Choazim Minovarov Directeur Alliance Française Tachkent

Rencontre avec Choazim Minovarov, président de l’Alliance Française de Tachkent

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Président de l’Alliance Française de Tachkent et du Centre pour la Culture islamique d’Ouzbékistan, Choazim Minovarov est traducteur et diplomate de formation. Il est également le premier citoyen ouzbek à avoir été promu Chevalier de l’Ordre national du Mérite de la République française.

Novastan reprend ici une interview menée par Chakhriyor Tourgounboïev et initialement parue sur l’agence de presse officielle ouzbèke Jahon.

Le Centre pour la Culture islamique dont Choazim Minovarov a pris la direction a été institué par un décret présidentiel en date du 23 juin 2017. Les objectifs de cette nouvelle structure seront, entre autres, de mener des études scientifiques servant à « analyser en profondeur la façon dont l’Islam invite chaque instant les nations et les peuples à tendre vers une vie sainte, vers plus d’humanisme, vers une amitié et une humanité unifiée. » Le complexe de bâtiments, composé d’une bibliothèque et d’un musée, seront construits à Tachkent sur une parcelle dépendant du complexe Hast-Imam.

Mais c’est en tant que traducteur et passionné de littérature, ainsi que pour sa qualité de président de l’Alliance Française de Tachkent, que Choazim Minovarov s’est entretenu avec Jahon.

Pourriez-vous parler des services rendus à la République française qui vous ont valu l’honneur d’être décoré de l’Ordre du Mérite ?

Il est vrai que l’Ordre du Mérite occupe une place notable dans le système des ordres et décorations français. Il est décerné à des citoyens de la République française ou à des étrangers pour les remercier de services particuliers rendus à la Nation française. L’Élysée a pris la décision de me faire cet honneur en reconnaissance de ma contribution pour le développement des relations bilatérales entre nos pays : tout d’abord, en tant que professeur de français et traducteur, puis, par après, en tant que membre du ministère des Affaires étrangères ouzbek et vice-ministre des Affaires étrangères. J’ai aussi traduit les œuvres de plusieurs auteurs français en ouzbek et des œuvres d’auteurs ouzbeks en français.

Je remercie le destin d’avoir eu l’honneur d’accompagner le premier président de la République d’Ouzbékistan, Islam Karimov, lors de ses visites officielles en France et en Belgique, tout comme lors de ses entrevues avec des dignitaires haut placés venant de pays francophones.

Vous dirigez l’Alliance Française de Tachkent depuis sa création. Pourriez-vous expliquer succinctement les objectifs de cette organisation et évoquer vos réussites depuis le début de cette initiative ?

L’Alliance Française de Tachkent a été créée conformément aux dispositions d’une convention intergouvernementale signée par les ministres des Affaires étrangères de la France et de l’Ouzbékistan en novembre 2015. Elle jouit du statut d’institution non-gouvernementale à but non lucratif. L’objectif principal de cette structure est de favoriser le développement de la coopération entre nos 2 pays en renforçant l’apprentissage du français et en ouvrant la société ouzbèke à la culture française. Nous offrons aussi une plateforme pour de jeunes talents ouzbeks, qu’ils soient artistes, musiciens ou artisans, afin qu’ils puissent présenter leurs travaux à un public plus large.

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Un an à peine après la création de l’Alliance, environ un millier de nos compatriotes, âgés de 3 à 60 ans, avaient déjà amélioré leur niveau de français. Rien que pour les cours intensifs organisés l’été, plus de 100 inscriptions ont été enregistrées. Il existe un intérêt immense pour le français et la culture française et l’Alliance participe, à son humble niveau, à leur popularisation en Ouzbékistan.

Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir traducteur ? Qu’est-ce qui vous a attiré vers cette profession et vers le français en particulier ?

Après avoir découvert de grands classiques français comme Les enfants du capitaine Grant de Jules Verne, Le Rouge et le Noir de Stendhal et Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, j’ai fait le choix définitif de m’inscrire à la faculté de philologie romane et germanique de l’Université d’État de Tachkent, aujourd’hui Université nationale d’Ouzbékistan. Tachkent a toujours été une ville internationale. Dès les premières années à l’Université, il était possible de rencontrer des étrangers, notamment des Français.

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J’étais en quatrième année à l’Université lorsque j’ai essayé de traduire pour la première fois. C’était pour un journal ouzbek qui publiait la nouvelle de Guy de Maupassant, Clair de lune. Est alors née en moi la conviction que je pouvais percer dans le milieu de la traduction. Quant à mon amour pour la France, le français et la culture française, il n’a fait que  croître année après année.

Quels ont été les moments les plus insolites ou les plus difficiles de votre carrière de traducteur, surtout lorsque vous travailliez pour les hauts représentants ouzbeks ?

En tant que traducteur, je suis sorti du pays pendant une longue période pour la première fois en 1975 à l’occasion d’une visite en République de Guinée. Un jour à peine après mon arrivée, on a frappé à ma porte pour m’annoncer que je devais absolument accompagner le responsable du contrat à des négociations avec les représentants de la Chancellerie du président du pays. On m’a présenté à mon nouveau patron et je me suis installé dans la voiture. Nous avions à peine quitté le village des diplomates que le chauffeur m’a posé une question : « Par quel chemin préférez vous passer ? Par la ville ou par la « corniche » ? » Je ne connaissais alors qu’un seul sens du mot « corniche », le sens premier, et comme je n’avais pas le temps de réfléchir, j’ai intimé au conducteur d’opter pour le chemin le plus court. Depuis ce jour-là, je tiens un dictionnaire des nouveaux mots que je rencontre, surtout lorsqu’il est questions de termes locaux. Dans le contexte de mon histoire, la « corniche », c’est le chemin qui longe la côte guinéenne.

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Pour ce qui est des représentants haut-placés, le résultat de leurs négociations dépend de nous, c’est une responsabilité immense. Notre mission est des les aider à se comprendre les uns les autres. Il faut être prêt à parer à toute éventualité et à s’en sortir en toute situation. Le plus difficile reste sans doute de traduire les traits d’humour, les anecdotes, les proverbes et les aphorismes lors des entrevues de haut niveau.

Quel conseil donneriez-vous à un traducteur qui débute ?

Comme tout métier, la traduction nécessite d’aiguiser ses connaissances et ses compétences en permanence. Il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers et se rappeler que les ennemis les plus terribles de l’humanité sont la flagornerie et la paresse.

Propos recueillis par Chakhriyor Tourgounboïev

Traduit du russe par Thomas Rondeaux pour Novastan

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Choazim Minovarov, président de l’Alliance Française de Tachkent
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