Ouzbékistan Rural Bière Artisanale

Une brasserie normande pourrait exporter en Ouzbékistan

Pascale et Donatien Lesellier, à la tête de la brasserie Château de la bière, dans l’Orne, se sont rendus à Tachkent au sein d’une délégation menée par la présidente du groupe sénatorial d’amitié France – Asie centrale. L’objectif : améliorer les relations commerciales et les investissements entre les deux pays. 

Plus de 5 000 kilomètres séparent Lonlay-l’Abbaye (Orne) et Tachkent. Malgré cela, de la bière de ce petit village normand pourrait bien arriver dans la capitale ouzbèke. En mars dernier, Pascale et Donatien Lesellier, à la tête de la brasserie Château de la bière, ont fait partie d’une délégation d’entrepreneurs emmenés par la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet, comme l’a d’abord rapporté Ouest France. A la tête du groupe sénatorial d’amitié France – Asie centrale, Nathalie Goulet a souhaité inviter avec elle des entreprises locales en Ouzbékistan, après avoir reçu une délégation ouzbèke dans l’Orne le 17 janvier dernier.

Pour le Château de la bière, ce déplacement a été une opportunité d’exporter. Une tendance s’affirme de plus en plus, les pouvoirs publics semblant encourager investisseurs et entreprises françaises à se tourner vers les marchés en pleine croissance d’Asie centrale. L’initiative de la sénatrice Nathalie Goulet s’inscrit dans cette stratégie de conquête des marchés centrasiatiques. Retour sur une semaine de découvertes et prospections avec les deux entrepreneurs normands.

Novastan : Pouvez-vous nous expliquer la genèse du projet ?

Pascale et Donatien Lesellier : Tout a commencé quand la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Flers a organisé une rencontre avec les ambassadeurs ouzbeks, sur la commune de Flers. Le but était d’entrevoir des possibilités d’échanges. De notre côté, on s’est dit pourquoi pas, on n’est pas du tout à l’export, ça nous permettait de commencer les démarches et de s’impliquer dans l’export. Les opportunités étaient telles qu’on était partants. Le projet à l’origine était de faire un salon des produits français en Ouzbékistan [dans le cadre d’une semaine française 22 au 29 mars, ndlr], organisé par l’ambassade ouzbèke. Malheureusement, les choses ne sont pas vraiment concrétisées.

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Le montage du dossier était un peu délicat et long, mais on l’a fait. Au moment où on a su réellement que ça tombait à l’eau, du fait du peu d’entreprises qui s’étaient manifestées, on a pu rejoindre une délégation qui faisait le déplacement du 22 au 29 mars. De notre côté, on avait organisé notre planning de sorte à pouvoir faire le déplacement et on avait déjà également fait toutes les démarches pour accéder à l’export.

Lors de la rencontre à la CCI de Flers, que vous a présenté la délégation ouzbèke ?

Ils ont présenté leur pays, les richesses et la beauté de l’Ouzbékistan, mais aussi les productions que l’Ouzbékistan fabrique déjà. L’enjeu derrière tout ça, c’est d’ouvrir les échanges. Leur souhait dans un premier temps est peut-être plus que les entreprises étrangères viennent chez eux, mais à terme, ils aimeraient que ce soit de véritables échanges.

Comment avez-vous préparé ce voyage ? Dans quelle proportion les équipes de la sénatrice vous ont aidé ?

Nathalie Goulet a entendu notre déception, elle-même était déçue puisqu’elle s’était mobilisée pour que ça se fasse. Seules deux entreprises ornaises avaient fait toutes les démarches, dont la nôtre. Ensuite, l’autre entreprise a finalement abandonné le projet. Tout avait changé, l’ambassade ouzbèke devait au départ prendre en charge la plupart des frais et devait faire parvenir nos produits en Ouzbékistan pour le salon. Avec le peu d’entreprise souhaitant participer, il n’en était plus question. Malgré la contrainte financière, on a décidé de participer quand même au déplacement.

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La sénatrice a fait en sorte de nous greffer sur la délégation des élus locaux, puisqu’on était la seule et unique entreprise à partir. On a fait une partie du déplacement au sein de cette délégation et puis assez vite, on est retourné à Tachkent, où nous avons été accueillis par l’ambassade de France sur place et par l’ambassadrice, madame Violaine de Villemeur.

Quels acteurs économiques avez-vous pu rencontrer sur place ?

Sur place, plusieurs rencontres étaient prévues, mais cela s’est révélé un peu plus compliqué. L’ouverture du pays se fait doucement mais ça reste encore fragile, ce n’est pas simple. L’ambassadrice nous a même dit « pourquoi avez-vous choisi ce pays ? C’est encore relativement compliqué. » De notre côté, on a eu cette opportunité, on a pu rencontrer les ambassadeurs ouzbeks et puis parfois la difficulté peut être enrichissante.

Ouzbékistan Tachkent Skyline

Lorsqu’on commence par la difficulté, ça ne peut être que plus facile après. Comme on a pu faire envoyer quand même un petit paquet de bière via un colis diplomatique, nous avons pu rencontrer restaurants et hôtels et organiser des dégustations. On a eu un véritable accompagnement de la part de l’ambassade pour pouvoir faire ces rencontres.

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On a pu récupérer des contacts suite à ces rencontres. Nos produits, les bières artisanales, se situent sur un segment pas encore occupé, à destination principalement des hôtels. Depuis qu’on est rentrés, on est régulièrement en contact avec l’Ouzbékistan, avec notre traducteur qui nous a permis d’avoir ces dialogues et avec un distributeur sur place qui est intéressé. Ceci dit, les taxes sont pour le moment de 120%, c’est un obstacle supplémentaire. Le distributeur avec qui on est en contact distribue déjà du vin français et les produits de marque Teisseire, donc il a une certaine habitude.

Vous avez mentionnés la taxe de 120%, une autre barrière pourrait être le fait que ce soit un pays à majorité musulmane ?

Il y a quand même une consommation d’alcool, même si celle-ci est raisonnée. C’est un carrefour, avec beaucoup d’échange, notre guide par exemple était turc, il y aussi des russes, les échanges font qu’il y a un véritable mélange de culture. C’est assez surprenant.

Lors de ces rencontres, avez-vous eu un accompagnement des autorités ouzbèkes ?

C’était des rencontres entre entrepreneurs, avec uniquement un traducteur mis à disposition par l’ambassade, on n’a pas rencontré de représentant de l’Etat ouzbek. C’était seulement sept jours, dont trois de découvertes. C’était assez compliqué d’organiser beaucoup de rencontres sur une période aussi courte. S’il y avait eu plus d’entreprises, les enjeux auraient été plus grands et il y aurait eu plus de rendez-vous. Et puis c’est assez nouveau pour nos interlocuteurs ouzbeks.

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Quels sont les débouchés économiques que vous espérez trouver là-bas, dans un pays à forte croissance

Nous sommes en contact et allons rester en contact avec les acteurs locaux. Tous nos interlocuteurs n’ont pas fini leur dégustation, donc nous n’avons pas tous les retours. On verra, il est prévu de retourner là-bas en octobre ou novembre, mais cette fois-ci en suivant la formule qui était prévue au départ, c’est-à-dire un salon consacré aux produits français.

L’avantage, c’est que nous avons déjà des contacts sur place, on en fera d’autre, ce sera plus facile. À côté de ça, la personne avec qui nous sommes en contact distribue également au Kazakhstan et au Kirghizstan. Si on arrive à mettre les pieds en Ouzbékistan, nos produits pourraient par la suite s’exporter également dans ces autres républiques d’Asie centrale.

Joseph Giraud
Rédacteur pour Novastan

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Des entrepreneurs ornais, à la tête d’une brasserie, se sont rendus à Tachkent au sein de la délégation du groupe sénatorial d’amitié France – Asie centrale. Ici, une dégustation de bière artisanale française après avoir assisté à une partie de Bouzkachi.
DR
Tachkent pourrait être un nouveau lieu d’exportation pour une petite brasserie normande.
Atilin
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