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Pourquoi la visite du président ouzbek au Tadjikistan est historique

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La visite de Chavkat Mirzioïev à Douchanbé a permis la signature de 27 accords dans à peu près tous les domaines, dont l’abolition des visas pour les citoyens des deux pays.

Dès son arrivée sur le tarmac de l’aéroport de Douchanbé, la capitale tadjike, le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a été accueilli en grande pompe par son homologue Emomalii Rahmon. Le président tadjik a été extrêmement chaleureux avec son invité, montrant des signes clairs d’amitié. Les relations entre les deux voisins centrasiatiques, au plus bas depuis 2000, ont connu un brusque réchauffement depuis décembre 2016 et l’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev.

Cette visite des 9 et 10 mars était présentée par le président ouzbek comme “une nouvelle ère dans les relations bilatérales”. Elle a été l’occasion de signer 27 accords entre les deux pays, allant de la fin des visas pour les deux populations jusqu’à des accords commerciaux. Novastan vous explique en détail pourquoi cette visite tant attendue par les citoyens des deux pays est “historique” des mots des deux présidents eux-mêmes.

Plus de visas et plus de problèmes avec les frontières

La stabilisation des frontières et la fin des visas est certainement l’accord le plus important de cette visite pour les populations des deux pays. “Aujourd’hui, tous les problèmes contestés à la frontière ont été pratiquement résolus. Cela a permis aux parties de signer le traité pertinent. Un autre résultat important du sommet Tadjik-Ouzbékistan est la décision d’introduire un régime sans visa pour les voyages mutuels jusqu’à 30 jours”, rapporte le communiqué de presse du président tadjik.

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En 2001, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan ont introduit un régime de visas pour leurs populations respectives alors qu’auparavant il n’y en avait pas besoin, ce qui a conduit à séparer de nombreuses familles. Dans les faits, depuis le 1er mars dernier, les frontières entre les deux pays sont déjà ouvertes et les citoyens des régions frontalières n’ont plus besoin de visa pendant 5 jours pour se rendre chez leur voisin.  Un événement qui a été fêté en grande pompe sous l’oeil des médias locaux.

Les 10 nouveaux points de passage de frontière (portant le nombre total à 16) sont déjà encombrés par le nombres de citoyens ouzbeks et tadjiks souhaitant passer cette frontière longtemps interdite. À tel point que des files importantes se sont formées et que les services frontaliers tadjiks ont  annoncé que le personnel à la frontière serait augmenté sous peu, selon le média tadjik Asia-Plus.

En parallèle, l’annonce de l’ouverture officielle de la ligne de chemin de fer “Galaba-Amouzang-Khuchadi”, fermée depuis le début des années 2000 par l’Ouzbékistan, est un des points les plus importants pour le Tadjikistan. De fait, la ligne permet de relier le pays enclavé au réseau ferré de toute la région.  

L’Ouzbékistan pourrait prendre part au projet de Rogun

Comme le rapporte le communiqué de presse du président tadjik, Chavkat Mirzioïev “a annoncé l’intention de la partie ouzbèke d’examiner pleinement la possibilité de sa participation à la construction d’installations hydroélectriques dans la République du Tadjikistan, y compris le HPP de Rogun”. C’est là, le revirement officiel, au plus haut niveau sur cette épineuse question qui a opposé les deux pays depuis 20 ans.

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Ce barrage, dont la construction a débuté en octobre 2016 et dont une partie devrait être terminée dès la fin de l’année, est le projet majeur d’infrastructure  du Tadjikistan. Considéré comme « le plus haut barrage du monde » avec 335 mètres de hauteur, il doit permettre à ce pays montagneux d’augmenter sa production et ses exportations d’électricité grâce à la rivière Vakhch. Mais cette rivière continue sa route vers l’Ouzbékistan, qui verra ainsi son débit diminuer, alors que ces ressources en eaux sont cruciales pour son agriculture.  Emomalii Rahmon, lors de la conférence de presse commune des deux chefs d’Etat s’est voulu rassurant en déclarant que “nous ne laisserons jamais, de quelque façon que ce soit, nos voisins sans eau.”

140 millions de dollars d’accords commerciaux

Les deux pays ont signé des accords commerciaux à hauteur de 140 millions de dollars durant la visite.

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Les deux présidents ont également ouvert une exposition de la production ouzbèke à Douchanbé présentant plus de 100 entreprises ouzbèkes différentes. Le but est de porter le montant des échanges commerciaux entre le deux pays jusqu’à 500 millions de dollars, alors qu’en 2017 le montant – record – a été de 240 millions de dollars.

Une reconnaissance des échanges linguistiques et culturels

Les deux président ont également promis “d’élever le niveau d’étude et d’enseignement des langues tadjik et ouzbek dans les établissements d’enseignement de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan.” Cette déclaration est d’importance, alors que les principales langues minoritaires sont respectivement le tadjik et l’ouzbek dans l’un et l’autre des pays.

“Notre tâche vitale, en tant que politiciens et dirigeants, (…) est de créer des conditions favorables pour élargir le réseau des institutions éducatives, développer librement les langues tadjikes et ouzbeks, les étudier et les appliquer” a ajouté le président tadjik dans son discours pour la “soirée de l’amitié”. Durant cette soirée, les artistes des deux pays se sont produits devant les deux chefs d’Etat et les délégations.

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De manière symbolique, Chavkat Mirzioïev a offert au président tadjik un livre du poète tadjik Abdurakhman Djami, mentor et ami du poète ouzbek Alisher Navoï, en trois langues (tadjik, ouzbek et russe) qu’il a lui même préfacé. Une statue des deux poètes a été placée dans un parc  de Douchanbé ainsi que dans un parc de la ville ouzbèke de Samarcande. Le musée du poète tadjik Aini à Samarcande est également en cours de reconstruction, ce dont le président tadjik a remercié son homologue.    

“Un mauvais voisin n’est jamais pardonné”

En arrière plan de cette visite des 9 et 10 mars, on trouve une préparation très importante et une volonté forte des deux côtés. Annoncée le 6 janvier dernier, cette visite a été soigneusement préparée depuis décembre 2016 et l’arrivée au pouvoir de l’ancien Premier ministre d’Islam Karimov.

Lors de son discours devant les députés de l’assemblée de la région de Tachkent le 6 janvier dernier, Chavkat Mirzioïev a marqué son intention de créer une relation de bon voisinage avec le Tadjikistan, « car un mauvais voisin n’est jamais pardonné. » Il a ajouté que l’Ouzbékistan travaillait à améliorer ses relations avec son voisin tadjik, « mais que briser une glace vieille de 20 ans n’était pas chose aisée. »

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De fait, les relations entre les deux voisins étaient au plus bas, tant Islam Karimov, décédé en septembre 2016, avait entretenu des relations tendues avec son voisin tadjik. Bien que le premier président ouzbek se soit rendu en 2008 et en 2014 à Douchanbé, ce n’était que pour des participations aux sommets de l’Organisation de Coopération de Shangaï. La dernière visite d’Etat d’un président ouzbek dans la capitale tadjike remontait à juin 2000.

La fin de désaccords de plus de 20 ans

Les désaccords entre les deux pays sont nombreux depuis l’indépendance en 1991 et ce sont accentués durant les 20 dernières années. Douchanbé a régulièrement accusé la République voisine de bloquer les voies ferrées et les routes. À son tour, Tachkent s’est opposée à la construction de la centrale hydroélectrique de Rogun au Tadjikistan qui, d’après les autorités ouzbèkes, serait une menace pour le secteur agricole dans la région.

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Ce sont ces nombreux et profonds désaccords qui expliquent le temps qu’a pris la préparation de cette visite déjà historique du président ouzbek à Douchanbé.

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En effet en octobre dernier, le média tadjik Asia-Plus se demandait pourquoi le président ouzbek n’était pas pressé de se rendre au Tadjikistan. Chavkat Mirzioïev a déjà visité tous les autres pays d’Asie centrale : il s’est rendu 2 fois au Turkménistan et au Kazakhstan et il a également été accueilli en visite officielle, elle aussi historique, au Kirghizstan. Le voyage au Tadjikistan est activement préparé depuis des mois, avec régulièrement des informations publiées des deux côtés sur les accords pour annuler les visas, ré-ouvrir les frontières, ou rétablir le commerce dans l’énergie.

Vers une coopération régionale renforcée

Cette visite devrait également permettre de lancer pleinement une nouvelle coopération régionale. Ainsi, Le leader tadjik a assuré au président ouzbek qu’il soutenait pleinement l’initiative de lancer une nouvelle atmosphère de coopération au sein de la région centrasiatique.

“Les chefs d’Etat ont souligné que la solution de l’ensemble des problèmes intra-régionaux en Asie centrale ne peut et ne doit être mise en œuvre que par les Etats de la région” ,  affirme ainsi le communiqué de presse commun.

Cette initiative de coopération régionale, prise lors du sommet du 10 novembre à Samarcande par le président ouzbek, prendra la forme d’une rencontre des chefs d’Etat centrasiatiques à Astana le 15 mars prochain.

L’initiative intervient après cette visite de Chavkat Mirzioïev au Tadjikistan mais aussi au Kirghizstan et au Kazakhstan, avec des effets très concrets. Si elle ouvre effectivement une nouvelle ère de coopération en Asie centrale, l’initiative du sommet d’Astana semble déjà avoir du plomb dans l’aile puisque le président turkmène a annoncé qu’il ne s’y rendrait pas et qu’il n’enverrait que la speaker du parlement turkmène.

La rédaction

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Emomalii Rahmon (à droite) et Chavkat Mirzioïev (à gauche) ont montré des signes clairs d’amitiés durant la visite de Douchanbé.
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Chavkat Mirzioïev (à droite) et son homologue tadjik sont tombés dans les bras l’un de l’autre.
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Chavkat Mirzioïev (à gauche) et Emomalii Rahmon (à droite) ont signé 27 accords au total.
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Chavkat Mirzioïev (à gauche) et Emomalii Rahmon (à droite) ont inauguré une exposition de productions ouzbèkes.
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