Tempête de sable au Tadjikistan

Ouzbékistan : « les tempêtes de poussière seront plus fréquentes et plus fortes »

Partager avec

La sécurité alimentaire de l’Ouzbékistan est menacée par deux défis : la dégradation de l’eau et des terres et celle de la qualité de l’alimentation. Shenggen Fan, directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), tire la sonnette d’alarme.

Novastan reprend et traduit une interview initialement publiée par le média ouzbek en ligne, Gazeta.uz.

Ces derniers mois, les évènements climatiques se sont succédé en Ouzbékistan : tempête de sel autour de l’ancienne mer d’Aral, sécheresse et températures très chaudes. Alors que l’ONU prévoit une pénurie d’eau en Asie centrale dans les années à venir, les inquiétudes commencent à s’exprimer dans le pays le plus peuplé de la région.

La sécurité alimentaire de l’Ouzbékistan est menacée par le changement climatique mais aussi par la mauvaise gestion de l’eau qui dégrade les terres agricoles. Shenggen Fan, directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), conseille à l’Ouzbékistan d’accélérer les réformes dans ces domaines prioritaires.

Gazeta.uz : Comment l’Ouzbékistan peut améliorer la gestion des conséquences du changement climatique et de la catastrophe de la mer d’Aral ?

Shenggen Fan : L’Asie centrale est très vulnérable à la hausse des températures. Elle provoque la fonte des glaciers, ce qui peut conduire dans le court terme à des inondations. Sur le long terme, les réserves d’eau vont fondre, et c’est déjà un sérieux défi pour l’agriculture.

Lire aussi sur Novastan : L’ONU prévoit une sérieuse pénurie d’eau en Asie centrale

Je peux supposer qu’à mesure que les températures augmentent, les tempêtes de poussière, comme celles qui se sont produites en mai au Karakalpakistan, au Khorezm, à Navoï et à Boukhara (toutes situées dans l’ouest du pays, ndlr), deviendront plus fréquentes et plus fortes. Nous devons travailler ensemble pour protéger les écosystèmes et contrôler ces tempêtes. Des efforts complexes doivent être concentrés sur la prévention de telles tempêtes de poussière, sinon elles seront encore plus fortes et désastreuses.

Lire aussi sur Novastan : Tempête de sel en Ouzbékistan : la tragédie de la mer d’Aral en action

La Chine a eu des expériences similaires dans le passé : chaque année, en mars et en avril, Beijing a été recouverte de graves tempêtes de poussière. Plusieurs moyens de les prévenir ont été utilisés : dans le nord du pays, de grandes plantations vertes ont été créées, arrêtant les tempêtes. Les investissements dans l’amélioration de la qualité des sols, les mesures anti-érosives sont toutes aussi importantes.

Lire aussi sur Novastan : La mer d’Aral malgré les coups de comm’ : de pire en pire ?

Les tempêtes de poussière sont terribles là où le sol est dégradé. Dans la mer d’Aral, la salinité est également élevée. Il est nécessaire d’utiliser un large éventail de pratiques et de techniques, comme cultiver des plantes tolérantes au sel, ou encore utiliser des phyto-améliorants pour développer des sols salins. Cela permettra de réduire la quantité de poussière et de sel qui peut être transférée dans les champs et les villes.

La gestion de l’eau en Ouzbékistan est un problème, qu’en pensez-vous ?

L’eau est le plus gros problème de la région d’Asie centrale, qui s’amplifie chaque année. Apprendre de l’expérience d’autres pays est simplement nécessaire : il faut d’abord éliminer les cultures non viables pour la production dans un tel contexte. Ensuite, utilisez des technologies d’économie d’eau comme des systèmes d’irrigation goutte à goutte propulsés à l’énergie solaire. Ensuite, il ne faut pas inonder le champ lors de l’irrigation. Troisièmement, le recyclage de l’eau. L’eau peut être utilisée plusieurs fois – alors pourquoi ne pas l’économiser ? Parce que nous ne payons pas pour cela. Il est nécessaire d’introduire un mécanisme de marché, de payer pour l’eau dans toutes les conditions. C’est dans ce domaine que l’IFPRI est intéressée de travailler avec le gouvernement ouzbek. Fixez un prix adéquat pour l’eau et tout le monde économisera.

Lire aussi sur Novastan : « L’avenir de l’Ouzbékistan dépend de l’eau »

Nous travaillons avec des partenaires de l’International Westminster University de Tachkent et du ministère de la Gestion de l’eau sur la manière de lier les données sur l’eau à la méthodologie et au modèle qui fourniront une solution judicieuse pour une utilisation plus efficace de l’eau.

L’agriculture, la technologie, les mécanismes de marché et la politique de prix contribueront à améliorer la gestion de l’eau. La contribution de l’ensemble de la population à la conservation de l’eau est également très importante. Les associations d’usagers d’eau devraient avoir suffisamment d’énergie et d’installations, mais aussi être les moteurs de la conservation de l’eau dans le pays.

Quel est votre avis sur le développement de la stratégie alimentaire de l’Ouzbékistan ?

En Ouzbékistan, il existe plusieurs défis dans ce domaine. D’une part, c’est la dégradation des ressources naturelles pour la production de nourritures comme l’eau et la terre; d’autre part, il faut faire attention à la qualité de la nutrition. Les questions de santé publique, de nutrition et de développement du système alimentaire du pays sont inextricablement liées. L’agriculture a besoin d’une stratégie pour atteindre ces deux objectifs.

Pour aider à cela, d’abord, les innovations : vous avez besoin d’investissements dans la technologie et la recherche, en étudiant les techniques utilisées dans les pays développés. Deuxièmement, un ensemble de politiques gouvernementales: les politiques de prix pour l’alimentation, les politiques d’importation, la politique semencière devraient être réformées pour améliorer l’efficacité de la sécurité alimentaire. Troisièmement, les changements institutionnels : les capacités juridiques des associations d’utilisateurs d’eau devraient être renforcées, ils devraient avoir des droits réels dans la gestion de l’eau par exemple.

Comment l’Ouzbékistan peut stimuler l’exportation et l’importation de produits alimentaires ?

Compte tenu du changement climatique, j’importerais du riz de l’Inde, du Cambodge et d’autres pays où il n’y a pas de pénurie d’eau. La production de riz y est importante et les coûts de production y sont bas.

Dans des conditions de pénurie d’eau, la production de riz est très chère. L’importation de riz pour l’Ouzbékistan peut permettre d’augmenter l’exportation de légumes, fruits, noix et autres produits. Mais pour cela il faut ouvrir le marché et ne plus subventionner des productions qui ne sont pas fructueuse pour l’Ouzbékistan, comme le riz.

La qualité de l’alimentation de la population en Ouzbékistan pose-t-elle problème ?

La promotion d’une alimentation saine est l’un des domaines stratégiques de l’IFPRI. Dans le régime des habitants de l’Ouzbékistan, il y a trop de blé et de viande. Il faut une alimentation équilibrée et saine composée de suffisamment de fruits et de légumes. Ceci est extrêmement important pour la santé.

En Ouzbékistan, il y a des gens qui consomment trop de viande et il y a des gens qui n’ont pas assez de viande dans leur alimentation. Il est nécessaire de mettre en œuvre des programmes nutritionnels équilibrés au niveau de l’État. Les enfants scolarisés ont particulièrement besoin d’une alimentation saine et équilibrée.

Plus largement, la consommation de sel en Ouzbékistan est assez élevée. Beaucoup de pays consomment trop de sel et de sucre. Il y a trois poisons : le sucre, le sel, les graisses. Ils sont nécessaires à l’organisme, mais dans une quantité dépassant la norme, ils sont nuisibles. L’excès de sel augmente la pression artérielle, le sucre provoque le diabète, l’obésité et d’autres maladies. Le gouvernement devrait dépenser de l’argent pour améliorer l’éducation des Ouzbeks en matière de nutrition saine et promouvoir une alimentation équilibrée.

Interview traduite du russe par la rédaction

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

Une tempête de sable à Hisor, au Tadjikistan
Ronan Shenhav
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *