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Le Tadjikistan ouvre la privatisation du barrage de Rogun et de la compagnie d’aluminium Talco

Le parlement tadjik a approuvé l’ouverture à la privatisation de la compagnie d’aluminium Talco et de la centrale hydroélectrique de Rogun. Un changement conséquent pour deux entreprises majeures de l’économie tadjike.

Le Tadjikistan met en vente deux de ses biens les plus importants. La centrale hydroélectrique de Rogun et la compagnie d’aluminium Tajik Aluminim Compagny (Talco) ont été retirées de la liste des entités non soumises à privatisation, rapporte le média tadjik Asia-Plus le 15 janvier dernier. La chambre basse du parlement du Tadjikistan a approuvé un certain nombre d’amendements sur l’article 9 de la loi de 2009 sur la privatisation des biens d’État.

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Présentés par le gouvernement, ces amendements permettent de supprimer Rogun et Talco de la catégorie des biens publics. Une petite modification législative qui permet beaucoup : les actions de ces entreprises peuvent désormais être vendues à des sociétés étrangères.

Rogun, un projet de taille pour l’approvisionnement électrique du pays

La centrale hydroélectrique de Rogun appartient à l’entreprise publique Rogun, qui supervise sa construction depuis 2008. Débutée dans les années 1980, elle est toujours en cours. Une fois terminé, le barrage mesurera 335 mètres de haut – il sera ainsi le plus haut du monde – et produira 3 600 mégawatts d’électricité par an, comme l’explique Asia-Plus. Il deviendra la première centrale hydroélectrique d’Asie centrale. C’est un projet majeur : il permettra d’assurer la consommation nationale en électricité, et d’exporter vers les pays voisins.

Lire aussi sur Novastan : Rogun, le barrage qui se fait prier au Tadjikistan

Le projet souffre cependant de difficultés de financement et de retards de construction. La deuxième turbine, sur les six prévues au total, a été lancée en septembre dernier avec cinq mois de retard. Pour l’heure, la construction est surtout financée par des obligations d’État, alors que le pays est déjà endetté. En 2019, environ 220 millions de dollars (198,4 millions d’euros) ont été provisionnés par le gouvernement tadjik, selon Asia-Plus. Le coût total du projet est estimé à 4 milliards de dollars (3,6 milliards d’euros), mais il pourrait s’avérer plus élevé : près de 2,5 milliards de dollars (2,25 milliards d’euros) ont déjà été dépensés pour les deux premières turbines, sur les six que doit compter Rogun.

Un appel nécessaire aux investisseurs étrangers ?

Pour lever des fonds, une campagne de vente des actions de Rogun aux citoyens tadjiks a été mise en place en 2010, mais cette stratégie n’a pas été fructueuse. Certains médias ont notamment pointé du doigt un achat forcé pour la population. Le gouvernement a également fait appel aux institutions internationales, mais sans succès. La Banque mondiale a annoncé en 2018 qu’elle ne financerait pas le projet.

L’appel à des investisseurs étrangers privés offre une réponse aux problèmes de financement, ce qui expliquerait l’ouverture de Rogun à la privatisation.

Pourtant, dans un communiqué du 20 janvier dernier intitulé «Rogun est propriété de la République», le président  tadjik Emomalii Rahmon réaffirme la volonté du Tadjikistan de finir la construction du barrage sans participation extérieure. Cette déclaration s’oppose à l’idée d’une privatisation de Rogun et vient contredire le changement législatif récent. Le président appelle au soutien spirituel et financier de la société tadjike, qui est invitée à déposer des fonds au Trésor central. À la fin du communiqué, le gouvernement évoque cependant l’émission d’actions, ce qui laisse place au doute.

Talco, première entreprise industrielle du Tadjikistan

L’autre « bijou de famille » tadjik est l’entreprise d’aluminium Talco. Créée en 1972, la Tajik Aluminium Compagny  est la principale entreprise productrice d’aluminium du pays. Entièrement contrôlée par l’État, sa part dans l’économie tadjike est très importante : ses revenus représentent plus de 35 % du produit intérieur brut tadjik en 2019, tout en consommant 40 % de la production électrique du pays.

La voie de la privatisation semble avoir été prévue depuis plusieurs mois pour Talco. Par un décret de novembre 2019, l’entreprise est devenue une société par actions, comme l’a décrit le média russe Fergana News.

Talco bientôt repris par la Chine ?

Contrairement à Rogun, où les possibles investisseurs ne sont pas légion, un possible acheteur de Talco se dessine plutôt clairement avec la Chine. En avril 2019, l’entreprise publique chinoise China Machinery Engineering Corporation (CMEC) a ainsi investi 545 millions de dollars (491 millions d’euros) dans la modernisation de Talco, comme le rapporte Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe. Les modalités de cet accord sont restées floues.

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L’ancien ambassadeur de Chine au Tadjikistan Yue Bin a évoqué fin 2019 l’ambition de transformer Talco en une entreprise sino-tadjike moderne. Il n’a cependant pas précisé la part de chaque État dans le contrôle de l’entreprise.

L’ouverture de Talco à la privatisation pourrait être le signe d’une reprise par CMEC : l’acquisition serait une contrepartie de l’investissement par l’entreprise chinoise. Pour autant, aucune annonce officielle n’a pour le moment été faite dans ce sens.

Clotilde Rabault
Rédactrice pour Novastan

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Le président tadjik Emomali Rahmon sur le barrage de Rogun en octobre 2016, pour le début des travaux (illustration).
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