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Le Tadjikistan lance la construction d’une mine de charbon

Le gouvernement tadjik a attribué 316 hectares de terres agricoles à une usine métallurgique détenue par l’entreprise Faroz afin d’y exploiter des gisements de charbon. Cette décision va à l’encontre de l’accord de Paris de 2015 et offre des terres à une entreprise dont la liquidation a pourtant été annoncée l’an dernier. 

Le gouvernement du Tadjikistan a transféré 316 hectares de terres agricoles à l’usine métallurgique Tajik Metallurgical Plant afin d’y extraire du charbon, a rapporté le média tadjik Asia Plus le 29 mai dernier. Le terrain attribué appartient à la réserve foncière de l’État située dans le district d’Ainy, dans la province de Soghd, dans le nord-ouest du Tadjikistan. L’entreprise Faroz, propriétaire de l’usine métallurgique, doit désormais rembourser à l’État tadjik la somme de cinq millions de somoni (environ 435 000 euros) afin de compenser les pertes économiques de l’État liées au potentiel agricole de ces terres. 

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Cette décision est cependant doublement surprenante. Par cette dernière, le gouvernement tadjik soutient l’exploitation de gisements de charbon alors que le pays a ratifié l’accord de Paris pour le climat le 22 mars 2017. Plus surprenant encore, la société à laquelle ces terres ont été attribuées n’est plus censée être en activité depuis l’annonce officielle de sa liquidation en septembre 2019. 

Une usine détenue par une puissante entreprise en liquidation

Tajik Metallurgical Plant a été construite par la société Faroz dans la ville de Gissar (aussi nommée Hisor), dans l’ouest du pays, sur une superficie de 15 hectares, rapporte Asia Plus. Son ouverture officielle a eu lieu en novembre 2016 en présence du président tadjik Emomalii Rahmon.  L’usine comprend six ateliers de production et peut traiter jusqu’à 200 000 tonnes de matières premières par an. Elle produit sept types de matériaux de construction en métal, entre autres des raccords, des tuyaux et des plateaux en fer. Elle devra cependant désormais procéder, en plus,  à l’extraction de gisements de charbon. 

Propriétaire de l’usine, Faroz opère dans divers secteurs de l’économie tadjike, du marché des services à l’industrie lourde, rapporte le média russe Fergana News. Elle est détenue par Chamsoullo Sokhibova, le gendre du président Emomalii Rahmon, et est considérée comme l’une des entreprises les plus importantes du Tadjikistan. Fondée en 2008, Faroz possède plus de 60 organisations et entreprises dans les grandes villes et régions du Tadjikistan ainsi qu’à l’étranger, rapporte Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe. Elle détient notamment le plus grand réseau de stations-service du pays, des laboratoires médicaux, des terminaux douaniers, des écoles de conduite, un complexe de ski et plusieurs gisements de minéraux. 

Cependant, à la surprise générale, la société Faroz a annoncé, en septembre 2019, sa liquidation volontaire auprès de la Commission des impôts de la République du Tadjikistan et a mis en vente plusieurs de ses biens. “En raison du manque de compétitivité sur le marché de la vente de carburants et également parce que les fabricants fournissent directement du carburant et des lubrifiants au marché tadjik, la société a aujourd’hui perdu sa compétitivité », a déclaré la société afin de justifier sa décision, rapporte Radio Ozodi.

Une entreprise qui maintient mystérieusement ses activités

Une enquête de Radio Ozodi à la fin de l’année 2019 a pourtant montré que l’entreprise continuait toujours ses activités. Dans des documents détenus par la rédaction de Radio Ozodi, Faroz figure encore dans le registre d’État en tant que société exerçant des activités d’exportation de gaz liquéfié.

Il a également été prouvé que les employés continuaient de travailler. Dans une interview avec des correspondants de Radio Ozodi, ces derniers ont affirmé qu’aucun changement dans les activités des stations-service ne s’était produit.

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De plus, quelques jours après la lettre officielle de liquidation de l’entreprise à la Commission fiscale du Tadjikistan, le président tadjik lui a alloué des terrains pour y construire des terminaux dans les districts de Mastchoh, Panjakent et Isfara, dans l’ouest du Tadjikistan. Le 1er novembre 2019, un décret gouvernemental a été signé sous le numéro 555 sur le transfert de trois hectares de terrain à Faroz pour la construction d’un terminal passagers sur le territoire de la région de Rudaki, dans l’ouest du pays. L’entreprise semble donc toujours maintenir des liens étroits avec le gouvernement au travers de nombreux projets. 

Lorsque l’économie prime sur l’écologie

Outre les interrogations concernant la société Faroz, cette décision de lancer une mine de charbon met également en lumière la position du gouvernement actuel concernant le respect de l’accord de Paris. Bien que le charbon soit l’une des énergies fossiles émettant le plus de CO2, elle semble destinée à s’accroître en Asie centrale et notamment au Tadjikistan. 

Selon le même constat fait en 2019, il semblerait que l’ensemble des pays centrasiatiques ne suivent pas rigoureusement les promesses faites à la signature de l’accord de Paris sur le climat en 2015. Selon le principal conseiller de l’organisation écologiste Malenkaïa Zimlia (« Petite Terre »), Timour Idrissov, les objectifs écologiques du Tadjikistan ne sont pas suffisants. « L’objectif fixé est flexible, ne dépassant pas 80 à 90 % du niveau des émissions de 1990 d’ici 2030. Le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre pourrait pourtant atteindre un objectif de 65-75 % des émissions de 1990 d’ici 2030, sous réserve d’un financement international et d’un transfert de technologie importants. Le faible niveau des émissions du Tadjikistan dans les années 1990, comme dans de nombreux autres États de l’ex-URSS, est le résultat de l’effondrement de l’Union soviétique, de l’effondrement économique et de la fermeture subséquente des entreprises et de la production industrielle », a-t-il déclaré lors d’un entretien avec Novastan.

Lire aussi sur Novastan : Toujours plus de charbon en Ouzbékistan malgré la signature de l’accord de Paris sur le climat

Le gouvernement du Tadjikistan a par ailleurs approuvé, en 2019, un plan national de développement de l’industrie du charbon pour l’horizon 2040. “Afin de s’assurer d’atteindre les objectifs de la stratégie de développement du pays, la production de charbon va être augmentée 7,6 fois, soit 10,4 millions de tonnes, d’ici 2030 puis, selon les prévisions, de 11 fois, soit 15 millions de tonnes, d’ici 2040”, détaille le document. Selon Timour Idrissov la population est globalement satisfaite de cette décision. « Les médias nationaux disent à la population que le charbon va permettre la création d’emplois et un approvisionnement électrique tout au long de l’année. En revanche, on ne les informe pas des risques que cela représente pour l’environnement ainsi que pour leur santé », a-t-il déclaré. 

Lire aussi sur Novastan : Le Tadjikistan veut décupler sa production de charbon, les écologistes montent au créneau

Selon Timour Idrissov cette décision a des origines économiques mais également géopolitiques. « L’Ouzbékistan ne fournit plus de gaz au Tadjikistan depuis 2012. Le pays est souvent en proie à des pénuries énergétiques hivernales car les centrales hydroélectriques ne peuvent pas produire autant d’énergie qu’en été. L’État présente officiellement le charbon comme une solution efficace pour remplacer le gaz ouzbek tout en affirmant que les énergies renouvelables sont trop chères », a-t-il expliqué.  

De tristes prévisions écologiques

Face à ce plan productiviste, les militants écologistes tadjiks appellent quant à eux les autorités du pays à ne pas privilégier la solution à court terme du charbon. “Le gouvernement du Tadjikistan souhaite augmenter à partir de 2020 la production de charbon afin non seulement de répondre à la demande nationale, mais également d’en exporter. Ceci implique une hausse significative de la production ”, ont notifié en 2019 des organisations écologistes locales, rapporte Asia Plus

Pour Timour Idrissov l’avenir énergétique du Tadjikistan ne s’annonce pas particulièrement prometteur. « Je ne suis pas très optimiste en ce qui concerne l’avenir proche. Le Tadjikistan va encore être lié au charbon pour les trente, voire quarante prochaines années. » Selon lui, le potentiel des énergies renouvelables est pourtant considérable dans le pays. « Il n’est pas intéressant d’investir dans des parcs éoliens car le pays n’est pas venteux, à l’exception de quelques régions montagneuses et peu peuplées. En revanche l’énergie solaire pourrait avoir un réel avenir au Tadjikistan. Nous sommes un pays très ensoleillé. Le potentiel est immense et pourtant, il n’est pas exploité.  Le développement des énergies renouvelables devrait aller de pair avec des programmes d’économie d’énergie et d’efficacité énergétique », a-t-il déclaré à Novastan.

Tanguy Martignolles
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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Le gouvernement tadjik a transféré 316 hectares de terres agricoles au profit d’une industrie métallurgique afin d’y exploiter des gisements de charbon (illustration).
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