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Ouzbékistan : la centrale nucléaire sera dotée de deux réacteurs supplémentaires

Alors que Tachkent a lancé la construction de sa première centrale nucléaire, les autorités prévoient d’ores et déjà d’avoir deux réacteurs supplémentaires sur le même site. Si cette construction devrait permettre de répondre aux besoins énergétiques du pays, elle soulève des questions d’ordre écologique et géopolitique.

La première centrale nucléaire ouzbèke n’aura pas deux, mais quatre réacteurs. Le 10 juillet dernier, le ministre de l’Energie Alicher Soultanov a annoncé dans une interview pour le média ouzbek Kun.uz la construction de deux nouveaux réacteurs. La centrale, première de son genre en Ouzbékistan, devrait ainsi pourvue de quatre réacteurs VVEP-1200 de troisième génération d’une capacité de 1200 mégawatts (MW) chacun.

Le premier devrait être installé en 2028 et le second est attendu pour l’horizon 2030. Ces deux blocs « seront suivis par deux blocs supplémentaires. Le site choisi intègre la possibilité d’avoir quatre réacteurs » a expliqué Alicher Soultanov.

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Cette annonce fait suite à la signature d’un accord de coopération intergouvernemental pour le nucléaire civil entre Tachkent et Moscou. Entré en vigueur en avril 2018, l’accord a permis à Rosatom, bras nucléaire de la Russie, de mener des tests géologiques dans la région de Farish non loin du lac Tucsan où la centrale sera construite. Le contrat, d’une valeur de 13 milliards de dollars, devrait permettre à l’Ouzbékistan d’assurer sa sécurité et son autonomie énergétique.

Des infrastructures désuètes

En effet, la croissance du pays implique des besoins en constante augmentation : en 2030, la demande énergétique devrait être multipliée par deux, creusant ainsi le déficit jusqu’à 48 milliards de kilowatts par an. Selon différentes estimations la centrale pourrait alors couvrir 14 à 18% de la demande en électricité nationale.

Bien que très riche en uranium, l’Ouzbékistan n’exploite pas actuellement cette ressource pour produire de l’électricité. L’économie de l’Etat est très dépendante du gaz aussi bien quant à sa consommation domestique que vis-à-vis de ses exportations. Tachkent essaie par conséquent de développer des sources d’énergies alternatives telle l’énergie solaire  voire même du charbon mais il est impossible d’assurer leur bonne distribution. Les infrastructures, et en particulier les câbles électriques, sont pour la plupart obsolètes et provoquent d’importantes pertes.

Une polémique environnementale 

L’emplacement des réacteurs est stratégique. Aux abords du lac Tuskan, la station pourra être alimentée en eau facilement et rafraichie lors du processus de production. Des voix inquiètes se sont élevées quant au risque environnemental. Le directeur général de la toute nouvelle agence Uzatom a tenté de calmer les inquiétudes de la population en expliquant que les besoins en eau de la centrale n’excèdent pas ceux d’une centrale thermique plus classique. Jourabek Mirzamahmoudov a également assuré que le rejet des eaux n’impactera pas la biodiversité du lac ni le tourisme autour.

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De plus, il a été mis en avant qu’un réacteur de la même génération a été installé en 2016 en Russie dans la centrale nucléaire de Novovoronej. Aucun problème n’a été signalé à ce jour. La technologie employée par Rosatom a également été certifiée conforme par la Finlande.

Un contrat stratégique pour la Russie

En Ouzbékistan, plusieurs compagnies ont été envisagées pour construire les réacteurs. L’entreprise américaine Westinghouse Electric a rapidement été écartée car considérée comme instable financièrement. De plus, les délais d’obtention d’un accord de construction nucléaire hors du sol américain ont été estimés trop importants. Les compagnies françaises et chinoises ont été estimées comme trop jeunes et n’ayant pas assez développé les technologies requises. Enfin, les délais de mise en service de la dernière centrale coréenne construite aux Emirats Arabes Unis ont entraînés le rejet de la proposition coréenne au profit de la Russie. Travailler avec Rosatom présente par ailleurs l’avantage de ne pas poser de problèmes linguistiques majeurs et de permettre une procédure accélérée grâce à des liens entre Moscou et Tachkent déjà conséquents.

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Dans ce contexte, l’Ouzbékistan prend cependant le risque de renforcer sa dépendance à la Russie qui est déjà son deuxième partenaire commercial juste derrière la Chine. Si la construction devait permettre la création de 8 000 emplois et plus de 2 000 postes pour son exploitation, elle ne représente pas moins un crédit important de Tachkent à l’entreprise russe qui devrait par ailleurs financer en partie l’infrastructure de distribution et la formation des cadres ouzbeks.

Agathe Guy
Rédactrice pour Novastan

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L’Ouzbékistan devrait avoir 4 réacteurs nucléaires sur la même centrale (photo d’illustration).
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