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Ouzbékistan : le gouvernement utilise l’administratif pour contenir l’exode rural

Près d’un mois après la mort d’Islam Karimov, son successeur provisoire a restreint encore plus les possibilités pour les Ouzbeks non originaires de la capitale de s’y installer. L’objectif ? Réduire l’exode rural.

Une modification de la loi sur le droit de résidence permanente des citoyens ouzbeks dans la région de Tachkent a été signée le 23 septembre par Chavkat Mirzioïev, président provisoire d’Ouzbékistan. Cet amendement réduit les possibilités pour les citoyens ouzbeks de s’enregistrer dans la capitale, une étape obligatoire pour y vivre.

Avant cette modification, faire une demande de résidence permanente était déjà extrêmement compliqué pour les nationaux. La loi initiale, entrée en application en 2012, stipulait en effet que seuls étaient autorisés à déposer un dossier les Ouzbeks pouvant justifier de parents de premier et de deuxième degré en ligne directe –grands-parents, parents, enfants, petits-enfants- déjà enregistrés dans la capitale.

Un regroupement déjà limité

Ce principe prévoyait déjà des limitations : les époux ou fiancés d’un individu enregistré à Tachkent ne pouvaient ainsi pas faire enregistrer leur propre famille. De même, les personnes qui devaient vivre dans la capitale provisoirement pour situation exceptionnelle –élection à un poste politique, militaires ayant droit à un logement à Tachkent, contrat temporaire pour un spécialiste- étaient exclus du regroupement familial.

Les nouveaux amendements réduisent encore le cercle des personnes éligibles. Désormais, seuls les époux, les enfants adultes sans leur propre famille et les enfants mineurs peuvent demander le précieux sésame. Une manière pour le gouvernement de limiter drastiquement les possibilités de regroupement familial, signe que le problème de l’exode rural en Ouzbékistan est loin d’être résolu.

Un développement économique concentré autour de Tachkent

En effet, alors que ce pays de 30 millions d’habitants –soit la moitié de la population d’Asie centrale post-soviétique- connaît une croissance démographique très forte, le développement économique est peu perceptible hors de la capitale. Celle-ci catalyse donc naturellement l’exode rural, un problème auquel la principale réponse aujourd’hui est la complication des procédures administratives d’enregistrement.

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Le contrôle est particulièrement renforcé lors de situations ou d’évènements exceptionnels – menaces sécuritaires, grands rassemblements, visites de délégations officielles ou élections. Afin de permettre ce contrôle, Tachkent est par ailleurs dotée d’un régime spécial de passeport qui permet de justifier son enregistrement dans la capitale.

Un contrôle des mouvements des citoyens toujours aussi fort

Les citoyens habitant illégalement sur place risquent des amendes sérieuses –équivalente à trois fois le salaire minimum (35$ par mois en 2014)-, voire le retour forcé vers leur région d’origine.

Cette volonté de maîtriser les migrations internes, héritage de l’époque soviétique, se double d’un renforcement des contrôles externes. Ainsi, le président Mirzioïev a également signé le 23 septembre un amendement de la loi « De la citoyenneté en république d’Ouzbékistan » voté par le Parlement au mois d’août.

Ce changement interdit la double nationalité aux citoyens ouzbeks. Un individu ayant obtenu une deuxième nationalité doit désormais en référer sous 30 jours aux autorités, et doit renoncer à la nationalité ouzbèke. Autant de signes qui montrent que, malgré la restructuration du pouvoir consécutif à la mort d’Islam Karimov, le régime n’est pas prêt à renoncer au contrôle des mouvements de ses citoyens.

La rédaction

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Aleksandr Zykov
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