Le travail des enfants aurait été réduit à des "incidents isolés" dans le pays

Ouzbékistan : les enfants ne ramassent plus le coton, mais le travail forcé reste une réalité

Le ministère du travail américain note, dans un nouveau rapport sur le travail des enfants, une amélioration de la situation dans les champs de coton ouzbeks. L’exploitation des mineurs se réduirait à des « cas isolés« . Mais le travail forcé reste une réalité en Ouzbékistan, contre lequel le gouvernement réitère sa volonté de lutter. 

« En 2018, le département du travail des États-Unis considère que l’implication des enfants dans la production de coton a été significativement réduite« , peut-on lire dans la 7e édition du rapport dressé par le ministère américain autour des « biens de consommation produits par les enfants » au niveau global.

Résultat, l’Ouzbékistan n’est plus considéré comme un pays où le travail des enfants est requis dans les champs de coton, selon le département du travail des États-Unis, qui a évincé le pays de sa « liste noire ». En février dernier, déjà, un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT)  établissait que le travail systémique des enfants en Ouzbékistan n’était plus une réalité. Pour rappel, le coton est le deuxième produit ouzbek le plus exporté, derrière les métaux précieux, et représente 10% du total des exportations.

Cette décision « aura un impact positif sur l’image de l’Ouzbékistan et ouvre la voie à une éventuelle coopération avec les principales marques étrangères dans l’industrie textile (Gucci, Louis Vuitton, H&M, OGGI, Adidas, Nike, etc). Cela crée également de nouvelles possibilités d’augmenter les exportations vers les marchés des pays développés« , a réagi le service de presse du ministère du commerce extérieur ouzbek.

Des pressions croissantes de la communauté internationale

En 2009, la première édition de ce rapport dressait pourtant un constat sévère, et mentionnait des enfants mobilisés dès l’âge de 7 ans. A cette époque, les écoliers étaient « soumis à des pratiques de recrutement coercitifs » pour une « absence de salaire » ou pour des « salaires extrêmement bas« .

Mais, « au cours de la dernière décennie, la communauté internationale a exercé des pressions croissantes sur le gouvernement ouzbek pour qu’il s’attaque au problème du travail des enfants et du travail forcé« , rappellent les auteurs du rapport.

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Toujours selon le ministère américain, le problème a commencé à s’atténuer significativement « dès 2015« . Déjà, en 2013, le président d’alors, Islam Karimov, s’était engagé à lutter contre le travail des enfants, en acceptant notamment la mise en place d’un système de surveillance conduit par l’Organisation internationale du travail (OIT), rejoint deux ans plus tard par la Banque mondiale. L’année suivante, le gouvernement a accepté de collaborer au programme lancé à l’initiative du Bureau International du Travail (BIT), qui promeut un « travail décent ».

Discours aux Nations-Unies

Notablement, le président ouzbek, Chavkat Mirzioïev, a donné en 2017, aux Nations Unies, un discours où il a confirmé sa volonté de coopérer avec l’OIT sur ces questions. La même année, une commission parlementaire sur la garantie des droits des citoyens en matière de travail a été mise sur pied, pour surveiller les activités impliquant des situations de travail d’enfants.

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Aujourd’hui, l’OIT, repris par le département du travail américain dans ses conclusions, estime que le travail des enfants se résume à des « cas isolés« .

Systèmes de quotas

Toutefois, le travail forcé subsiste en Ouzbékistan, note le rapport. L’exploitation des travailleurs concerne le coton, mais aussi les cocons de soie, et ce sont près de 300 000 adultes qui auraient été mobilisés de force l’an passé. Critique, le document pointe néanmoins quelques avancées (campagne d’information auprès des populations, augmentation du prix à l’exportation, mécanisme de plaintes).

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Le principal problème reste, selon le forum allemand-ouzbek, qui a publié une enquête le 10 septembre dernier (« Le travail forcé dans la production de coton diminue, mais des problèmes structurels subsistent »), le système des quotas. Toujours en place, il tient les autorités régionales responsables du recrutement de la main d’œuvre, pour atteindre les objectifs étatiques de production du coton.

“Les agriculteurs sont tenus de produire du coton pour l’État, souvent à perte, et risquent des sanctions écrasantes s’ils ne respectent pas leurs quotas”, dénonce l’ONG. Un des témoins interrogés, dont les propos sont relayés dans le document, évoque jusqu’à des violences physiques et des confiscations de terres.

Volonté gouvernementale

Face à cette pression internationale, les autorités gouvernementales se montrent mobilisées. « Certains dirigeants écoutent mais n’entendent pas les instructions du gouvernement« , a récemment déclaré le Premier ministre Abdoulla Aripov. Ce dernier, qui a exhorté ses troupes à « se mettre au travail », a évoqué des sanctions « sans précédent » contre les fonctionnaires qui ne se plierait pas aux nouvelles règles du jeu. Il a également souligné la nécessité de se « séparer des dirigeants réfractaires ».

Le ministre du travail ouzbek Cherzod Koudbiev a quant à lui admis la « difficulté de lutter contre le travail forcé« , et a présenté une batterie de mesures pour éradiquer ce fléau. Le prix de la collecte manuelle au kilo a notamment été rehaussée, et l’État a mis en place un fond de 2,6 milliards de dollars. Lequel devra notamment servir à la rétribution des cotonniers.

Roxane Poulain
Rédactrice en chef de Novastan

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