Termez Ouzbékistan Bazar Ville frontière Afghanistan

Termez : la ville ouzbèke au passé resplendissant mais sans futur

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Chômage de masse, trésors touristiques inexploités et administration vivant au jour le jour… Bienvenue à Termez !

Novastan traduit et reprend ici un article publié originellement sur Centre1

A près de 500 kilomètres au sud de Tachkent, la ville située à la frontière ouzbeko-afghane a jadis été un terrain fertile au marché de contrebande. C’en était même une plaque tournante. Aujourd’hui, l’économie de la ville repose essentiellement sur une économie fondée sur la culture maraîchère et les taxis.

En bas des nouvelles constructions, l’on trouve des supérettes et des magasins de robes de mariée. Juste à côté, on peut apercevoir de petites boutiques, des gazons bien verts, des parterres de fleurs mais aussi des jeux pour les enfants. Pourtant, il n’y a personne… à l’exception de quelques passants. A cause de cette désertion, le centre, bien qu’entretenu, ne ressemble plus qu’à un décor de film fantastique, au sein duquel tous les habitants de la ville se seraient soudainement volatilisés.

Termez Ouzbékistan collage rues immeubles vide

Scènes de tous les jours dans Termez.

Aucun signe de vie

Au demeurant, une partie de ces bâtiments a effectivement un rôle esthétique dans la mesure où la majorité des magasins et des bureaux sont vides. Les locaux montrent du doigt des loyers excessifs. Les immeubles ne donnent également pas de signes de vie : le linge n’est pas suspendu au balcon, les volets n’ont jamais été accrochés aux fenêtres et aucun enfant ne joue à proximité des résidences.

La vraie vie de Termez, quoique secrète, existe et se trouve ailleurs, à l’abri des regards des bureaucrates de passage qui s’affairent derrière leur clôture en béton. Sur l’une est visible l’inscription suivante : « 2017 : l’année du dialogue entre le peuple et les intérêts de l’homme ». Les participants de ce dialogue vivent ici même, juste après la clôture, dans les maisons en pisé sans canalisation ni chauffage commun, disparu des habitations au milieu des années 1990.

Du temps de l’essor : guerre et contrebande

Olim, chauffeur de taxi, se souvient avec amertume de la propreté et du confort qu’assurait la vie à Termez à l’époque de la guerre d’Afghanistan, de 1979 à 1989. Du temps où les soldats et leurs familles vivaient ici, des Palais de la culture, des Philharmonies, divers cercles et sections sportives pour les enfants étaient actifs. On pouvait trouver, au marché principal, des habits, du matériel électroménager et multimédia.

Termez Ouzbékistan Rue

Une rue de Termez, actuellement.

En dépit des postes de contrôle dus à la présence militaire, des magnétoscopes, des jeans ainsi que des chewing-gums arrivaient de Tachkent, de Douchanbé et ou encore de Samarcande. Quasiment tous les habitants étaient impliqués dans ce commerce illégal. Ainsi, même les agents de la milice et les gardes-frontière étaient-ils de mèche et organisaient l’importation clandestine de marchandises afghanes.

« On brûlait des livres pour se réchauffer »

Après la fin du conflit soviéto-afghan en 1989 et la chute de l’URSS en 1991, les militaires ont quitté Termez. Avec eux, la prospérité s’en est allée. A la place de ces soldats sont venues s’installer des populations des kichlaks proches, ces campements d’été ou d’hiver. La seconde moitié des années 1990 a vu la cessation des activités de contrebande quand les combattants du mouvement Taliban ont pris la ville afghane de Mazâr-e Charîf, située à 100 km de là.

Depuis et sous l’initiative de Tachkent, la frontière entre l’Afghanistan et l’Ouzbékistan apparaît plus que jamais étanche. En outre, ces événements coïncident à peu près au moment où les locaux ont vu leur salaire baisser. La situation est devenue extrêmement tendue. Les coupures d’approvisionnement en gaz, de chauffage et d’électricité sont devenues courantes. « Pour se réchauffer, les gens brûlaient l’un après l’autre du fumier séché, des livres, des anciens cahiers d’écolier et même des documents d’archives ; on mettait tout ça ensemble et hop ! », se souvient Olim, notre chauffeur de taxi. Termez est l’une des villes les plus chaudes d’Asie centrale mais en hiver, les moyennes de saison avoisinent les 10 degrés et il arrive qu’il gèle.

 « Même pour Norouz, il n’y a pas eu d’effort de nettoyage et d’embellissement. »

En ville, des stades immenses, de grandes avenues et des édifices très hauts sont limitrophes des maisons de plain-pied en terre-argile. Partout, de constructions inachevées occupent l’espace  et des montagnes de déchets s’amassent.

Termez Ouzbékistan collage rues immeubles vide

Scènes de tous les jours dans Termez.

Il semblerait que les services municipaux ne nettoient qu’une poignée de rues principales, le reste de Termez croulant sous la saleté et la poussière. Norouz, la fête perse du printemps que l’on célébrait le 21 mars, n’a rien changé. Les autorités se sont contentées de recouvrir ce qui était laid de tôles de fer.

Les conditions nécessaires à l’accueil des touristes ne sont pas réunies.

Termez, forte d’une histoire vieille de plusieurs centaines d’années et fruit d’un melting-pot, pourrait cependant attirer les foules à l’avenir. C’est en effet là que se trouve la cité antique de Dalverzine-Tépé, considérée comme le plus ancien vestige bouddhiste d’Ouzbékistan. S’y trouve également le sanctuaire de Karatépé, le stūpa de Zourmala, la forteresse Kirk-kiz (datant du Moyen-Âge) et la khanaqa (demeure sainte) de Kokildor-ota, les mausolées du sultan Saodat et d’Al-Hakim al-Tirmidhi. De plus, la plupart de ces vestiges ont récemment bénéficié d’une restauration.

Musée Archéologie Termez Ouzbékistan

Le musée d’archéologie de Termez.

Des avions en provenance de Tachkent arrivent régulièrement ici. En revanche, sortir de Termez est un véritable cauchemar. L’aéroport de la ville n’est qu’un vaste et triste spectacle. Le réseau de transports en commun est quasi inexistant étant donné que seuls des minibus privés et un tas de taxis sauvages desservent correctement la ville. Dans cette dernière, vous ne trouverez ni carte, ni indication en anglais. Les habitants sont une minorité à parler russe.

Un ancien agent de la milice interrogé par Centre1, Bakhtiar, estime que la faute revient à la direction de la ville, trop « kichlakisée ». D’après lui, ces gens trop peu instruits ne voient pas tout le potentiel qu’offre Termez et ses alentours. Ils ne réfléchissent pas non plus aux multiples possibilités d’aménagement des infrastructures. C’est donc pour cela que la ville est en déclin.

Une économie fondée sur la culture maraîchère et le service de taxi.

Le marché principal de la ville est généralement très animé. Il semblerait que ce soit l’unique endroit ici où la vie bouillonne autant : les uns vendent, les autres achètent. Ensemble, ils se plaignent du manque de revenu et du chômage.

Les marchandes de lipiochkas, le pain centrasiatique, racontent que l’argent gagné couvre tout juste les impôts et les dépenses liées à la nourriture. « Ma belle-mère cuit le pain et moi, je le vends. Tous nos gains partent dans les besoins de première nécessité. On joint les deux bouts. Mon mari est parti travailler en Russie où il a déjà sa famille. Il m’aide un peu mais ce n’est pas suffisant », – dit l’une d’elles.

Bazar Termez Ouzbékistan

Une autre partie du bazar de Termez, plus animée.

Cette histoire est caractéristique de l’Ouzbékistan actuel. En raison du chômage de masse, de nombreux hommes sont contraints de quitter le pays et de chercher du travail à l’étranger. Il arrive souvent qu’ils abandonnent femmes et enfants à leur sort. Mais cette situation est également courante au Kirghizstan, au Tadjikistan et au Kazakhstan.

Dans la région de Termez, le salaire moyen n’excède pas 600 000 soum (soit 85 dollars) par mois. Les prix de l’immobilier, de l’éducation et des denrées alimentaires ne sont pas pour autant inférieurs à ceux pratiqués à Tachkent. Pour beaucoup d’hommes, la migration de travail s’avère donc la seule solution pour nourrir leur famille.

Bazar Termez Ouzbékistan

Une scène du bazar de Termez, seul lieu un peu animé de la ville.

A Termez, les entreprises ont fermé depuis bien longtemps, c’est-à-dire depuis les années 1990. Résultat : les citadins se sont tournés vers un marché exclusivement locavore et ils s’occupent de troupeaux, récoltent leurs fruits et leurs légumes. Par conséquent, voir des moutons et des vaches pâturer dans les rues n’est pas quelque chose de surprenant.

Une économie basée sur une culture du terroir et la surabondance de taxis : voilà sur quel modèle repose de nombreuses villes de province en Ouzbékistan. Toutes espèrent un avenir plus radieux.

Traduit du russe par Carole Duplaine

Le bazar de Termez, désespérément vide.Centre1
Scènes de tous les jours dans Termez.Centre1
Une rue de Termez, actuellement.Centre1
Scènes de tous les jours dans Termez.Centre1
Le musée d’archéologie de Termez.Centre1
Une autre partie du bazar de Termez, plus animée.Centre1
Une scène du bazar de Termez, seul lieu un peu animé de la ville.Centre1
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