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Dans la région ouïghoure, la surveillance d’Etat au plus près des familles

Depuis 2014, le Parti communiste chinois aurait envoyé, à des fins de surveillance, plus d’un million de ses membres vivre au sein de familles ouïghoures. Venant s’ajouter à l’arsenal répressif déjà en place dans la province du Xinjiang, cette politique semble introduire la surveillance d’Etat au plus proche des familles.

La surveillance jusque chez soi. Alors que la situation dans le nord-ouest de la Chine est  préoccupante pour la minorité Ouïghoure, on estime à plus d’un million le nombre de citoyens chinois qui auraient, depuis 2014, participé au programme dénommé  »Unis comme une seule famille‘. L’objectif : surveiller au plus près les familles de la province de la Région autonome ouïghoure du Xinjiang, rapporte le média China file.

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Dans le cadre de ce programme les participants, appartenant majoritairement à l’ethnie Han, seraient dépêchés directement au sein  des villages ouïghours, une minorité turcophone et musulmane, majoritaire dans la région.

Depuis 2016, la région ouïghoure est pour rappel le théâtre d’une importante répression de Pékin à l’encontre des populations turcophones et musulmanes qui l’habitent. Ce, dans le cadre d’une politique de « déradicalisation«  visant à combattre les « extrémistes« , les « terroristes » ou les « séparatistes« . 

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Surveillance citoyenne, interrogatoires politiques

Sur place, la tâche de ces missionnaires serait de rendre visite aux populations. Leur but : traquer tout signe d’appartenance à la religion musulmane ou toute trace de défiance à l’égard de la pensée du Président Xi Jinping.

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Toujours selon le média China File, les familles ouïghoures auraient ainsi l’obligation d’héberger un membre du Parti communiste Chinois (PCC) plusieurs jours par mois, au cours desquels sont menés des interrogatoires, présentés comme de simples discussions politiques.

Ces questions ont pour objectif de déceler des comportements et idées politiques pouvant justifier l’envoi de certains Ouïghours dans les  »camps de rééducation » qui fleurissent au Xinjiang depuis quelques années. Des camps régulièrement pointés du doigt par la communauté internationale et qui s’apparentent, pour certains observateurs, à de véritables camps de concentration. 

Connaissance de l’arabe ou pratiques religieuses 

Dans le cadre de ces interrogatoires à peine masqués, les Ouïghours se verraient questionnés sur la régularité de leurs pratiques religieuses, sur leur connaissance de l’arabe (preuve supposée d’une éducation religieuse), ou encore sur la présence de membres de leur famille à l’étranger.

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Les membres du Parti communiste auraient comme directive, toujours selon China File, de proposer des cigarettes ou de l’alcool à leurs hôtes. Un refus serait alors, à leurs yeux, un signe suspect de pratique de l’islam à consigner dans le rapport quotidien. 

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Durant ce séjour qui peut durer plus d’une semaine, les familles seraient aussi encouragées à s’exprimer en mandarin, à chanter des chansons à la gloire du PCC et à participer à des activités de groupe exaltant le patriotisme chinois.

Mobiliser les masses pour la surveillance

Cette pratique d’employer des citoyens chinois à des fins de surveillance remonte à 2014, date de la première vague de mobilisation de membres du Parti communiste, indique un rapport de Human Rights Watch. 

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Le document établit qu’environ 200 000 cadres du PCC ont été envoyés dans les villages et communautés ouïghoures de la région pour effectuer des visites de contrôle, aussi bien sur les lieux de travail que dans les foyers. Cette mesure a été présentée par le pouvoir, selon le Global Times, le journal officiel du PCC à destination de l’étranger, comme un moyen de  »préserver la stabilité sociale » en restant à l’écoute de la  »voix des masses ». 

Frénésie sécuritaire

En 2016, l’opération a été renouvelée, cette fois-ci sous le thème de  »Unis comme une seule famille ». Dans ce cadre, 110 000 cadres supplémentaires auraient été envoyées partager le quotidien des familles. 

Cette politique témoigne de la frénésie sécuritaire du PCC qui vise la minorité Ouïghoure. Ce sous couvert, pour Pékin, de renforcer la « cohésion sociale ». Alors que plusieurs méthodes sont mises en oeuvre, de l’enseignement de la pensée socialiste de Xi Jinping dans les écoles, à  l’envoi de membres du parti dans les foyers ouïghoures, la défense de l’unité sociale semble donc devoir justifier l’existence de ces  »camps de rééducation ». Dans lesquels plus d’un million de Ouïghours, Kazakhs et Kirghizes auraient, depuis 2014, été envoyés.

Antoine Lacome
Roxane Poulain

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La région ouïghoure est en majorité musulmane.
Evgeni Zotov
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Commentaires
  • Pendant l’époque des guerres de religion en France, après la révocation de l’Edit de Nantes, l’administration royale avait institué ce qu’on a appelé des « Dragonnades « . Citation de Wikipedia :La première dragonnade organisée en 1681 par l’intendant du Poitou, René de Marillac, permit à cet agent du pouvoir royal d’annoncer 30 000 conversions obtenues entre août et novembre. « Le procédé imaginé par Marillac était le logement forcé des troupes dans les logis des réformés qui devaient satisfaire toutes leurs exigences».
    Rien n’est nouveau sous le soleil mais parfois on dirait que le temps recule, malheureusement.

    7 janvier 2019

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