Attaque terrorisme Poste-frontière Tadjikistan Ouzbékistan

17 morts après une attaque terroriste au Tadjikistan, près de la frontière ouzbèke

Une vingtaine d’hommes armés ont attaqué un avant-poste frontière à Ishkobod au Tadjikistan, non loin de la frontière avec l’Ouzbékistan. Deux représentants des forces de l’ordre tadjikes ont été assassinés, tandis que 15 attaquants ont été tués par les forces de l’ordre tadjikes. 

Dans la nuit du 6 novembre, une attaque a été lancée contre l’avant-poste frontière d’Ishkobod au Tadjikistan, à la frontière avec l’Ouzbékistan, à environ 60 kilomètres à l’ouest de Douchanbé, selon les déclarations du service de presse du ministère de l’intérieur tadjik repris par le média tadjik Khovar. Selon des chiffres officiels, environ 20 hommes armés et masqués y auraient participé. Une escarmouche s’en est suivie, qui aurait duré environ une heure. Selon le ministère de l’Intérieur, les assaillants ont réussi à s’emparer de plusieurs kalachnikovs et ont abattu un garde-frontière et un policier. Cependant, ils ont finalement été encerclés et la plupart d’entre eux, 15 personnes, ont été tués et plusieurs autres détenus. Certains véhicules empruntés par les assaillants ont également été détruits.

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« Pendant une aussi courte période, il était impossible d’envoyer des forces supplémentaires ou des troupes spéciales sur les lieux de la collision. Les gardes-frontières de l’escouade de Sultanabad ont donc réussi à le faire par eux-mêmes et ont pu repousser l’attaque« , a déclaré le service de presse des forces de sécurité tadjikes.

Selon des sources non-officielles citées par Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe, on compterait plutôt 5 morts parmi les forces de l’ordre tadjikes. Radio Ozodi évoque notamment la mort du responsable du poste-frontière, Dilovar Tolibov.

Plusieurs femmes parmi les assaillants

Selon la version officielle, le groupe est arrivé au Tadjikistan en provenance d’Afghanistan, franchissant secrètement la frontière sur l’un des sites. Selon des données non officielles rapportée par le média russe Fergana, il incluait également des femmes, qui se trouveraient à la fois parmi les morts et parmi les détenus. Vraisemblablement, ces personnes sont originaires de la ville d’Isfara, dans le nord-est du Tadjikistan.

L’attaque a été commise le jour de la Constitution du Tadjikistan. Elle est également intervenue lors de la visite du président Emomalii Rahmon en Europe. Ce dernier a affirmé ce jeudi 7 novembre qu’il continuerait son voyage et ne rentrerait dans le pays qu’après sa visite officielle en France, rapporte le média tadjik Asia-Plus. La visite commencera aujourd’hui et se terminera le 12 novembre.

Les autorités imputent l’attaque à l’Etat islamique

Après les affrontements à l’avant-poste de Douchanbé, la capitale, les mesures de sécurité ont été renforcées dans les zones voisines. « Les principales places publiques de la capitale sont placées sous le strict contrôle des forces de sécurité, les voitures teintées sont soigneusement contrôlées sur les postes », selon Asia-Plus. La route vers le site de la frontière où la fusillade a eu lieu est partiellement bloquée.

Selon la version officielle, l’attaque aurait été lancée par des partisans de l’État islamique. Selon le Comité d’État pour la sécurité nationale du Tadjikistan, les personnes capturées ont reconnu leur implication dans le groupe, affirmant qu’elles étaient spécialement venues d’Afghanistan pour commettre des attentats terroristes.

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Selon les propos de l’expert en sécurité russe, Andreï Serenko, cité par le média russe Fergana, il pourrait s’agir d’une tentative d’intrusion dans l’Ouzbékistan voisin, bien qu’il n’y ait pas eu de confirmation officielle, y compris du côté ouzbek, qui enquête également sur les circonstances de l’incident. L’attaque a suivi l’annonce de la conclusion par les deux pays d’un projet de traité sur la délimitation et la démarcation de la frontière, qui devrait être signé dans un avenir proche.

La version officielle mise en doute : un montage ?

Le groupe islamiste lui-même n’a pas encore revendiqué la responsabilité de l’attaque. Auparavant, elle avait confirmé sa participation à plusieurs crimes très médiatisés au Tadjikistan dont l’assassinat de touristes étrangers à Dangara en juillet 2018 et l’émeute dans la colonie pénitentiaire de Khodjent en novembre 2018. Des partisans du groupe islamiste sont également apparus dans un cas de rébellion dans la colonie de Vahdat en mai 2019.

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Certains aspects de la version officielle ont toutefois soulevé des questions. Le média russe Fergana note en particulier que le tronçon de la frontière afghane par lequel les militants seraient entrés au Tadjikistan traverse des zones découvertes et est rarement utilisé par les contrebandiers. Il se demande également comment des terroristes armés ont parcouru des centaines de kilomètres à travers le pays, jusqu’à la frontière avec l’Ouzbékistan, dans plusieurs voitures, passant tous les postes de contrôle en cours de route.

Aleksandre Knyazev spécialiste russe de la région, parle très directement dans la média russe Ca-Irnews d’un « spectacle organisé par les services de sécurité spéciale tadjiks » . La première incohérence, de son point de vue, est géographique : «Vous devez être complètement dépourvus de pensée logique élémentaire pour vous déplacer comme le feraient des « inconnus au masque noir ». Se rendre en l’Afghanistan, depuis Kunduz est trop difficile, car il faut contourner deux districts situés à environ 300 km du territoire tadjik et devant une douzaine d’autres avant-postes. Sans entrer dans d’autres détails plus techniques, je pense que tout cela est une performance, une provocation », a déclaré Aleksandre Knyazev. « Cette attaque terroriste se passe pendant la tournée européenne d’Emomali Rakhmon », ce qui n’est pas un hasard, alors que le président tadjik recherche du support tant politique que financier en Occident, remarque Aleksandre Knyazev.

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Un avis partagé par un vétéran des forces spéciales tadjikes, Davlatkhod Nazirov, qui s’est exprimé ce jeudi 7 novembre auprès de l’agence Associated Press (AP). « Il est de notoriété publique que les partisans de l’Etat islamique ne peuvent pas organiser aussi maladroitement une attaque étouffée si rapidement par les forces de sécurité tadjikes », a-t-il affirmé dans des propos rapportés par Asia-Plus.

Interrogé par AP, un colonel du KGB du temps de l’URSS, aujourd’hui à la retraite, va même plus loin. « Le plus probable est que les assaillants venaient du Tadjikistan pour aller vers l’Afghanistan, et non l’inverse. De fait, ils se sont déplacés en voiture avec des plaques d’immatriculation de Douchanbé », affirme le spécialiste. Selon ses propos, également rapportés par Asia-Plus, « l’attaque a été commise par des extrémistes locaux qui voulaient rejoindre des groupes terroristes en Afghanistan ».

La rédaction

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Une attaque à un poste-frontière tadjik a fait 17 morts, dont un garde-frontière et un policier tadjiks.
Service de presse du ministère de l'Intérieur tadjik
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