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Le Tadjikistan, nouveau terrain de la rivalité Iran – Arabie saoudite

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Traditionnellement proche de l’Iran, le Tadjikistan se tourne de plus en plus vers l’Arabie saoudite depuis 2015. Mais Téhéran n’a pas dit son dernier mot.

Après l’Irak, le Liban, la Palestine, l’Afghanistan et le Yémen, le Tadjikistan sera-t-il le nouveau pion sur l’échiquier des manœuvres stratégiques iraniennes et saoudiennes ? Plusieurs mouvements de fonds semblent l’attester.

Le pays le plus pauvre d’Asie centrale, déjà objet d’un intérêt militaire croissant des Etats-Unis et de la Russie, est depuis 2015 de plus en plus présent dans la bataille d’influence entre Iran et Arabie saoudite.

L’Iran, un voisin de plus en plus lointain

Le Tadjikistan et l’Iran devraient théoriquement être proches du fait des liens historiques, culturels et linguistiques qui les relient. L’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad est allé jusqu’à dire que « l’Iran et le Tadjikistan sont un esprit dans deux corps ». Les deux pays ont déjà signé plus d’une centaine d’accords bilatéraux depuis l’indépendance du Tadjikistan en 1991.

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Cependant, la relation entre les deux pays ne peut être qualifiée de stratégique et a connu de nombreux hauts et bas ces dernières années. Les dirigeants des deux pays déclarent fréquemment vouloir renforcer leurs liens commerciaux mais ceux-ci ont diminué de 41,91 % entre 2012 et 2015. Le Tadjikistan était le deuxième partenaire économique de l’Iran en Asie centrale jusqu’en 2011, laissant ensuite sa place au Kazakhstan.

L’année 2015, tournant des relations irano-tadjikes

L’année 2015 peut être considérée comme un tournant dans les relations entre l’Iran et le Tadjikistan. En décembre 2015, le chef du parti de la renaissance islamique du Tadjikistan – Muhiddin Kabiri – a été invité à participer à une conférence à Téhéran alors que le parti venait d’être classé organisation terroriste par le gouvernement du Tadjikistan. Cette invitation a soulevé une vague d’indignation dans le pays, à l’image du ministère des Affaires étrangères tadjik qui s’est déclaré très préoccupé par l’invitation à la conférence du chef d’une organisation « extrémiste et terroriste ». Par la suite, des quotas sur certaines marchandises en provenance d’Iran (thé, volaille) ont été mis en place en avril 2016.

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En octobre 2016, l’Iran est allé plus loin en organisant une cérémonie commémorative à Mashhad, dans le nord-est du pays, en mémoire du père de Muhiddin Kabiri récemment décédé. Depuis, le Tadjikistan ne délivre plus de visas aux Iraniens dans les aéroports ou aux frontières.

Des relations de plus en plus tendues

Au cours des deux dernières années, plusieurs organisations gouvernementales iraniennes ont été contraintes de suspendre leurs activités au Tadjikistan comme le Comité de secours de l’Imam Khomeini et la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran.

Le dernier évènement en date reflétant la crispation des relations entre les deux pays a été la fermeture par les autorités tadjikes du bureau culturel de l’ambassade iranienne à Khoudjand, dans le nord du Tadjikistan. Au vu de la situation actuelle, il semble que le Tadjikistan ne soit pas favorable à ce que l’Iran devienne membre permanent de l’Organisation de coopération de Shanghai.

En parallèle, l’Arabie saoudite cherche à renforcer ses relations avec le Tadjikistan

Les relations entre le Tadjikistan et l’Arabie saoudite ont longtemps été compliquées en raison du soutien des Saoudiens aux rebelles fondamentalistes pendant la guerre civile tadjike de 1992 à 1997.

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Mais en raison des désaccords croissants avec l’Iran, le Tadjikistan a cherché des nouvelles sources de soutien financier. L’Arabie saoudite pouvait difficilement refuser, car l’influence qu’elle pouvait gagner au Tadjikistan permettrait de contrebalancer l’influence de l’Iran dans ce pays.

Les Saoudiens veulent contrecarrer l’influence de Téhéran

Les câbles diplomatiques saoudiens dévoilés par Wikileaks en 2009 révèlent que l’objectif de ces derniers n’est pas seulement de promouvoir le Wahhabisme mais aussi de contrebalancer l’influence iranienne.  Certains câbles diplomatiques démontrent que les saoudiens s’inquiètent que l’Iran ait cherché à faire du Tadjikistan « un centre pour exporter sa révolution religieuse et répandre son idéologie dans les pays de la région ».

Dans un de ses câbles diplomatiques, l’ambassadeur saoudien au Tadjikistan insinue que les responsables tadjiks pourraient restreindre le soutien iranien « si d’autres sources de soutien financier devenaient disponibles, en particulier venant du royaume ».

Un soutien financier saoudien important

Lors de sa visite en Arabie Saoudite en janvier 2016, le président tadjik Emomalii Rahmon a eu le droit à un traitement de faveur en entrant dans la Kaaba avec sa famille. Il est reparti avec plusieurs accords de coopération. La Banque islamique de développement s’est engagée à financer des infrastructures routières à hauteur de 108 millions de dollars. Les Saoudiens ont depuis proposé de financer d’autres infrastructures au Tadjikistan, comme la centrale hydroélectrique de Rogun, dont la construction a démarré en octobre 2016.

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Le Fond de développement saoudien va accorder un prêt de 35 millions de dollars pour la construction de 66 écoles au Tadjikistan. Récemment, l’ambassadeur saoudien au Tadjikistan a révélé qu’en plus de deux universités, son gouvernement prévoit de financer la construction de six écoles religieuses dans le pays.

De l’économique vers le politique

Après les différents financements et partenariats économiques, l’Arabie saoudite souhaite se rapprocher politiquement du Tadjikistan. Lors de la visite du président Emomalii Rahmon en janvier 2016 dans le royaume, les Saoudiens ont demandé au Tadjikistan de rejoindre la coalition islamique antiterroriste, mais le Tadjikistan n’a jamais répondu à cette demande. Le roi saoudien est allé jusqu’à qualifier le Tadjikistan de « partenaire important dans la région« .

La récente réception du ministre d’Etat des Affaires étrangères saoudien, Nizar Obeid Madani, par le président Emomalii Rahmon confirme que les deux parties se rapprochent et souhaitent étendre leur coopération.

Une préoccupation grandissante en Iran

En se rapprochant du pays qui est considéré comme le pays le plus proche de l’Iran en Asie centrale, les Saoudiens souhaitent réduire l’influence de l’Iran au Tadjikistan et dans la région. Cette situation ne rend pas indifférents les Iraniens.

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Dernièrement, Morteza Saffari Natanzai, membre du Comité de la sécurité nationale et de la politique étrangère de l’Assemblée consultative islamique a déclaré que « l’Arabie Saoudite est l’un des pays qui refroidit les relations entre Téhéran et Douchanbé ». Il est difficile de quantifier l’influence des deux pays au Tadjikistan mais la République islamique va souhaiter retrouver une partie de son influence perdue pour au moins deux raisons. D’une part pour contenir l’influence saoudienne naissante, et d’autres parts pour obtenir le soutien du Tadjikistan pour devenir membre permanent de l’Organisation de Coopération de Shangaï.

Ugo Georges-Meyer

Le président tadjik Emomalii Rahmon est fortement sollicité entre Iran et Arabie saoudite.
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Le président tadjik Emomalii Rahmon a été jusqu’à recevoir en visite officielle son homologue iranien, Hassan Rohani, en septembre 2014.
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Une rencontre de haut niveau entre Saoudiens et Tadjiks en mai 2016.
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