COP21 : Kirghizstan et Tadjikistan n’oublient pas leurs intérêts locaux

Les présidents kirghiz et tadjik ont détaillé les effets négatifs du réchauffement climatique sur leurs deux pays, mais n'ont pas oublié de se rapprocher du secteur privé pour soutenir leur économie.

Le président tadjik Emomali Rahmon et son homologue kirghiz Almazbek Atambaïev étaient tous deux présent à l’ouverture de la COP21 à Paris le 30 novembre dernier. Les deux pays les plus montagneux et les plus pauvres d’Asie centrale post-soviétique ont des positions très similaires sur le changement climatique : développement économique en priorité, comme solution locale à leurs problèmes locaux. La COP21 serait un bon endroit pour développer les liens économiques à l’international pour les républiques centrasiatiques et pour les grandes entreprises françaises de faire du business.

Le manque d’eau pèse sur les deux pays

Tadjikistan et Kirghizstan souffrent de sécheresses chroniques de plus en plus prononcées liées au réchauffement planétaire. Les populations des régions d’altitude ont de plus en plus de difficultés à survivre de leur mode de vie semi-nomade traditionnel basé essentiellement sur le bétail. De plus, leurs productions électriques dépendent presque entièrement des ressources en eau. Ces dernières années, le manque d’eau dans les réservoirs des principaux barrages (Nurek au Tadjikistan et Toktogul au Kirghizstan) n’a pas suffit à produire assez d’hydroélectricité pour couvrir la consommation interne, provoquant des coupures quotidiennes de courant dans certains cas.

Lire aussi sur Novastan : L'eau manque et divise au Kirghizstan
Crise énergétique au Kirghizstan : l'histoire se répète

 

Cette situation sera pire dans les années à venir, comme l’ont souligné les deux présidents devant l’assemblée de la COP21, les glaciers qui fournissent toute l’eau à la région fondent à une vitesse record et auront disparu à la fin du siècle. Les évènements climatiques extrêmes, qui devrait augmenter avec le réchauffement climatique, touchent particulièrement les régions de haute montagne, avec des coulées de boues plus fréquente, comme l’été passé au Tadjikistan, et des étés plus chaud qui impactent la production agricole.

Des émissions de gaz à effet de serre négligeables

Comme l’ont souligné les présidents Rahmon et Atambaïev dès le début de leurs discours, les émissions de CO2 et d’autres gaz à effets de serres de ces deux pays sont négligeables et parmi les plus basses au monde de manière absolue comme par habitant. Ils ont néanmoins annoncé des contributions volontaires pour l’accord qui devrait être signé d’ici le 11 décembre à Paris. Ainsi, le Tadjikistan prépare un plan pour lutter contre le changement climatique qui devrait voir le jour début 2016.

De son côté, le Kirghizstan va continuer de protéger les écosystèmes montagneux et forestiers. Les ressources hydrauliques doivent être mieux utilisées, la santé de la population améliorée dans le contexte du réchauffement climatique et les infrastructures urbaines améliorées. En bref, rien de très concret, mais plus de développement économique. 

Un intérêt commun : le fonds pour le développement de l’économie verte

Le fonds pour le développement de l’économie verte qui devrait être crée par la COP21 intéresse de très près les deux pays. Emomali Rahmon a ajouté qu’il avait besoin de financement pour le(s) projet(s) de barrage(s) hydroélectrique(s), ce qui sous-entendait le projet massif de Rogun, dont le voisin ouzbèk ne veut pas entendre parler, et qui menace le Tadjikistan de guerre si celui-ci était construit.

Malgré la poussée des pays développés pour plus d’énergies propres, le président kirghiz a annoncé à la tribune de Paris qu’il faudrait construire de nouvelles centrales au charbon dans son pays dans les années à venir. Le Kirghizstan fait face à une crise du charbon chaque hiver, à cause du manque d’approvisionnement de la centrale thermique de la capitale, qui pourtant plonge la ville dans un épais smog entre novembre et avril chaque année. Almazbek Atambaïev a ainsi évoqué la construction d’une économie verte devant la COP21, alors que le même jour une nouvelle raffinerie de pétrole commençait à produire dans la ville de Tokmok.

Quant au président Rahmon, avant même l’ouverture de la COP21 il a rencontré le vice-président de Total pour l’Europe et l’Asie Centrale, Michael Borrel. L’entreprise pétrolière française a des parts dans champs d’exploration de Bokhtar au Tadjikistan. Il a également rencontré le vice-président d’Airbus, Silver Delone pour parler « coopération dans le domaine du transport aérien». Les deux pays pourraient d'ailleurs s'inspirer de l'Egypte et de la Jordanie, qui ont su attirer des investisseurs dans le secteur des énergies renouvelables en offrant plus de transparence et des lois favorables aux entreprises.

La rédaction



Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *