Mirzioïev entouré des présidents de la région lors de l'enterrement de Karimov

Quelle sera la première visite officielle du prochain Président ouzbek ?

Le co-fondateur du Centre d’Études sur la Chine et l’Asie centrale « Synopsis », Daniyar Kosnazarov, s’est penché sur la dimension internationale de la succession en Ouzbékistan vu depuis le Kazakhstan. L’Ouzbékistan est en pleine campagne présidentielle – visant surtout à consolider la stature du favoris – Chavkat Mirzioïev – mais tout de suite après viendra le temps de la construction de l’après Karimov sur la scène internationale : quelle sera le première visite officielle à l’étranger du nouveau président ouzbek est une question cruciale.

Explications et analyse de Daniyar Kosnazarov traduit du russe par la Rédaction de Novastan. Retrouvez l’article de Daniyar Kosnazarov sur « L‘Ouzbékistan au test de la succession présidentielle » pour Novastan.

Les prochaines élections présidentielles ouzbèkes auront lieu le 4 décembre 2016. Quel que soit le nouveau Président élu, il devra entretenir des relations avec les chefs d’États d’autres pays et représenter le pays sur la scène internationale. Ainsi, beaucoup dépend de l’expérience du nouveau Président et de ses qualités personnelles.

L’incontournable Chavkat Mirzioïev

Le Président intérimaire, Chavkat Mirzioïev, est actuellement très actif : il continue de se déplacer à travers le pays, il missionne le gouvernement et en licencie certains membres. Face à cette activité politique, les autres candidats disparaissent totalement du champ politique. De plus, en tant qu’ancien Premier ministre, Chavkat Mirzioïev a pu garder de nombreux contacts avec les dirigeants étrangers et les représentants d’autres pays. Par exemple, le Président chinois, Xi Jinping, dans un message adressé au Président intérimaire, a fait mention de leur visite conjointe de la ville de Boukhara en juin 2016. Le leader chinois a également exprimé sa volonté de conserver des rapports étroits avec l’actuel Président en exercice tout en poursuivant la construction des relations sino-ouzbèkes dans les domaines politique, économique et culturel.

Lire à ce sujet sur Novastan : Chavkat Mirzioïev devient président (provisoire) d’Ouzbékistan

Bien sûr, il n’y a rien de particulièrement extraordinaire dans ce message. Mais, sachant que Mirzioïev est candidat à la Présidence de l’Ouzbékistan, le soutien de dirigeants étrangers, même indirect, fait de lui un Président en exercice incontournable dans le pays. Les autres candidats ne bénéficient pas d’une telle opportunité. Par ailleurs, Chavkat Mirzioïev a été à la tête de la commission chargée de l’organisation des funérailles d’Islam Karimov. À cette occasion, il a reçu les condoléances de l’ensemble des représentants étrangers venus à Samarcande pour saluer la mémoire du premier Président de l’Ouzbékistan indépendant.

Les leaders étrangers venus honorer la mémoire d’Islam Karimov

Les Présidents de l’Afghanistan, du Tadjikistan et du Turkménistan, les Premiers ministres biélorusse, géorgien, russe, kazakh, kirghiz, les vice-Premiers ministres chinois, sud-coréen et ukrainien, le ministre des Affaires étrangères iranien et de hauts représentants et diplomates d’autres pays s’étaient rendus à Samarcande pour les funérailles de Karimov. Plus tard, ce sont les Présidents russe et kazakh qui sont venus déposer une gerbe de fleurs sur la tombe d’Islam Karimov et qui ont exprimé leurs condoléances à sa famille ainsi qu’à l’ensemble du peuple ouzbek.

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Cette liste montre que les pays centrasiatiques voisins, mais aussi d’importants partenaires de l’Ouzbékistan, ont été les premiers à honorer la mémoire du Président défunt tout en cherchant à savoir quelle serait l’évolution de la situation dans le pays le plus peuplé d’Asie centrale.

Il est fort probable que le prochain Président ouzbek visite en premier lieu l’un des pays mentionnés plus haut. Mais le plus important n’est pas de savoir quel pays sera le premier à accueillir le nouveau Président après les élections. Le plus important est de déterminer les conséquences d’une telle visite.

Les voisins centrasiatiques comme partenaires stratégiques

Afin de ne pas inquiéter ses partenaires clés à l’étranger, il y a fort à parier que l’Ouzbékistan portera son attention vers un des grands acteurs internationaux tels que la Russie ou la Chine. Mais la première visite du nouveau dirigeant aura très certainement lieu dans les pays d’Asie centrale. La récente visite du ministre des Affaires étrangères ouzbek, Abdoulaziz Kalimov, au Tadjikistan montre soit que le Tadjikistan cherche à jauger son voisin, soit que le prochain pouvoir ouzbek s’apprête à rencontrer ses voisins centrasiatiques, même si une telle visite ne commencerait pas nécessairement par le Tadjikistan. Il est possible que le Kazakhstan soit le premier pays à accueillir le futur Président ouzbek, vu l’autorité personnelle du Président Noursoultan Nazarbaïev et le rôle déterminant joué par Astana pour résoudre les problèmes régionaux.

Peut-être que le nouveau Président choisira de rendre visite à ses quatre voisins centrasiatiques dans la foulée dans le cadre d’une tournée régionale. Une telle approche montrera l’attachement de Tachkent à la coopération avec ses voisins et donnera le ton pour les futures relations entre les pays de l’Asie centrale. Il va sans dire que les problèmes chroniques de la région ne seront guère résolus après une telle visite (encore hypothétique). Mais s’il y a possibilité de « remettre à jour » les contacts entretenus jusqu’ici avec les voisins centrasiatiques, Tachkent ne passera pas à côté d’une telle opportunité. Après tout, de bonnes relations avec les pays voisins peuvent permettre le développement de relations constructives avec les principaux acteurs mondiaux.

Quelles relations avec les différentes puissances mondiales ?

Dans la liste des prochains pays potentiels susceptibles de recevoir en premier le Président ouzbek figurent la Russie, la Chine et la Corée du Sud. Ces trois États sont des partenaires essentiels de Tachkent. Ils investissent beaucoup dans le pays et sont particulièrement intéressés par l’évolution de la situation en Ouzbékistan. Les questions relatives à la sécurité des investissements, aux échanges commerciaux et à l’influence politique sont déterminantes pour les trois puissances. Dans un souci d’apaisement vis-à-vis de ces pays, le Président ouzbek pourrait se rendre auprès des dirigeants en question suite à son élection. Il pourra ainsi assurer ses partenaires de la stabilité de la situation en Ouzbékistan et que les affaires suivront leur cours après sa prise du pouvoir.

Mais il ne faut pas oublier les États-Unis. Le pays est pour l’instant focalisé sur les élections présidentielles à venir. Mais, d’ici le 4 décembre 2016, le nouveau dirigeant américain sera connu. Si Hillary Clinton l’emporte, elle s’intéressera sans aucun doute à la situation en Asie centrale.  Son éventuelle victoire augmentera fortement la probabilité d’une visite du futur Président ouzbek à Washington. Mais il est également possible qu’Hillary Clinton décide d’effectuer une tournée dans l’ensemble des pays d’Asie centrale et qu’elle rencontre le nouveau leader ouzbek lors de son passage à Tachkent.

Dans tous les cas, le futur Président de la République ouzbèke aura une politique étrangère active et cherchera à maintenir des relations constructives avec l’ensemble des pays importants. La nécessité d’une politique étrangère efficace est une question vitale pour le futur pouvoir. Les partenaires étrangers de l’Ouzbékistan ne veulent pas de mauvaises surprises. Et Tachkent ne veut pas avoir à faire face à de sérieuses déconvenues avant comme après l’élection présidentielle du 4 décembre.

Cet article a également disponible en langue russe sur Vlast.kz.

Daniyar Kosnazarov

Traduit du russe par Jérémy Lonjon, rédacteur en chef de Novastan.org

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