Réservoir eau Nurek Tadjikistan

Tadjikistan : le barrage controversé de Rogun sera construit par une compagnie italienne

C'est une avancée importante sur un sujet sensible. Les autorités tadjikes ont annoncé le 1er juillet dernier que le président Emomali Rahmon avait signé un accord cadre avec Salini Impregilo, afin de poursuivre la construction du barrage hydroélectrique de Rogun. La compagnie italienne emporte ainsi un accord d'une valeur finale de 3,9 milliards de dollars.

Salini Impregilo, qui a construit plus de 250 barrages à travers le monde, a également annoncé avoir signé un contrat de 1,95 milliard de dollars pour la première tranche de travaux correspondant à l’érection des 335 mètres de ce qui sera le plus haut  barrage au monde.

Cet accord relance le feuilleton très controversé de la construction de Rogun qui permettrait à un pays qui doit couper l’électricité à sa population l’hiver par manque d’eau dans les réservoirs de ses barrages, d’exporter son électricité aux pays voisins (notamment vers l’Afghanistan et le Pakistan, voir même l’Inde à travers le projet CASA-1000).

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président tadjik Emomali Rahmon et les représentants de la compagnie italienne Salini Impregilo

L’épineuse question du financement de Rogun

Aucun des communiqués tadjik ou italien ne mentionnait le mode de financement de ce projet pharaonique pour le pays le plus pauvre de l’ex-URSS. Etant donné le contexte politique local et géopolitique régional entourant ce barrage, les banques multinationales ainsi que les institutions financières internationales (Banque Mondiale, Banque Asiatique de Développement, etc) sont réticentes à s’engager.

La construction de Rogun date de l’époque soviétique. Commencés en 1976, les travaux ont été interrompus par la chute de l’URSS (ainsi que la guerre civile au Tadjikistan) dans les années 1990. Depuis le début des années 2000, le président Rahmon en a fait le projet salvateur pour l’économie et la nation tadjikes.

Difficultés économiques et géopolitiques

La compagnie russe, Rusal, avec qui le gouvernement tadjik avait signé un accord pour financer et construire Rogun en 2004, a ensuite abandonné le projet. Suite à cela, et buttant déjà sur le refus des financiers internationaux de participer à un tel projet, le président a fortement encouragé en 2010 les citoyens tadjiks à acheter des actions de la compagnie nationale de Rogun afin de pouvoir poursuivre la construction. Mais ceci fut un échec, ne récoltant que 188 millions de dollars.

La Banque Mondiale a pourtant financé l’évaluation de faisabilité de Rogun, rendant un avis positif en 2014, soulignant cependant les difficultés géopolitique et économique autour d’un projet aussi grand.

Depuis que les travaux ont recommencé sur le site de Rogun, en 2007 près d'un milliard de dollars aurait été déboursé principalement depuis les caisses de l’Etat tadjik (et la souscription nationale). Mais les travaux n'avancent que très peu, alors qu'originellement les deux premières turbines devaient tourner dès 2012.

Le président tadjik en compagnie du président ouzbèk, Islam Karimov lors d’une rencontre bilatérale à Tachkent

Le Tadjikistan persiste malgré les menaces ouzbèkes et le changement de ligne kirghiz sur les grands barrages

Rogun serait le plus haut barrage au monde situé dans le Pamir, une région à forte activité sismique  comme l’ont montré les récents séismes le mois passé atteignant des magnitudes de plus de 6 sur l’échelle de Richter. Sa construction réduirait également considérablement le flot du Vakhsh, principal affluent de l’Amou-Darya qui approvisionne en eau l’Ouzbékistan voisin, qui en a vitalement besoin pour ses cultures de coton.

Ainsi, l’Ouzbékistan s’oppose fermement à la construction d’un projet qu’il juge « hérité de l’ère de la folie des grandeurs soviétiques » selon un communiqué du ministère des affaires étrangères ouzbek de 2015, allant jusqu’à menacer de guerre son voisin si le barrage venait à être construit.

Le Tadjikistan persiste, quitte à se brouiller avec l'Ouzbékistan

De même les Ouzbeks s’opposent aux projets de constructions de barrages datant de l’ère soviétique au Kirghizstan voisin. Cependant depuis l’abandon en janvier 2016 des compagnies et des financements russes pour les deux projets de Kambarata-1 et du haut Naryn, les autorités kirghizes semblent rechercher des financements pour des projets de petites stations hydroélectriques plutôt que de persister sur les projets pharaoniques issues de l’ère soviétique et qui rebutent son voisin ouzbèke avec qui les tensions sont déjà nombreuses.

Le Tadjikistan, en attribuant les contrats de construction de Rogun à la compagnie Salini Impregilo , persiste à continuer un projet d’une taille déconcertante quitte à se brouiller plus en avant avec le voisin ouzbek, alors même qu’une rencontre bilatérale entre Rahmon et Karimov à Tachkent le 23 juin 2016 semblait pointer vers une détente.

A lire à ce sujet sur Novastan : La Chine va construire des barrages hydroélectriques au Kirghizstan

La Rédaction 



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