Femmes campagne Tadjikistan

Des femmes tadjikes viennent en aide aux habitantes du Haut-Badakhchan

Chômage, difficultés financières ou violences conjugales : les femmes tadjikes sont confrontées à certains de ces problèmes, notamment dans les campagnes du Haut-Badakhchan. Les membres de la Coalition nationale des femmes journalistes du pays ont sillonné cette région autonome afin d’aller à leur rencontre et leur prêter une oreille attentive.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par Asia-Plus.

« Aller à la rencontre de la partie la plus vulnérable de la population tadjike». C’est l’objectif que se sont fixées des journalistes du quotidien « Vetchorka » et des membres de la Coalition nationale des femmes journalistes du Tadjikistan. Ce petit groupe s’est rendu au début du mois de novembre dernier dans le district de Darvoz et dans la ville de Khorog situés dans la province autonome du Haut-Badakhchan, dans l’est du Tadjikistan.

« Notre but était de venir en aide aux femmes habitant les régions reculées et mettre leurs problèmes en lumière. Nous voulons diffuser leurs histoires dans les médias mais aussi leur apporter un soutien psychologique, médical et juridique », explique Goulnora Amirchoïeva, l’initiatrice du projet et la rédactrice en chef du journal « Vetchorka ».

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Selon elle, la région manque de lieux destinés à accueillir le dialogue entre les femmes issues de toutes les couches de la société tadjike. « On peut aujourd’hui observer une polarisation marquée entre les femmes actives et accomplies de ce pays et celles qui, pour des raisons variées, se voient privées de nombreuses possibilités de développement personnel », décrit Goulnora Amirchoïeva.

Des violences courantes dans les foyers tadjiks

D’après la journaliste, les femmes doivent faire face à des traditions et des stéréotypes multiséculaires : « des milliers de femmes au Tadjikistan vivent aujourd’hui des situations difficiles, avec un mari parti à l’étranger en quête d’un travail et des enfants et un foyer à assumer sur leurs frêles épaules ».

Pour de nombreux experts, les violences faites aux femmes et aux jeunes filles par d’autres membres de la famille sont monnaie courante dans les foyers tadjiks. Dans la plupart des cas, il s’agit de femmes issues de villages, qui n’ont reçu aucune éducation élémentaire. Elles ne connaissent rien de leurs droits et nombreuses sont celles qui endurent les offenses de leur mari ou de leur famille durant des années simplement parce qu’elles ne savent pas comment se mettre à l’abri, elles et leurs enfants.

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Sans aucune formation, ni emploi, ces femmes sont incapables de vivre sans leur mari et sans le soutien financier apporté par celui-ci. « C’est la raison pour laquelle nous avons voulu leur prêter main forte et parcourir les régions reculées pour les écouter et tenter de les aider », explique la présidente de la Coalition nationale des femmes journalistes du Tadjikistan, Salimahon Vakhobzade.

Le problème principal : le chômage

Les rencontres faites dans le district de Darvoz et à Khorog ont permis de mettre le doigt sur l’obstacle majeur dans la vie des citoyens : le chômage. Le manque d’emploi qui touche aussi bien les hommes que les femmes entraîne un exode, temporaire ou définitif, de la population vers la Russie. D’après les données officielles, sur les 16 968 citoyennes de la ville, seules 53 % disposent d’un emploi fixe.

Chômage, difficultés financières ou violences conjugales... les principales difficultés des femmes des campagnes

« Grâce à des entreprises locales, une usine de confection employant 150 personnes a pu être créée dans notre région, mais c’est encore insuffisant. Le nombre de femmes souhaitant travailler ne cesse de croître ces derniers temps », assure Chakhrigoul Kodirion, la responsable du district de Kalaïkhoum. Pour elle, les femmes sont prêtes à travailler dans les secteurs des productions maraîchère et laitière ainsi que dans les confiseries, mais elles n’ont pas les moyens d’ouvrir leurs propres ateliers et doivent dès lors compter sur des chefs d’entreprise qui leurs proposent ce type d’emploi.

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Gouldjakhon Chekhova, responsable du service de la population de l’administration locale, estime que chaque année 160 personnes reçoivent une formation pour adultes dans le centre grâce au programme d’assistance à l’emploi de la population. Mais le nombre d’habitants sans emploi a encore augmenté cette année.

Priorité à l’éducation

Goulnisso Rouskiloïeva travaille depuis 11 ans comme professeure et directrice de l’école primaire du hameau de Host. Sa fille aînée, diplômée de la faculté de pédagogie de l’université de Douchanbé, la capitale, est devenue la première femme de toute l’histoire de Host à jouir d’un haut niveau de formation.

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Un exemple qui a poussé les habitants du village à laisser leurs filles entreprendre des études. « Mais les jeunes diplômées ne sont pas pressées de retourner au hameau. Host se situe à 15 kilomètres d’un centre urbain, dans une région accidentée et très difficile d’accès, surtout en hiver, lorsque la route devient impraticable et isole les habitants durant cinq mois. En tout, un aller-retour jusqu’à la grande ville la plus proche coûte 100 somonis (soit 9,3 euros) par personne, ce qui est énorme », explique Goulnisso Rouskiloïeva.

À plusieurs reprises, Goulnisso Rouskiloïeva a voulu partir mais les doyennes du village l’ont priée de rester. Sans elle, l’éducation des enfants serait réduite à néant. Après leurs quatre premières années primaires, ils s’en vont étudier dans l’internat de la région : « dans un hameau comme le nôtre, avec ses douze maisons, il serait insensé d’avoir des installations éducatives plus avancées, mais ce serait déjà exceptionnel si l’on pouvait moderniser l’école et construire une route praticable », poursuit la responsable de l’administration locale.

« Les femmes doivent pouvoir être autonomes »

Dans le cadre du projet, les intervenants aux débats ont reçu une aide juridique gratuite de la part de défenseurs des droits de l’Homme qui accompagnaient les journalistes. Un certain nombre de questions ont tourné autour de la division du patrimoine en cas de séparation. Si le nombre de divorces a fortement chuté au cours de l’année écoulée (6 cas en 10 mois en 2018, contre 18 l’année passée), les femmes des campagnes ne sont pas au courant de leurs droits.

Elena (nom d’emprunt), une habitante du district de Darvoz, témoigne par exemple que son mari l’a emmenée avec lui il y a quelques années en revenant de Russie. Après avoir eu trois enfants, la jeune femme s’est retrouvée jetée à la rue, sans la moindre attache locale et sans pouvoir rentrer en Russie car ses enfants n’ont pas de papiers d’identité. Elle n’a pas toujours l’autorisation de son ex-mari pour les faire quitter le Tadjikistan et doit vivre où on veut bien l’héberger, sans espoir d’avenir.

Femmes campagne Tadjikistan

Ce type de cas, Zebounisso Gaffori, en a fait sa spécialité. Directrice du centre d’hébergement « Karon », cette Tadjike dynamique procure à ces femmes un soutien juridique et les aide à obtenir certains documents officiels. « Depuis sept mois que je vis et travaille ici, j’ai pu venir à bout de plusieurs problèmes : d’abord, surmonter les stéréotypes et prouver que les jeunes femmes pouvaient diriger une équipe d’hommes ayant une certaine mentalité », explique-t-elle.

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La directrice explique que pour conquérir la confiance des habitants, elle a tenu à engager certaines jeunes femmes qui connaissaient une situation difficile. « Je leur prodigue des formations non seulement en management d’équipes, mais aussi en matière juridique, notamment concernant les violences conjugales. Je ne suis pas une défenseuse acharnée de l’égalité des sexes mais je pense qu’une femme doit apprendre à être autonome. C’est ce que je tâche de leur enseigner », conclut Zebounisso Gaffori. Un combat que la directrice de ce centre d’hébergement ne compte pas lâcher de sitôt.

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Édité par Nicolas Ropert

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