Le président ouzbek, Chavkat Mirzioïev, offrant un livre à l'effigie d'Emmanuel Macron sous-titré "révolution", lors de la rencontre des deux présidents à l'Elysée

Une visite en France « fructueuse » pour le président ouzbek

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Le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a rencontré son homologue français Emmanuel Macron à l’Elysée ce mardi. Après 10 d’accords inter-étatiques signés et 5 milliards d’euros d’accords commerciaux, la présidence ouzbèke a qualifié les discussions et rencontres de « fructueuses ».

Chavkat Mirzioïev semble pleinement satisfait de sa visite officielle en France les 8 et 9 octobre. Ce mardi, le président de l’Ouzbékistan a estimé que les discussions et rencontres avec les Français avaient été « fructueuses ». Il a même qualifié la France de « partenaire fiable et durable ». Cette visite renouait le contact après 26 années d’absence de visite diplomatique des présidents des deux pays à cause de la politique de fermeture et de répression menée par l’ancien chef d’Etat, Islam Karimov.

Le dernier contact présidentiel remonte en effet à la visite à 1994 de François Mitterrand à Tachkent, Samarcande et Khiva, au milieu d’une tournée en Asie centrale post-soviétique (il avait auparavant visité le Kazakhstan, et ensuite le Turkménistan) alors que ces pays devenaient tout juste indépendants de l’URSS.

Tachkent se préparant en 1994 à la visite de François Mitterrand

Opération séduction pour l’Ouzbékistan

Le chef de l’Etat ouzbek n’a pas ménagé ses efforts pour séduire lors de sa visite à Paris, tout d’abord en supprimant les visas pour les citoyens français. Ce qu’il a rappelé et souligné auprès du président français selon le communiqué du service de presse de la présidence ouzbèke : « la France est devenue le premier pays européen pour lequel a été instauré un régime d’exemption de visa pour les touristes en visite en Ouzbékistan ».

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Il a également souligné que la France était le premier pays européen dans lequel il se rendait, justifiant cela par les cinq siècles des relations diplomatiques entre les deux pays, citant une lettre du roi de France Charles VI à Tamerlan, fondateur d’un empire qui avait pour capitale Samarcande. Autre moyen de séduire son hôte, le cadeau officiel, partie intégrante du rite diplomatique : le président ouzbek semble avoir offert à Emmanuel Macron une traduction en russe de son livre de campagne, « révolution » en russe, prouvant là la séduction opérée par le jeune président français à l’international. L’explication officielle est absente, seule une photo (en Une de notre article) dans le communiqué ouzbek en atteste.

Au cours de la visite, 10 documents intergouvernementaux et interministériels ont été signés concernant le transport routier, le tourisme, la coopération technico-militaire, l’exploration spatiale, le financement de projets d’investissement, la culture et d’autres domaines selon le communiqué ouzbek qui ne donne pas plus de précisions sur la teneur de ces accords. Ce qu’est venu chercher le président ouzbek à Paris, c’est surtout le soutien à sa politique d’ouverture et de réformes économiques mais aussi diplomatique dans la région.

5 milliards de contrats, mais ce n’est qu’un début

Au niveau économique, les 5 milliards d’euros de contrats signés à l’occasion de la visite semblent remplir l’objectif du président ouzbek, même si peu de ces contrats et mémorandums se traduiront réellement en investissements directs d’entreprises françaises en Ouzbékistan. Pour l’heure, la seule entreprise française à avoir fait un communiqué de presse est Veolia, pour un contrat d’1,5 milliard d’euros que l’Ouzbékistan payera.

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Même si l’incertitude demeure, l’ouverture est là grâce au volontarisme du président ouzbek, comme le prouve l’accord signé par Total pour investir dans l’exploration pétrolière et gazière en Ouzbékistan. Ce pas en avant marque un tournant dans l’approche des grandes compagnies pétrolières occidentales, qui il y a quelques années fuyaient le marché ouzbek, considéré trop risqué. Ce n’est donc qu’un début qui reste à se confirmer pour des investissements réels des compagnies françaises en Ouzbékistan.

Soutien français sur la stratégie en Afghanistan de Tachkent

Si, comme l’affirme le communiqué ouzbek, « le président français a réaffirmé son soutien aux grandes transformations opérées en Ouzbékistan et a hautement apprécié la politique étrangère » de l’Ouzbékistan, c’est que l’opération de changement d’image du pays impulsé par Chavkat Mirzioïev fonctionne.

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La France soutient notamment le processus lancé par Tachkent en mars dernier pour discuter avec les Talibans en vue de régler pacifiquement le conflit toujours en cours en Afghanistan. La diplomatie ouzbèke est en effet très active sur ce point et incluse cette question dans chacune de ses rencontres comme dernièrement en Inde ou auparavant avec l’Egypte. Tachkent cherche à rallier le plus possible de pays, y compris la France, à soutenir une telle solution pour le conflit afghan, bien que le départ des troupes américaines en Afghanistan, conditions sine qua non d’un dialogue pacifique posé par les Talibans, ne semble pas être à l’ordre du jour.

La visite à Paris de Chavkat Mirzioïev semble donc être un succès, ayant réussi à lever l’intérêt des grandes entreprises françaises pour son pays, et recevant le soutient formel de la France à sa politique interne et externe. La question est plutôt de savoir si la France et ses grandes entreprises sauront transformer ces opportunités en liens durables et véritablement fructueux.

La rédaction

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