 septembre en début d’après-midi par le site d'information gouvernemental ouzbek.

C'est la fin de 6 jours de spéculations. Ce vendredi 2 septembre, trois sources diplomatiques ont affirmé à l'agence Reuters que le président ouzbek Islam Karimov était mort. Cette officialisation indirecte intervient quelques heures après une communication du cabinet des ministres ouzbek décrivant un chef de l'Etat dans un état "critique" et publié dans le journal de langue ouzbek "Xalq Suzy". Les drapeaux ouzbèks sont déjà en berne (à moitié de mat) à Samarcande et la télévision nationale a arrêté les émissions de divertissements et les publicités selon le site Novosti Uzbekistan.

Tout a commencé le 28 août, avec un communiqué officiel du gouvernement ouzbek faisait état de l’hospitalisation d’Islam Karimov. La propre fille du président, Lola Karimova, avait ensuite précisé le 29 août que le chef d’état avait subi une hémorragie cérébrale.

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Depuis lors, le gouvernement est resté muet quant aux évolutions de son état de santé. Ce flou a provoqué une vague de spéculations de la part des médias étrangers et des observateurs nationaux comme internationaux, soulevant notamment la question de qui dirigeait le pays en l’absence de Karimov. Plusieurs rumeurs sur la mort du président ont également fuitées au fil des jours, sans qu’aucune confirmation officielle ne soit apportée.

Islam Karimov sera enterré à Samarcande en présence de chefs d'Etats étrangers

Le 2 septembre, le communiqué du cabinet des ministres parue dans la journal Xalq Suzy aux premières heures du matin a annoncé une nette dégradation de l’état du président, le qualifiant "d'état critique". Peu après, vers 14h20 (heure locale), l’agence Reuters a annoncé la mort d’Islam Karimov. Les autorités ont sans doute voulu attendre la fin de la fête nationale du 1er septembre avant d’annoncer la nouvelle. En effet selon Fergana.ru le président Karimov aurait été mort cliniquement depuis Lundi 29 août et aurait été maintenu par un appareil respiratoire jusqu'au 2 septembre.

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Reuters et Radio Ozodlik ont rappporté que le 1er septembre au soir avait commencé le nettoyage en pleine nuit par des centaines de travailleurs du quartier historique de Samarcande ainsi que des travaux autour des tombes de la famille Karimov, ville natale du président et troisième ville du pays. De plus le nombre de force de l'ordre présent à Samarkande, fermant toute une partie de la ville selon Sputnik Ouzbékistan, avec en plus le premier ministre Mirzioiev qui serait sur place depuis le 1er septembre au soir, annonce certainement l'enterrement à Samrkande de Karimov. Cette activité inhabituelle, qui rappelle celle précédant par exemple la visite de chefs d’états étrangers, avait alimenté l’idée que Karimov y serait enterré dans les prochaines heures. L’annonce par des sources diplomatique kazakhe de l’arrivée du président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev le 3 septembre, semble indiquer que l’inhumation aura lieu dès demain.

Une succession sans héritier

Alors qu’Islam Karimov règne sans partage sur l’Ouzbékistan depuis 1989, d’abord comme dirigeant soviétique puis après 1991 comme président de la République, la question cruciale de la succession se pose désormais. En effet, le seul leader que le pays ait connu n’a désigné aucun successeur, et aucune figure ne semble disposer d’une assise politique et d’une carrure suffisante pour s’imposer. 

Selon la constitution, la présidence par intérim revient au président du Sénat, Nigmatoulla Youldachev. Il peut exercer la présidence pendant trois mois au maximum, avant la tenue d'élections. La passation légale du pouvoir semble possible, alors que la mort de Karimov semble avoir été organisé sans remous et dans le calme.

Le Premier ministre, candidat potentiel

Le Premier ministre Chavkat Mirzioïev, chef du gouvernement depuis 2003, semble être l'héritier le plus plausibe. Le fait que l’annonce de l’hospitalisation de Karimov vienne du cabinet des ministres, qu’il dirige lui-même, pourrait signifier que c’est lui qui a pris les rênes du pays depuis le 27 août. Selon Sputnik Ouzbékistan, le premier ministre aurait également été le seul des prétendants à déposer des fleurs au monuments aux morts de la répression politique (russe et soviétique) le 1er septembre lors des 25 ans de l'indépendance, geste symbolique d'habitude effectué par le président Karimov.  

Un autre candidat est le ministre des Finances, Rustam Azimov, du clan de Tachkent. Au gouvernement depuis 1998, il est serait le réformateur et l'éminence grise économique du régime Karimov selon Stratfor, avec de plus une expérience prononcée en matière d’Affaires étrangères. Celle-ci a été acquise alors qu’il dirigeait la Banque Nationale pour les Activités Extérieures dans les années 1990, négociant directement avec l’Europe pour obtenir des fonds de développement.

Un processus de succession d'une importance majeure pour l'Asie Centrale

Le chef du Comité de Sécurité Nationale, Rustam Inoyatov, pourrait également être dans la partie. Cet homme de 72 ans, également issu du clan de Tachkent, est l’un des personnages les plus puissants du pays. Il aurait joué le rôle d’éminence grise depuis plusieurs années, alors que la santé de Karimov se détériorait, et certains le suspectent d’être derrière l’arrestation en 2014 de Gulnara Karimova, fille du président vue jusque-là comme héritière naturelle mais depuis accusée de corruption. Son âge avancé et sa discrétion – Inoyatov ne se montre presque jamais en public – pourraient le disqualifier pour prendre la tête du pays, mais il jouera sans nul doute un rôle très important dans la suite des évènements.

Le processus de succession qui s’ouvre est d’une importance majeure pour l’Ouzbékistan, qui représente à lui seul près de la moitié de la population d’Asie centrale avec ses 30 millions d’habitants, et par extension pour toute la région. Même si un plan de succession semble avoir clairement été organisé entre les personnes importantes du régime – étant donné le calme et l'organisation de la fête d'indépendance et maintenant de l'enterrement de Karimov à Samarcande sans coup férir – les risques d'une destabilisation suite à une transition qui pourrait fragiliser le système Karimov sont réels. De plus cette transition sera un exemple important pour le reste de la région et notamment le Kazakhstan où le président Nazarbaïev, également âgé et avec des problèmes de santé, devrait passer la main dans les années qui viennent.

La Rédaction

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Kremlin.ru
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