CASA-1000 : L’électricité pour relier Pakistan, Afghanistan, Tadjikistan et Kirghizstan

Le projet CASA-1000 de ligne électrique reliant le Kirghizstan, le Tadjikistan, l’Afghanistan et le Pakistan, sera doté de 500 millions de dollars par la Russie, selon une déclaration du vice-ministre de l’énergie kirghize Aibek Kaliyev aujourd’hui. Il s'agit d'un projet inédit visant à connecter l'ancien bloc soviétique à la dynamique Asie du Sud. Les travaux devraient commencer en 2014.

Suite au Sommet interministériel d'Islamabad (Pakistan), le 13 septembre dernier, réunissant tous les États concernés, le projet CASA-1000 pourrait bien constituer la première infrastructure énergétique reliant l’Asie du Sud à l’Asie Centrale. Le Département d'État américain avait déjà annoncé la semaine dernière qu'ils financerait ce projet d'un milliard de dollars à hauteur de 15 millions. C'est à présent aux Russes d’annoncer leur participation aux côtés d'organisations internationales telles que la Banque Mondiale et surtout la Banque Islamique de Développement

L’engagement américain a été le moteur principal du projet. Pour les États-Unis, il s'agit de développer cette région meurtrie par la guerre en Afghanistan, mais c’est bien le dernier projet de la « Silk Road Strategy » qui tient encore debout après la déconvenue autour du gazoduc TAPI

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Les Russes commencent à montrer de l'intérêt pour la construction de cette ligne reliant l’Asie du Sud à l’Asie centrale et pourquoi pas un jour à la Fédération Russe. Après tout, les infrastructures du Nord du Kazakhstan sont déjà pleinement connectées au réseau électrique russe. Ils possèdent également des centrales de production hydroélectrique, Sangtuda 1 au Tadjikistan et les cascades de Kambarata au Kirghizstan qu’ils se sont engagés à terminer, d’où les promesses d’investissements largement supérieures à celles des Américains

Carte réseau Casa-1000

 

L’idée principale du projet découle du fait que, malgré des pénuries d’électricité récurrentes en hiver, le Kirghizstan et le Tadjikistan produisent des surplus inutilisés et gâchés durant l’été. Leur électricité est produite grâce à des barrages hydrauliques profitant des importantes ressources en eau de leurs montagnes. L’Afghanistan et le Pakistan connaissent quant à eux des problèmes majeurs de pénurie électrique durant l’été. En reliant ces deux couples de pays, on espère une répartition vertueuse économiquement et un vecteur de coopération du point de vue stratégique. Le site du projet CASA-1000 met en avant un cercle vertueux pour l'économie permettant de mettre fin aux pénuries en Asie centrale grâce à l’argent reçu par les pays producteurs. Ceux-ci pourraient alors investir pour augmenter leur capacité de production. 

Mais c’est bien là que le bât blesse : le projet est soi-disant acceptable pour le voisin ouzbek dans la mesure où il ne conduit pas à augmenter les capacités de production. Les barrages sur l'Amou-Daria et le Syr-Daria, qui retiennent l'eau dont l'Ouzbékistan a cruellement besoin pour son économie cotonnière, ne seraient donc pas agrandis. Mais les Ouzbeks ont bien compris que là n’est pas l’intention (ni l’intérêt) du Kirghizstan et du Tadjikistan voisins. Le président tadjik Emomali Rahmon, a déjà clairement affirmé que CASA-1000 permettrait la construction de Rogun, le projet de barrage pharaonique, ce qui équivaudrait à une déclaration de guerre pour les autorités ouzbèkes. 

Photo du réservoir de Toktogul

La réalisation du projet pose aussi la question de la viabilité de telles infrastructures reliant des pays parmi les plus instables et corrompus de la planète. Certes, le projet CASA-1000 prévoit de mettre en place une entité bancaire conjointement administrée pour répartir les revenus de la vente de l’électricité. Mais cela n'empêche pas les compagnies nationales, d’une opacité même louée par les membres du gouvernement kirghiz, de récupérer cet argent pour les comptes des autorités locales. Cela a bien déjà été réalisé par le président kirghize Bakiyev avec les ventes d’électricité au Kazakhstan, alors même que sa capitale était dans le noir. Au Tadjikistan, le président Rahmon redirige plus de 40% de l’électricité produite dans le pays pour l’entreprise TALCO, dont l'aluminium est vendu à bon prix sur les marchés internationaux. À cela s’ajoute la question de la solvabilité des pays achetant cette énergie, et de l’insécurité chronique qui y règne. 

Le projet CASA-1000, soutenu par des Russes et Américains, deux puissances aux intérêts divergents, permettra-t-il aux habitants d’Asie centrale de limiter les pénuries à moyen terme ? Ou est-ce encore une ingénieuse façon pour les élites locales de s’enrichir de façon prédatrice sans penser aux voisins belliqueux ? Quoiqu’il arrive, l'accumulation des financements semble rapprocher la date des travaux.

La rédaction

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