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Exposition d’art tadjik au musée Guimet : « Une occasion pour les Tadjiks de retrouver une certaine fierté pour leur pays »

Une exposition d’objets historiques et archéologiques tadjiks, qui ne sont parfois jamais sortis du pays, est prévue au Musée national des arts asiatiques Guimet à Paris en octobre 2020. Yasmine Gouédard, ambassadrice de France au Tadjikistan, en explique les grands enjeux.

C’est l’un des évènements artistiques majeurs entre Tadjikistan et France de l’année 2020. Une exposition d’objets archéologiques tadjiks intitulée « Tadjikistan : au pays des fleuves d’or », est prévue pour l’automne 2020 au musée Guimet. Cette exposition, qui devait initialement se tenir en novembre 2019, a été reportée pour des questions de préparation. Pour le moment, et si le coronavirus le permet, il est prévu que l’exposition se tienne du 14 octobre 2020 au 11 janvier 2021.

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200 objets tadjiks seront présentés au grand public au musée Guimet, le plus grand musée d’art asiatique du monde hors d’Asie. Yasmine Gouédard, ambassadrice à Douchanbé depuis près de quatre ans, développe pour Novastan la genèse et les objectifs de cette exposition.

Novastan : Comment se sont déroulés les préparatifs de l’exposition au Tadjikistan ?

Yasmine Gouédard : Cette exposition est un très vieux projet, imaginé il y a près de dix ans par deux brillants archéologues, Roland Bezenval, très investi sur le site de Sarazm, et Rahim Masov, à l’époque directeur du musée d’histoire, d’archéologie et d’ethnographie. Ces deux hommes nous ont aujourd’hui quittés. Roland Bezenval est décédé le 29 septembre 2014 à Sarazm, à l’âge de 66 ans. Rahim Masov est décédé le 21 juin 2018. Il avait 79 ans.

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Lorsque je suis arrivée à Douchanbé, j’avais bien sûr entendu parler de ce projet et j’étais très heureuse de pouvoir y apporter ma contribution. Au moment du décès du professeur Masov, que j’ai eu l’occasion de rencontrer, je me suis promis de porter avec encore plus de détermination ce projet et de faire en sorte que le rêve de ces deux passionnés qu’étaient Roland Bezenval et Rahim Masov, se réalise. Nous le leur devons.

Comment l’ambassade de France à Douchanbé s’est-elle investie dans la réunion des pièces ?

La contribution de l’ambassade demeure modeste. Je tiens en effet à préciser que ce sont les équipes du musée Guimet et les directeurs tadjiks du Musée national et du Musée d’histoire, d’archéologie et d’ethnographie, qui sont « en charge » et qui ont la lourde responsabilité de mettre en œuvre ce très beau projet.

Les autorités françaises et tadjikes sont très mobilisées. Le président de la République Emmanuel Macron a clairement marqué son intérêt lors de sa rencontre en novembre dernier avec son homologue tadjik, et j’espère que, malgré les circonstances liées au Covid-19 et les difficultés financières qui en découlent, nous réussirons à aller jusqu’au bout. Le musée Guimet est lui aussi très mobilisé. Nous échangeons régulièrement avec les responsables de l’exposition et nous nous efforçons, dans des conditions certes difficiles du fait du confinement, de tenir l’échéancier.

La liste des pièces archéologiques qui seront montrées, a été établie entre experts français et tadjiks. Ce sont des pièces magnifiques dont la plupart ne sont jamais sorties du pays. Le catalogue est également pratiquement achevé avec des photos d’une grande qualité artistique. Ce sera une magnifique exposition, très originale, et je suis convaincue que les nombreux visiteurs du musée Guimet, français ou étrangers, seront très intéressés de découvrir, derrière les pièces exposées, un nouvel endroit de la planète.

Quels sont ses objectifs quant à la promotion de la culture tadjike en France ?

Le Tadjikistan a connu, dans son histoire, des périodes difficiles et même tragiques. C’est aujourd’hui un pays encore peu connu et la perte des villes tadjikes de Samarcande et de Boukhara (au profit de l’Ouzbékistan, NDLR), au moment de la création en 1929 de l’État tadjik par les Soviétiques, constituent une triste anomalie et surtout une grande perte pour les Tadjiks.

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Quand on vit ici au Tadjikistan, on est très vite émerveillé par la richesse culturelle de ce pays, son patrimoine archéologique, mais aussi littéraire et musical. J’espère que l’exposition « Tadjikistan : au pays des fleuves d’or », donnera l’occasion à de nombreux amoureux des arts et de la culture de découvrir ce pays et l’envie d’y venir.

Cette exposition devrait être accompagnée des journées culturelles du Tadjikistan, organisées par l’ambassade du Tadjikistan à Paris. Un très beau programme en perspective avec le soutien de l’Unesco. Je m’en réjouis très sincèrement. Ce doit être une occasion pour le peuple tadjik et en particulier pour les jeunes, de retrouver une certaine fierté pour leur pays et l’envie d’aller plus loin dans la défense et compréhension de ce qu’a été l’histoire des Tadjiks au cours des siècles précédents.

En ces temps de crise sanitaire, envisagez-vous une solution alternative en cas de report de l’exposition ?

Je souhaite sincèrement que cette exposition, sur laquelle nous avons tant investi, puisse voir le jour le 14 octobre prochain. Je mesure bien que le pari est risqué du fait de la situation actuelle. Mais je veux croire qu’avec le soutien de tous, de vous les journalistes, de la Banque mondiale et de nombreuses entreprises amies, nous relèverons le défi.

Au sortir de cette tragédie que la planète vit avec le Covid-19, il faudra donner envie à tous de rêver et je puis vous assurer qu’entre Alexandre le Grand, la princesse de Sarazm, le trésor de l’Oxus ou encore les fresques de Pendjikent, cette exposition pourra nous emmener très loin et nous faire oublier ces longs mois douloureux pour tous.

Propos recueillis par Eléonore de Vulpillières
Journaliste pour Novastan

Relu par Aline Simonneau

 

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Alors que l’exposition de 200 artefacts tadjiks est prévue pour l’automne 2020 au musée Guimet, Yasmine Gouédard explique la genèse de l’exposition (illustration)
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