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Ouzbékistan : le rail à la conquête de l’Asie centrale

L’arrivée de Chavkat Mirzioïev au pouvoir en Ouzbékistan s’est accompagnée d’une nouvelle politique étrangère régionale. Fini l’isolement instauré par son prédécesseur Islam Karimov, l’Ouzbékistan, l’un des pays les plus enclavés du monde, se re-connecte enfin à ses voisins par le rail. 

Le train fera-t-il son retour en Asie centrale ? Alors que la majorité des trajets se font aujourd’hui par la route, les rails posés sous l’URSS pourraient à nouveau servir. Après la longue période d’isolement imposée par Islam Karimov, l’ex-président de l’Ouzbékistan, l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev en septembre 2016 a donné un nouvel espoir quand au futur du pays. Le nouveau président a instauré une nouvelle politique étrangère régionale, grâce à laquelle l’Ouzbékistan, l’un des pays les plus enclavés du monde, s’ouvre à l’Asie centrale et au monde.

Contrairement à Islam Karimov qui avait coupé tous liens avec les pays étrangers et avait privilégié la construction de chemins de fer à l’intérieur du territoire de l’Ouzbékistan seulement, notamment la ligne ferroviaire d’Angren-Pap, d’une valeur de 2 milliards de dollars, Chavkat Mirzioïev a vanté la coopération régionale comme élément fondamental de la future politique économique et étrangère du pays. L’une des priorités de cette stratégie est le développement des infrastructures de transport et de communication entre l’Ouzbékistan et et ses voisins d’Asie centrale.

Le 23 décembre 2017, dans son discours au parlement ouzbek, l’Oliy Majlis, Chavkat Mirzioïev a porté une attention particulière à la tâche de « construire un réseau de transport fiable qui permettra la mise en place de corridor de transit pour la livraison des marchandises étrangères entre les marchés asiatiques, centrasiatiques et européens ».

Se connecter par le rail

Au fur et à mesure que l’Ouzbékistan progresse dans ses efforts pour renouer avec le monde extérieur, le pays le plus peuplé d’Asie centrale cherche de nouveaux moyens pour ses citoyens de se lancer dans les voyages de longue distance. Depuis le 20 mars dernier, de nouvelles lignes ferroviaires ont offert la possibilité de voyager par train depuis les villes ouzbèkes de Navoï et Miskin jusqu’aux villes russes de Saratov, Volgograd ou encore Iekaterinbourg.

Gare Balyktchy Kirghizstan Train Yssyk-Koul

Lors d’une rencontre entre le président du Kirghizstan, Sooronbaï Jeenbekov, et son homologue ouzbek en décembre dernier, un accord a été conclu pour lier leurs deux pays par le rail et plus tard, de prolonger la ligne ferroviaire afin de créer une connexion avec la Chine. En conséquence, la voie ferrée reliant Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, à la région d’Issyk-Koul, dans l’est du Kirghizstan, qui avait été établie en 2015 pour les mois d’été, va désormais fonctionner toute l’année de façon hebdomadaire.

Le rail à la conquête de la mer

La nouvelle politique de Tachkent ne se résume pas seulement à ré-ouvrir les lignes fermées du temps de la présidence d’Islam Karimov. Le pays souhaite aussi se servir du chemin de fer pour accéder à l’océan Indien et au Golfe Persique, notamment au travers de l’Afghanistan. Cette volonté s’explique également par l’enclavement géographique de l’Ouzbékistan, seul pays du monde avec le Liechtenstein, à être doublement enclavé, c’est à dire qu’il faut traverser au moins deux autres pays pour avoir accès à un océan mondial. 

L’Ouzbékistan a donc décidé de faire du chemin de fer un moyen d’accès à la mer. Cela se traduit par des fonds importants (500 millions de dollars) alloués, en mai dernier, par Tachkent aux autorités afghanes pour le développement d’une ligne entre les villes d’Herat et Mazâr-e Charîf en Afghanistan. Selon le ministère des Finances afghan, la ligne, une fois terminée, sera un important axe de transit entre l’Europe, la Chine, la Russie, l’Asie centrale, le Golfe Persique et les pays d’Asie du Sud-Est.

Ces efforts ouzbeks ont été remarqués à l’international. Lors de la visite de Chavkat Mirzioïev à Washington en mai dernier, le président américain Donald Trump a reconnu le rôle important que jouait l’Ouzbékistan dans le développement économique régional et dans le maintien de ses liens commerciaux avec l’Afghanistan. Donald Trump a assuré son soutien politique quant au développement de chemins de fer et d’infrastructures entre l’Afghanistan et l’Ouzbékistan.

Cette stratégie pousse aussi Tachkent à améliorer sa coopération avec ses voisins mais aussi avec  des acteurs régionaux de première importance comme l’Iran ou encore le Turkménistan qui développent eux-aussi des lignes avec l’Afghanistan, ou la Chine. Ces pays cherchant tous à améliorer les connectivités dans la région.

Cependant, un problème technique a considérablement ralenti le développement des connectivités entre les pays d’Asie centrale et leurs voisins : l’écart des voies. En Asie centrale, les voies sont écartées de 1,52 mètre alors qu’elles sont séparées de 1,435 mètre en Chine et dans le reste du monde. Le changement de largeur occasionne des ralentissements durant le voyage des trains.

Un développement général des connexions

L’Ouzbékistan n’est pas le seul pays à chercher à développer les différents réseaux de transport en Asie centrale. La Chine, avec ses Nouvelles routes de la Soie ou « Belt Road Initiatives » (BRI), souhaite aussi développer ses connectivités, notamment avec le Kazakhstan, afin d’en faire un axe de transit important vers l’Europe.

Chemin de fer Chine train soleil couchant soirée

L’initiative chinoise consiste à relier Pékin à l’Europe par voie terrestre et a été mise en place par le Président chinois Xi Jinping en 2013. Le projet prévoit la construction de voies ferrées et de routes dans plus de 65 pays pour un montant estimé à 1 000 milliards de dollars. L’Asie centrale étant bien entendu une des principales régions à traverser, les investissements chinois y sont importants.

Lire aussi sur Novastan : Nouvelles Routes de la Soie : Où en est-on exactement ?

Symbole de cette présence chinoise en Asie centrale, la ville kazakhe de Korghos, frontalière du Xinjiang chinois. Grâce aux investissements de Pékin, la ville est devenue en quelques années une véritable plaque tournante du trafic routier et ferré entre la Chine et l’Europe. L’ancienne cité de la route de la Soie peut maintenant accueillir plus de 2500 camions et voitures et plus de 40 trains de marchandises par jour.

Aijarkyn Azamat Kyzy et Augustin Forissier
Rédacteurs pour Novastan à Bichkek

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Un train à grande vitesse reliant les villes de Tachkent et Samarcande en Ouzbékistan.
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La gare de Balyktchy, par laquelle passe la ligne reliant Tachkent au lac Yssyk-Koul.
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Les Chinois sont devenus experts dans la construction de routes et chemins ferrés, notamment en Asie centrale.
siyang xue
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