Tadjikistan miniature art chevaux peinture

La renaissance de la miniature tadjike

Partager avec

Nous publions, avec l'aimable autorisation du site d'information Fergananews, la traduction de cet article.

La miniature tadjiko-persane était tombée dans l'oubli depuis une centaine d'années. Pendant des siècles, elle a pourtant illustré tous les manuscrits en farsi et dominé la peinture persane jusqu'au début du XXe siècle. Grâce à l'artiste Olim Kamalov, l'école de la miniature tadjike pourrait bien renaître de ses cendres. Il y a quelques années, il a ouvert le centre de miniatures Mino pour enseigner cet art millénaire aux enfants et aux adultes. Depuis septembre 2015, il enseigne la peinture miniature à l'institut des Beaux-Arts et du Design de Douchanbé.

Le maître a accepté de répondre aux questions de l'agence de presse Fergananews concernant les perspectives de développement de la miniature au Tadjikistan.

miniature tadjikistan peinture art nouvelle génération

Olim, comment se fait-il qu'au XXe siècle, l'art de la miniature ait quasiment disparu au Tadjikistan?

C'est l'une des formes d'art les plus anciennes. Elle a continué à se développer dans les grands centres de la culture tadjike, comme Samarcande et Boukhara, y compris à l'époque soviétique, et jusqu'à aujourd'hui. Il y a dans ces villes des écoles de miniatures. La miniature est également enseignée dans les écoles d'art ouzbèkes. Malheureusement, pour des raisons historiques, le lien avec ces établissements a été rompu au Tadjikistan. Nous nous sommes retrouvés coupés de Samarcande et de Boukhara, mais tous les maîtres y sont restés. Nos artistes ont commencé à se rapprocher de la peinture occidentale et les miniatures ont disparu de la sphère artistique de notre pays pendant près d'un siècle. Longtemps, plus personne ne s'y est intéressé. Il n'y avait ni initiateurs, ni soutiens.

Et maintenant, êtes-vous soutenu ?

Toute ma famille participe au bon fonctionnement du centre Mino : Sarvinoz Khodjieva, ma femme, qui est artiste, et deux de mes filles, Mumtoz et Bonu. Des organisations internationales nous aident également. Notre centre est l'un des premiers du pays à avoir reçu le statut de Club UNESCO de la Commission nationale pour l'UNESCO.

miniature tadjikistan peinture art intérieur

Pensez-vous que les miniatures ont un avenir au Tadjikistan ?

Je souhaite vivement que cet art perdure, qu'il ne disparaisse pas. Certains des étudiants inscrits dans notre centre artistique ont été admis à l'école d'art et vont y poursuivre leur apprentissage. D’autres étudiants s'intéressent aujourd’hui à la miniature. J'ai eu pour toute première élève ma fille Bonu. C'est elle qui me succédera. Bien sûr, elle a encore beaucoup à apprendre, car la maîtrise de l'art de la miniature demande beaucoup de temps.

A première vue, les miniatures sont simples, elles attirent le regard avec leurs couleurs vives et leur finesse. On peut s'attarder sur une miniature ; elle est agréable à l'œil. C'est pourquoi ce type d'art est très demandé par les connaisseurs aussi bien étrangers que tadjiks, qu'il s'agisse de particuliers ou d'entreprises. Par exemple, l'administration de l'un des hôtels de Douchanbé m'a demandé de décorer les six étages de leur hôtel avec des miniatures.

A quel moment avez-vous réalisé que vous vouliez peindre des miniatures ?

Mon diplôme d'art en poche, j'ai travaillé un certain temps pour la boutique de souvenirs Armugon, à Douchanbé. J'y ai appris à peindre des plateaux et des souvenirs dans le style des miniatures de Palekh (miniatures laquées russes). Ensuite, je me suis intéressé à nos miniatures tadjiko-persanes. Pendant près de vingt ans, j'ai étudié l'art de Kamoliddin Behzad et des représentants de son école. J'apprécie aussi la technique de miniatures de Reza Abbasi, grand maître de Boukhara. J'ai commencé à faire des copies de toutes leurs œuvres.

Kamoliddin Behzad (1455-1535) est un artiste tadjik qui a vécu et travaillé à Herat (l'une des plus grandes villes de l'État timouride), fondateur de l'école Herati de l'art miniature perse. Presque toute sa vie, il a dirigé la bibliothèque du Shah, d'abord sous les Timourides, puis sous les Safavides. Il excellait dans la peinture de portraits, de personnages très vivants et de paysages. Son travail a eu une grande influence sur les écoles de miniature de Samarcande et de Boukhara.

Les livres illustrés de miniatures ont joué pour moi le rôle de professeurs. Pendant des années, je me suis contenté de faire des copies. Début 2000, j'ai commencé à peindre mes propres compositions. Je me suis inspiré des illustrations d'artistes contemporains d'autres pays. En 2013 et en 2014, j'ai été invité à présenter mon travail au Festival international des miniaturistes, en Algérie, où j'ai fait la connaissance d'artistes iraniens, pakistanais, ouzbeks, russes, indiens… Ils m'ont beaucoup appris. Sans communication, sans échange, impossible de s'améliorer.

 

(Pour profiter au mieux de ces images, nous vous conseillons d'utiliser le mode plein écran )

 

Où se trouve aujourd'hui l'école de la miniature la plus vivante ?

Certainement en Iran, où la miniature a toujours existé. Le Pakistan, l'Inde et la Turquie ont aussi leurs propres écoles. Récemment, des pays arabes, comme l'Algérie, sont devenus particulièrement actifs dans le domaine. Quant à la Chine et à la Mongolie, elles développent leur propre style de miniatures. Comme je le disais, l'école ouzbèke se développe, et j'espère que la nôtre va suivre l'exemple. Mon travail s'inscrit dans la continuité de celui de l'école de Behzad, qui a posé les jalons de la miniature tadjike. On appelle Behzad le «Raphaël de l'Orient ». Je veux faire revivre son école, qui est connue pour la sobriété et l'harmonie de ses compositions.

Que peignait principalement Behzad ?

A l'époque de Behzad, les miniaturistes illustraient principalement des textes littéraires. Behzad était à la tête de la bibliothèque royale et exécutait donc avant tout les commandes de la cour. Mais souvent, il peignait aussi des hommes simples : bûcherons, bergers, derviches… En général, il représentait des scènes de la vie au palais, mais quelque part dans le fond ou à la périphérie de l'image, il peignait la vie quotidienne de gens ordinaires. Dans certaines miniatures qui n'étaient pas des commandes de la cour, il montre des scènes d'amour, des scènes de la vie quotidienne du peuple. C'était aussi un spécialiste des scènes de bataille. Malheureusement, peu de ses miniatures ont traversé le temps pour arriver jusqu'à nous, et celles qui subsistent sont à l'étranger, dans les musées et les bibliothèques du Royaume-Uni, de France, des États-Unis, d'Iran et d'ailleurs.

Quelles sont les caractéristiques de l'ère Behzad, les techniques particulières ? Reproduisez-vous ces techniques à l'identique ou avez-vous votre propre manière de faire?

J'essaie d'utiliser les canons de la composition introduits par Behzad et de m'en rapprocher le plus possible. Dans les miniatures de l'époque, il n'y a aucune perspective, pas de plans proches ou lointains, ni de clair-obscur. Parfois, des personnages ou des objets, comme un arbre ou une montagne, sortent du cadre. Ce sont les miniaturistes de l'époque qui ont inventé cette technique, sorte d'équivalent de la 3D moderne, pour tenter de créer l'illusion de l'espace et du volume.

La miniature se distingue par l'attention portée à chaque détail, chaque brin d'herbe, fleur, motif sur un vêtement ou personnage. C'est un travail très fin et délicat. On peut dire que Behzad a atteint la perfection. Pour peindre à la détrempe (peinture à base d'eau), j'ajoute un jaune d’œuf, comme le faisaient Behzad et d'autres de ses contemporains. Le jaune d’œuf fixe la peinture et maintient les couleurs durablement. Raphaël, Léonard de Vinci et tous les artistes du Moyen-Âge utilisaient cette technique, jusqu'à l'apparition de la peinture à l'huile. Bien sûr, aujourd'hui, nous utilisons des peintures synthétiques, mais nous n'avons pas le recul nécessaire pour savoir comment elles évolueront d'ici cinquante ou cent ans. Dans mes œuvres, j'utilise des couleurs vives, souvent or et argent, une palette différente pour chaque miniature. Je veux avant tout que la miniature ravisse l’œil.

C'est le cas. On a envie de passer du temps à la regarder, s'attarder sur les détails. D'ailleurs, on peut découvrir dans vos miniatures une voiture ou un vélo. À première vue, on a l'impression de voir une représentation du passé, mais en regardant de plus près, on y retrouve la vie moderne avec tous ses attributs…

Exactement, dans mes miniatures, je tente d'ajouter un peu de modernité, de sorte que parfois, on peut y voir une voiture ou un téléphone portable. Il est important pour moi de montrer en miniature ce que mon peuple vit, son monde, sa culture, les différents aspects de sa vie, ses traditions et ses coutumes.

 

Propos recueillis par Nigora Boukhari-Zadé, journaliste pour Ferghana News

Texte traduit du russe par Alexia Choffat

 

 



Tadjikistan miniature art chevaux peinture
Olim Kamalov
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *