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Ouzbékistan : l’ancienne base américaine était radioactive et toxique

Le 9 juillet dernier, deux membres de la Chambre des représentants des Etats-Unis ont publié un ensemble de documents déclassifiés montrant que le contingent américain déployé entre 2001 et 2005 sur la base de Karchi-Khanabad, en Ouzbékistan, était exposé à des radiations et des substances toxiques.

Les militaires américains stationnés en Ouzbékistan on été intoxiqués sans le savoir. Le 9 juillet dernier, deux membres de la Chambre des représentants des Etats-Unis ont publié un ensemble de documents nouvellement déclassifiés par le Pentagone, démontrant la haute toxicité de l’ancienne base américaine de Karchi-Khanabad, dans le sud-est de l’Ouzbékistan, à environ 150 kilomètres de la frontière afghane.

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Seulement quelques semaines après les attentats du 11 septembre 2001, le contingent américain d’environ 1 500 hommes et femmes, s’est installé à la base de Karchi-Khanabad aussi connue sous le nom de « K-2 », afin de servir d’appui aux troupes déployées en Afghanistan. Cette base a été construite sous l’Union soviétique dans les années 1950, avant de servir 30 ans plus tard à diverses opérations et frappes soviétiques en guerre avec les mudjahiddins en Afghanistan. Selon l’un des documents déclassifiés datant du 6 novembre 2001, la base aurait abrité des missiles dont le « type est inconnue ».

Gaz toxiques et radiations à la base de Karchi-Khanabad

Un des documents révèle que les résidus d’uranium appauvri retrouvés dans la base proviennent de ces mêmes missiles, qui ont explosé dans le secteur en 1993 et pollué la zone. Outre les radiations, le document montre que de l’amiante, minéral fibreux cancérigène, était présent dans les bâtiments utilisés par l’armée américaine. Le sol était également pollué par un mélange d’hydrocarbures enterré à environ trois mètres de profondeur, quand l’air l’était par des microparticules. Le personnel s’était plaint dès le début d’une forte odeur, qui provenait selon les résultats d’enquête des émanations de gaz toxique de l’ancien système soviétique de distribution de carburant enterré sous terre, qui s’est révélé défectueux.

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D’après les témoignages recueillis par le média américain McClatchy, le Pentagone a toujours minimisé les risques d’exposition et n’avait eu de cesse de se dédouaner de toute responsabilité. Comme le rapporte l’un des vétérans de K-2 à la commission parlementaire, « il n’y a eu aucune instruction concernant les expositions toxiques, aucun équipement de protection recommandé, délivré ou utilisé ».

Officiellement, l’expertise indique effectivement « qu’aucune incidence à long terme sur la santé n’est attendue » à cause de la pollution par l’amiante, l’uranium ainsi que les émanations de gaz. Or, « les taux de cancer des vétérans du K-2 sont cinq fois plus élevés que ceux de leurs homologues qui ont servi ailleurs », signale Mark Green, l’un des deux représentants à l’origine de la publication. Le média McClatchy qui se base sur des documents qu’il a obtenu, rapporte de son côté qu’ « au moins 61 vétérans ont été diagnostiqués avec un cancer ».

La fin d’un long combat pour les vétérans américains ?

Cette récente publication a de quoi appuyer les revendications des vétérans américains qui se battent pour enfin obtenir une aide financière de l’Etat. Comme affirme Mark Green, « beaucoup d’entre eux ne peuvent prétendre à des prestations de santé malgré le lien direct de leurs maladies avec le service ».

Les vétérans américains se battent depuis longtemps pour faire reconnaître le lien qu’ils ont établi entre leurs problèmes de santé et leur présence sur la base K-2 afin de recevoir une aide de l’Etat qui avait selon un document du 6 novembre 2001 obtenu par McClatchy, pleinement conscience des risques.

Ainsi, les documents ont récemment été publiés « pour aider les vétérans et les militaires du K-2 à mieux comprendre ce à quoi ils ont pu être exposés pendant leur service au K-2 et pour les aider à prendre des décisions éclairées en matière de soins de santé », affirme Stephen Lynch, second représentant à l’origine de la publication.

Les militaires et civils ouzbeks, grands oubliés de l’affaire

Selon le document déclassifié du 6 novembre 2001, un certain nombre de contractuels ouzbeks ayant préparé la base K-2 avant l’arrivée des Américains, souffraient de « nausées » et de « vomissements ». Par ailleurs, comme le mentionne le média russe Kommersant, des militaires ouzbeks y ont même servi aux côtés des Américains et ont été de surcroît exposés aux mêmes risques. Aucune mention de l’état de santé des militaires ouzbeks n’a été trouvée dans la documentation récemment déclassifiée.

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Les Américains peuvent espérer voir un jour une compensation leur venir en aide, d’autant plus que les preuves sont désormais en leur possession. Cependant, la population de Karchi, village avoisinant la base, avait également fait les frais du déploiement militaire entre l’automne 2001 et novembre 2005.

Comme le rapporte le média américain Eurasianet, le bruit ambiant des appareils et les constantes vibrations sont venus se rajouter aux problèmes déjà présents sur place, cités par le média russe Fergananews : une mauvaise qualité d’eau potable et une distribution défaillante en gaz et en électricité. Le ballet incessant des avions a eu pour effet de fissurer les murs et les palissades des citadins. Par ailleurs, les documents publiés signalent un volume sonore imposant « équivalant à celui d’une grande ville ou d’une installation industrielle ».

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Autre désagrément majeur, selon Fergananews, la circulation autour de la base était extrêmement réglementée notamment, par l’installation de barbelés et de checkpoint gardés par la police locale. La situation était telle qu’en 2003 le Département de la province de Kachkadaria pour la défense des droits de l’Homme s’était notamment, adressé à l’ambassade des Etats-Unis en Ouzbékistan pour dénoncer les violations des droits des locaux. L’ambassadeur américain alors en fonction avait réagi parlant de violation « flagrante et à grande échelle de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ». Toujours selon Fergananews, trois ans plus tard les démarches sont restées sans succès. Ce n’est qu’après le départ des Américains en 2005 que la population a pu de nouveau circuler librement.

De l’ambition sans argent

En parallèle, l’Etat ouzbek a également tenté d’obtenir des Américains une compensation pour leur présence sur son sol. Selon le document « Anatomy of a crisis : U.S.-Uzbekistan relations, 2001-2005 » publié en 2006 par l’Institut pour l’Asie centrale et le Caucase, l’Ouzbékistan, jaloux de ses voisins kirghiz et pakistanais a fait allusion aux Etats-Unis, à partir de 2003, à une compensation  pour leur utilisation de la base de Karchi-Khanabad. Le Pakistan ainsi que le Kirghizstan recevaient en effet une généreuse compensation pour la mise à disposition de leur territoire pour l’opération Enduring Freedom  en Afghanistan.

Toujours selon le même document, l’Ouzbékistan comptait sur les Américains pour obtenir le financement nécessaire pour une réforme du ministère de la Défense du pays visant à moderniser l’armement et l’infrastructure militaire, datant de l’ère soviétique.

Sans succès. Ce manque de soutien financier a été l’une des raisons pour lesquelles Tachkent a demandé aux Américains de quitter la base en 2005. Dans le même temps, les relations entre les deux pays se sont sévèrement dégradées après les événements d’Andijan, vivement critiqués par Washington. C’est à partir de ce moment que les autorités ouzbèkes ont invoqué les nombreux problèmes que subit la population. Comme le rapportait Eurasianet en 2005, selon les autorités, c’est la présence américaine qui est à l’origine de tous les maux des habitants de Karchi.

Maysan Amri
Rédactrice pour Novastan

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Des documents déclassifiés du Pentagone ont montré que la base militaire de Karchi-Khanabad, en Ouzbékistan, était radioactive.
Gonzalo Alonso
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