Bataille Etat islamique Syrie

Le Tadjikistan gracie plus de 100 combattants djihadistes rentrés au pays

Le 8 février dernier, le gouvernement tadjik a annoncé avoir gracié 111 de ses ressortissants revenus d’Irak et de Syrie, où ils ont combattus pour des groupes islamistes dont l’Etat islamique.

C’est un pardon gouvernemental rare. Selon l’Agence France Presse (AFP), le gouvernement tadjik a gracié 111 de ses ressortissants revenus dans le pays après avoir combattu pour plusieurs groupes djihadistes dont l’Etat islamique. En vertu d’un décret gouvernemental paru en 2015, le gouvernement tadjik accorde le pardon à ses ressortissants de retour du djihad. Pour obtenir ce pardon gouvernemental, il faut être revenu volontairement des zones de conflits et avoir présenté ses excuses d’avoir rejoints des mouvements terroristes.

Grâce à ce pardon, les 111 ressortissants revenus sont libres de toute poursuite au regard du droit tadjik. Selon le ministre de l’intérieur du Tadjikistan Ramazon Rahimov , plus de 1000 Tadjiks, dont des femmes, combattent au côté de groupes terroristes extrémistes. La grande majorité d’entre eux ont rejoint l’Irak et la Syrie en passant d’abord par la Russie puis par la Turquie. D’après les chiffres de Douchanbé, plus de 250 Tadjiks seraient morts au Moyen-Orient en se battant pour l’Etat islamique.

Les Tadjiks, premier contingent centrasiatique en Irak et en Syrie

Avec de telles proportions, le Tadjikistan est le pays centrasiatique le plus touché par le recrutement djihadiste. Pour l’expert tadjik Moullomoukhtor Moulloïev un tel recrutement n’est possible que par la passivité de la société tadjike et des élites religieuses. « Les membres du clergé musulman restent muets face à ce phénomène ». Dans un pays où  « plus de 83% de la population considère l’Islam comme le facteur le plus important de leur vie » le mutisme des autorités religieuses serait un problème face au recrutement terrorisme pour le spécialiste. Cependant, le recrutement n’est pas directement réalisé au Tadjikistan.

Lire aussi : Extrémisme au Tadjikistan : le point de vue d’un expert local

De fait, pour Phunchok Stobdan, analyste à l’Insitute for Defence Studies and Analyses (IDSA), les Tadjiks émigrés en Russie sont la principale cible des cellules de recrutement djihadistes. L’ex-ambassadeur indien au Kirghizstan estime que, plus que la question religieuse, c’est la promesse d’un salaire plus élevé que ce qu’ils peuvent espérer au Tadjikistan et en Russie qui pousse nombre de Tadjiks, mais aussi d’Ouzbeks, à rejoindre les combats en Irak et en Syrie. Pour autant, Phunchok Stobdan souligne que les retours au pays sont conséquents. Les jeunes tadjiks sont nombreux à fuir les zones de conflit après avoir connu les horreurs de la guerre et une profonde désillusion.

Ce pardon gouvernemental est-il à la hauteur de l’enjeu ? Selon Qudratullo Nazaroda, le chef de police régional de la province de Sughd cité par Asia Plus, 30 des 70 anciens combattants islamiques de la région étaient repartis se battre en Syrie et en Irak.

Augustin Forissier
Rédaction pour Novastan à Bichkek

Explosions jumelles lors de la Bataille de Kobané, bataille entre l’État islamique et la coalition américaine en Syrie en 2014
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