Ilham Tohti Xinjiang Région autonome ouïghoure

Le prix Sakharov 2019 décerné à Ilham Tohti, dissident ouïghour

Le Parlement européen a distingué l’économiste et militant des droits de l’Homme ouïghour Ilham Tohti pour son action en faveur de la reconnaissance de la minorité ouïghoure et de la pacification des relations de la population autochtone avec les autres ethnies chinoises. Le choix de l’institution européenne constitue un signal international fort en direction de la politique ethnique chinoise.

Le président du Parlement européen, David Sassoli, a annoncé le 24 octobre dernier qu’Ilham Tohti était le nouveau détenteur du prix Sakharov.  Economiste, chercheur, défenseur des droits de l’Homme, Ilham Tohti s’est fortement engagé en faveur de la minorité ouïghoure peuplant la région autonome ouïghoure du Xinjiang,  dans le nord-ouest de la Chine. La décision a été prise par la Conférence des présidents, réunissant le président et les dirigeants des groupes politique du Parlement européen.

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Pékin a réagi dès le 25 octobre en dénonçant une ingérence dans les affaires intérieures de la Chine. « J’espère que l’Europe pourra respecter les affaires intérieures et la souveraineté judiciaire de la Chine », a déclaré Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, qui doit son nom au physicien nucléaire, dissident politique et militant pour les droits de l’Homme soviétique Andreï Sakharov, a été créé en 1988. Il distingue chaque année une personnalité ou une organisation défendant les droits de l’Homme et les libertés fondamentales.

La cérémonie officielle de la remise du prix se tiendra dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg le 18 décembre prochain.

Accusé de séparatisme et d’internationalisation de la question ouïghoure

Enseignant à l’Université centrale des nationalités à Pékin, Ilham Tohti a été arrêté en janvier 2014 puis jugé et condamné à perpétuité en septembre 2014 pour séparatisme au Xinjiang, au terme d’un simulacre de procès. Il purge actuellement sa peine de prison. Surveillé depuis 2010, sa relative liberté avait disparu vers 2013 après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping et de la montée des tensions dans la région autonome de l’ouest du pays et des attentats perpétrés par des Ouïghours en 2014.

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Reconnu pour ses travaux de recherche sur les problèmes politiques et sociaux du Xinjiang  et sur les relations entre les Ouïghours et les Hans, principale ethnie présente en Chine, Ilham Tohti a œuvré pendant plus de 20 ans à promouvoir le dialogue et la compréhension mutuelle entre les Ouïghours et les autres ethnies chinoises.  Fervent militant de la mise en œuvre de lois sur l’autonomie des régions en Chine, il animait également un site internet d’informations sur le Xinjiang, Uyghur Online, désormais bloqué dans le pays. Il dénonçait l’exclusion de la minorité ouïghoure du développement de la Chine et exposait le traitement discriminatoire de la communauté au sein de la société chinoise.

Plaidant pour la modération et la réconciliation, comme le rappelle le journal Le Monde, il s’assurait d’insuffler à ses étudiants ouïghours un esprit critique et « une culture de l’enquête et du questionnement, notamment sur le dogme du Parti communiste chinois sur « l’Unité des nationalités » ».

Accusé par les autorités chinoises d’exprimer des points du vue hostiles sur les politiques ethniques chinoises pendant ses cours, filmés, et sur son site internet, l’économiste a également été condamné pour avoir tenté d’« internationaliser » la question ouïghoure en accordant des entretiens aux journalistes étrangers. Selon Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Ilham Tohti a encouragé la participation aux activités terroristes du Mouvement islamique du Turkestan Oriental (MITO) à l’étranger, organisation terroriste militant pour l’indépendance du Xinjiang. Le 9 octobre dernier, lors de l’annonce de la nomination du dissident ouïghour, Pékin avait alors accusé le Parlement européen de « soutenir le terrorisme ».

Un signal international fort

Depuis son emprisonnement, Ilham Tohti a été honoré par nombre de prix : le PEN/Barbara Goldsmtih Freedom to Write Award en 2014 récompensant la liberté d’écriture, le prix Martin Ennals en 2016, et le prix Vaclav-Havel en 2019, entre autres, louant la défense des droits de l’Homme. Il avait également été recommandé par des élus américains pour recevoir le prix Nobel de la paix 2019.

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Ces distinctions sont le reflet d’une volonté internationale d’envoyer un message fort au gouvernement chinois, comme l’a confirmé dans son discours le président du Parlement européen David Sassoli. « En lui décernant ce prix, nous exhortons fermement le gouvernement chinois à libérer M. Tohti et nous appelons au respect de la minorité ouïghoure en Chine. »

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Selon la fille du militant, le prix Sakharov devrait davantage attirer l’attention des autorités chinoises quant au signal lancé par la communauté internationale. Ce choix met en lumière, comme tient à le rappeler le Parlement européen, la préoccupation internationale pour « la promotion de valeurs islamiques modérées dans le contexte d’une répression religieuse pilotée par l’Etat, les efforts visant à établir un dialogue entre une minorité musulmane et une population majoritairement non musulmane, et la répression de dissidents non violents par un Etat autoritaire. »

Une répression brutale de la minorité ouïghoure en Chine

Les 11 millions d’Ouïghours qui forment la population autochtone de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, territoire frontalier de l’Asie centrale, sont soumis à une répression brutale du gouvernement chinois depuis 2001. Le contrôle s’est accéléré depuis 2014 et cible principalement leur identité ethnique et leurs croyances religieuses.

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Depuis avril 2017, plus d’un million d’Ouighours innocents ont été détenus dans des camps d’internement qui visent à les assimiler à la culture chinoise et les obligent à prêter allégeance au gouvernement chinois. Les camps seraient soumis à la torture et au travail forcé. Les autorités chinoises, après en avoir nié l’existence, arguent de la nécessité d’une rééducation pour lutter contre « l’extrémisme ouïghour ».

Manon Mazuir
Rédactrice pour Novastan

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Le choix d’Ilham Tohti comme lauréat du Prix Sakharov 2019 envoie un message fort au gouvernement chinois quant à sa politique ethnique.
Parlement européen
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