Ouzbékistan lac Ouroungach Tourisme Environnement Parc naturel

Ouzbékistan : les lacs d’Ouroungach en passe d’être détruits par le tourisme

L’un des plus beaux espaces naturels d’Ouzbékistan autour des lacs Ouroungach, longtemps resté confidentiel, est progressivement transformé en zone de loisirs. L’arrivée en masse des visiteurs, le développement des balades en barque et l’afflux des voitures dénaturent progressivement le lieu. Les autorités chargées de la préservation du site n’ont pas pris en compte l’ampleur du phénomène.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 12 juillet 2019 par le média ouzbek Hook.report.

Les articles sur les questions écologiques sont les moins populaires. Le public est plus interpellé par la lecture de l’actualité : l’action, les grands événements et les thèmes palpitants. Alors que l’écologie est un problème imminent, qui va toucher les enfants et les petits-enfants. Même si tout le monde semble prétendre qu’avant d’en arriver là, l’humanité aura inventé une pilule magique qui nettoiera tout. Nettoiera-t-elle les berges des lacs Ouroungach ?

Il y a longtemps, un éboulement a bloqué le bras d’un ruisseau de montagne, formant un barrage naturel, et de l’eau a commencé à s’accumuler dans la gorge. Ainsi s’est formé un lac. Sous l’effet d’une composition de la terre peu commune, de la lumière du soleil, de la végétation et de forces magiques, l’eau a pris une teinte néphrite. C’est pour cela qu’on l’a appelé Ouroungach, qui signifie « néphrite clair » en ouïghour.

Le haut-lac est plus « vivant », se trouvant à une hauteur de 1 227 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’eau est présente dans le lac toute l’année. Le bas-lac, le plus accessible, s’assèche à la fin de l’été. L’eau est froide, seulement entre 8 et 10 degrés.

Un espace naturel longtemps préservé du public

Pendant longtemps, le lac n’était réservé qu’aux touristes les plus persévérants et curieux. Situé à 160 kilomètres au nord-est de la capitale Tachkent, accessible par une route poussiéreuse, non goudronnée, des pistes que peu de véhicules peuvent emprunter, sans parler de la mise à l’épreuve des nerfs des conducteurs. Le chemin était également coupé par un poste frontière avec le Kazakhstan dont le passage exigeait un contrôle des papiers.

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Ceux qui le visitaient partageaient à contrecœur les photos prises, encore plus difficilement la localisation de ce lieu, et seulement avec les plus proches. La nature intacte et les lacs étaient également préservés car ils font partie du parc national Ougam-Chatkalskigi.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : des oiseaux menacés relâchés en pleine nature

Obtenir une autorisation de visite était compliqué. Sur le territoire du parc national, des chasseurs montaient la garde, et la proximité des frontières nationales ne permettait pas de se promener librement en ces lieux. Les zoologistes, botanistes et géologues y menaient des activités de recherche.

Vers 2014, des photographies du lac sont apparues, le plus souvent sur les réseaux sociaux. La nature sauvage du lieu a attiré le public. En 2015, il était parfois compliqué de trouver une place pour garer une voiture ou un autre minibus. Puis, il n’y a même plus eu de place pour la nature.

La demande est à l’origine de l’offre : comment la réserve naturelle est détruite

Auparavant, les voitures ne pouvaient pas atteindre le lac. Le point le plus proche était au niveau du village de Pskem. A partir de là, les locaux étaient prêts à conduire les visiteurs sur des ânes ou des chevaux jusqu’aux rives des lacs. Quelques groupes seulement proposaient des randonnées payantes jusqu’aux lacs, qui étaient extrêmement populaires.

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En 2017-2018, des catamarans et petites barques sont apparus sur le lac ainsi que les premiers essais d’installation de topchans, ces lits sur tréteaux traditionnels. Le rendement de cette réserve naturelle est tellement important qu’en 2019, les quelques topchans se sont transformés en un camp et le bois qui gênait l’accès à l’eau a été tout simplement coupé.

Déchets et voitures envahissent le lieu

Le paradis de la balade en barque invite encore plus les personnes, éloignées de la nature, à visiter Ouroungach. Lorsqu’un entrepreneur inconnu s’est décidé à en faire un lieu de détente, en brisant la tranquillité d’un endroit déjà agité, nettoyer la rive après le passage d’une dizaine de personnes ne représentait pas une difficulté majeure. C’est aujourd’hui compliqué, alors que les visites de touristes  se traduisent en un flot de voitures.

Le haut-lac est bien plus grand que le bas-lac, mais la route pour l’atteindre est assez difficile. Le mince espoir qu’il ne soit pas touché par le même sort que le bas-lac s’est brisé contre les barques gonflables qui en occupent la rive. Maintenant, on peut faire une balade sur l’eau et accidentellement oublier un sac de déchets sur la rive opposée.

Qui est responsable du site aujourd’hui ? 

Au temps de l’Union soviétique, le Gazalkent comptait une division spéciale dont la mission comprenait le contrôle de la sécurité des alpinistes, la responsabilité lors des randonnées et le respect des consignes de base de préservation de l’environnement. Au début des années 1990, tout cela a été oublié et la nature a été laissée à l’abandon.

Les consignes de sécurité incendie ont été abandonnées, tout comme le briefing avant les randonnées, les normes écologiques et de préservation environnementale.

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Le parc national a la responsabilité de contrôler l’état et la qualité des normes de surveillance environnementale dans cette région. Dans les faits, c’est le département de Pskem du service de surveillance forestière de Brichmullinsky qui s’occupe de cela. Sont-ils au courant de l’existence, sur la rive du lac protégé, d’une station piétinée par les touristes et d’un paradis du barbecue ? La qualité du travail effectué par ces services est-elle aussi bonne que l’exige la charte ?

Manque de responsabilité du public et absence de contrôle des autorités

Les efforts de ces services sont insuffisants pour résister aux flux de promeneurs, qui ne sont pas informés des règles de conduite élémentaires en zones protégées.

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Ce problème a déjà été mis en lumière courant 2018, mais cela n’a pas eu de résonance. Aujourd’hui, les lacs néphrites de l’Ouroungach sont envahis par des déchets plastiques et la terre est généreusement fertilisée par les restes de nourriture et d’autres produits du quotidien de l’homme.

L’absence de contrôle par les autorités qualifiées et le comportement irresponsable du public ont fait bouger une pierre qui entraîne dans sa chute de plus en plus de nouveaux problèmes. Cela se transforme en un éboulement qui s’écroulera, non plus sur nos enfants et petits-enfants, mais sur nos propres têtes. En fin de compte, la décision de tenir secrète la localisation des lacs était tout à fait justifiée.

Traduit du russe par Anna Kosova

Édité par Aline Simonneau

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Les lacs d’Ouroungach en Ouzbékistan sont dénaturés par l’afflux de touristes.
Hook
Le nombre de touristes près des lacs a explosé.
Evgeni Diripaskin
Jusqu’en 2014, l’accès aux lacs était difficile, ce qui a permis leur conservation.
Evgeni Diripaskin
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