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Pas de crise à déclarer en Asie Centrale ?

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Certains affirment que l'espace post-soviétique n'a pas été touché par la crise économique mondiale de 2008. En raison de son éloignement géographique, de ses singularités et de sa capacité de travail, l'Asie centrale aurait su préserver sa force économique là où l'Occident aurait été sérieusement affecté.

Cependant, affirmer que l’Asie Centrale ait réussi à éviter la crise est absolument infondé. La récession aux États-Unis a sans conteste eu des répercussions sur l'ensemble de l'économie mondiale. « Les pays émergents d’Europe et d’Asie centrale ont été les plus durement touchés par la crise économique mondiale actuelle », affirme Philippe Le Houerou, vice-président à la Banque mondiale pour la région Europe et Asie centrale.

Il convient de noter que les Etats d’Asie Centrale ont réagi de manières différentes à la crise. En effet, chacun des cinq pays qui la constituent, après avoir accédé à leurs indépendances, ont adopté des stratégies économiques différentes les unes des autres. Malgré de fortes similarités culturelles, historiques et économiques, les transitions de ces pays bridés par une gestion soviétique  centralisée ont abouti à des modèles plus ou moins libéraux  (Kirghizstan, Kazakhstan) ou conservateurs (Turkménistan, Ouzbékistan). Ces systèmes économiques, différents et concurrents, ont compromis la construction d'un ensemble économique régionale stable, atténuant sa capacité de résistance à la crise économique mondiale de 2008.

Le commerce international joue un rôle capital pour les pays post-soviétiques, mais tous se sont adaptés à l’économie globale avec précaution. Les systèmes économiques de l’Asie Centrale sont ouverts à l'économie mondiale, mais ils ne sont pas intégrés dans un ensemble régional. « Si l'on étudie les échanges commerciaux entre les pays de cette zone, on observe qu'ils sont faibles depuis longtemps. En fait, la région est parmi les moins intégrées dans le monde, et il est clair que les grands pays extérieurs ont une influence importante », déclare Juha Kähkönen, directeur adjoint du Moyen-Orient et l’Asie Centrale au Fonds Monétaire International. Les effets de la crise se font tout particulièrement sentir à travers trois mécanismes essentiels : les marchés des finances, des produits et du travail. Ce dernier facteur est très important car des centaines de milliers de travailleurs du Tadjikistan, du Kirghizstan et de l’Ouzbékistan travaillent à l'étranger et leurs perspectives dépendent directement de la situation économique d'un autre pays, comme la Russie par exemple.      

De même, la crise financière mondiale a touché les pays d’Asie Centrale via la chute des marchés mondiaux de matières premières : hydrocarbures, aluminium, coton, etc. Le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan ont également subi la réduction des transferts monétaires des travailleurs migrants. Les performances dans les domaines d’investissement, du commerce et de croissance économique ont alors eu tendance à diminuer. La région a une faible relation avec le système financier international. La baisse des prix de certains produits, une demande réduite pour les exportations et une diminution des transferts monétaires ont joué un rôle essentiel dans l'approfondissement de la crise dans la région. Pris dans une spirale, Kirghizistan, Ouzbékistan et Tadjikistan ont vu leurs afflux monétaires diminuer, entraînant la détérioration de la liquidité du système bancaire, elle-même aggravant les difficultés de financement du budget de l’État.

Crise
Migrants d’Asie Centrale. Source : Inospress.kg

Daria Anitchkova, experte dans la Fondation Carnegie de l’Asie Centrale, démontre l'impact de la crise économique sur les migrants de travails centrasiatiques en Russie. « Selon les données officielles, pour cette période  300 000 migrants kirghizes et 250 000 migrants ouzbeks sont partis à l'étranger. Cependant selon les données privées, 800 000 Kirghizes et 3 millions d'Ouzbeks sont partis. Les populations kirghize et ouzbek atteignent 5,4 millions et 28,2 millions d’habitants respectivement. Le Tadjikistan, étant le pays le plus pauvre en Asie centrale, est le plus dépendant des transferts: au moins 1,5 million de personnes sur une population de 6,9 millions travaillent à l'étranger, dont la majorité est en Russie. Les familles des travailleurs migrants dépendent des transferts monétaires. Dans 30% des familles tadjikes un membre de la famille travaille à l'étranger, et pour ces familles les transferts monétaires représentent en moyenne 59% des revenus. De même, les résultats du sondage parmi les familles de travailleurs migrants du sud du Kirghizstan, ont montré que les transferts monétaires sont une source importante de revenus pour plus de la moitié de ces familles ».

Selon Richard Pomfret, conseiller économique de l’Asie Centrale pour plusieurs organisations internationales, le Kazakhstan, grâce à sa plus grande intégration dans l'économie mondiale, est mieux à même d'affronter les conséquences de la crise sur son économie et son commerce. L'Ouzbékistan et le Turkménistan, dont les politiques extérieures sont isolationnistes n'ont pas reçu les avantages de la participation à l'économie mondiale, restent éloignés de chocs extérieurs, à l'exception du prix des marchandises d’exportation. La migration et les flux financiers qui en résultent demeure le facteur le plus important par lequel les pays les moins avancés sont exposés à l’influence négative de la crise.

La diversité des systèmes économiques d’Asie Centrale implique que certains pays restent plus flexibles que pour faire face aux conséquences de la crise globale. Il est toutefois clair que l’intégration des forces économiques régionales ainsi que l’intensification et de la coopération du commerce au sein de l’espace centrasiatique reste le vecteur de stabilité à privilégier à l’avenir.

Ecrit par Guljan Asylbek Kyzy
Rédactrice pour Francekoul.com à Bishkek

Relu par Emile Rabate

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