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Les 7 problèmes principaux des villages au Tadjikistan

Chômage, infrastructures, eau potable… les villages tadjiks souffrent de nombreux problèmes. Pour tenter d’y remédier, les autorités du pays ont mis en place un plan d’action. La tâche s’annonce ardue.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par Asia-Plus.

Les villages au Tadjikistan ne sont pas en grande forme. Alors que 73% de l’ensemble de la population habite à la campagne, les villages peinent à se développer et souffrent de problèmes importants. Face à cela, la période 2019-2021 a été déclarée période de développement des villages, du tourisme et de l’artisanat par le gouvernement tadjik.

Les autorités souhaitent améliorer le niveau de vie des populations locales, faire évoluer les services médicaux, étendre et moderniser le réseau routier du pays, renouveler les infrastructures et soutenir l’artisanat. Les problèmes à résoudre sont massifs.

Un chômage élevé

Les régions rurales du Tadjikistan doivent faire face à un très haut niveau de chômage. Le secteur agricole, qui emploie plus de la moitié de la main-d’œuvre du pays, n’a pas la capacité de créer assez de postes pour répondre à l’offre de main-d’œuvre, en croissance rapide. De plus, ce secteur jouit d’un attrait limité car les salaires proposés sont très base. Pour cette raison, l’écrasante majorité de la population active migre vers la Russie et vers d’autres pays. Le Tadjikistan est ainsi le quatrième pays au monde le plus dépendant de l’argent envoyé depuis l’étranger, avec 31,3% du Produit intérieur brut en 2017 selon la Banque mondiale.

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Tadjikistan Villages Chômage

Depuis peu, la production rurale a commencé à se développer : métayage, horticulture, commerce, artisanat, etc. Cependant, les faibles revenus dégagés poussent ces industries à employer principalement des femmes et des personnes âgées.

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Le renouveau de l’artisanat et la diffusion de différents services dans certains villages importants pourraient contribuer à faire chuter le taux de chômage. Pour autant, l’initiative du gouvernement ne comprend pas suffisamment d’aides et de soutien à la création d’entreprises et à leur développement.

Des routes déplorables

Le problème le plus urgent des régions rurales du Tadjikistan est l’état déplorable du réseau routier intérieur.

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Le pays avait fait des progrès significatifs à l’époque de son indépendance, avec la construction et l’entretien de plus de 2 100 kilomètres de routes d’importance nationale ou internationale. Néanmoins, le réseau routier reliant les villages entre eux ou aux centres urbains régionaux et provinciaux mériterait une réparation complète. Dans certains villages, la population collecte elle-même les fonds nécessaires à cette modernisation, mais les hameaux les plus pauvres et reculés n’ont pas cette opportunité.

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L’absence de routes correctes empêche souvent les véhicules de secours d’atteindre les malades dans les villages isolés et pousse les enfants à faire des kilomètres à pied pour se rendre à l’école.

Un réseau de transports peu efficace

Le système de transports fonctionne très mal sitôt que l’on s’éloigne des centres urbains. Par endroits, aucune ligne de bus ou service de taxi n’existe, de sorte que des véhicules locaux remplissent ce rôle, la plupart du temps sans que les chauffeurs n’aient de licence ou de certificat. Ils ne respectent d’ailleurs pas les règles élémentaires de conduite.

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En raison de l’état de dégradation des routes et du coût élevé des services de transports, les agriculteurs ne peuvent mettre en vente leur production à des prix abordables.

Ainsi, si un chou est vendu aujourd’hui à 1 ou 1,5 somoni (environ 10 centimes d’euro) à la sortie du champ, il en coûtera 2 à 2,5 somonis (environ 20 centimes d’euro) du kilo sur les marchés de Douchanbé, la capitale du pays.

Une eau non-potable

D’après la Banque mondiale, 53 % des localités tadjikes n’ont pas d’accès à une source d’eau potable. Dans la plupart des villages, les habitants boivent l’eau provenant de sources polluées : rivières, canaux, rigoles d’irrigation, voire puits peu profonds.

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Le réseau d’alimentation en eau tend à se dégrader et à disparaître. Or, le manque d’eau potable entraîne la prolifération de différentes maladies.

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En outre, l’eau d’irrigation pose également des problèmes. La défaillance des infrastructures d’irrigation, l’épuisement des canaux et les défaillances des stations de pompage empêchent les terres arables d’être correctement irriguées. En été, l’eau devient même source de conflit entre les habitants.

Les logements manquent

Durant les années d’indépendance du Tadjikistan, plus de 120 000 hectares de terre ont été alloués à la construction, soit près de deux fois plus que durant l’ère soviétique. Pourtant, la crise du logement s’aggrave chaque année en raison du manque de terrains constructibles.

Aujourd’hui, la réaffectation de terres destinées à la culture est interdite. Et pour cause : s’il y a 20 ans, la surface de terre arable par habitant au Tadjikistan était de 0,12 hectare, elle n’atteint plus en 2018 que 0,07 hectare.

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Des terres riches sont toujours disponibles mais elles ne répondent pas toujours aux normes de la construction : manque d’infrastructures routières, d’alimentation en eau, etc.

Une absence d’infrastructures

Sous ce terme sont regroupés l’ensemble des bâtiments à caractère social, commercial, éducatif et culturel dont les villages ont tant besoin. Ce sont les clubs, thermes, salons de coiffure, de thé, salles de sport, terrains de jeux et salles d’événements.

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Les communautés locales sont gérées par des comités de mahallah, un nom qui désigne des quartiers très interdépendants, aussi présents en Ouzbékistan voisin. Ils ne disposent d’aucun lieu de réunion. Il n’est pas rare que le chef du comité organise la séance chez lui. Lorsqu’il faut réunir l’ensemble des habitants, on loue les locaux de l’école ou de la mosquée, qui conviennent peu à ce genre de rassemblement.

Avec la chute du régime soviétique, les bibliothèques, clubs et salles de sport ont fermé leurs portes. La réinstallation de ces infrastructures dans des conditions modernes nécessite beaucoup de moyens. L’état des centres médicaux est particulièrement préoccupant, car il manque autant de personnel qualifié que d’équipement élémentaire.

Les déchets ménagers non collectés

L’un des problèmes les plus graves auxquels doivent faire face les villages concerne la collecte et le recyclage des déchets ménagers. La population tente vaille que vaille par endroits de rassembler les déchets organiques pour s’en servir comme engrais. La question de l’enlèvement des déchets en plastique, des lampes à basse consommation d’énergie, des piles, des couches pour bébés, etc. demeure irrésolue.

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Les habitants en remplissent des sacs en plastique qu’ils abandonnent sur les bas-côtés des routes ou vident dans les canaux.

À la différence des villes, les localités ne disposent d’aucun point spécifique de collecte pour les déchets, et l’enlèvement de ceux-ci n’est pas organisé. Certains villages plus prospères commandent des véhicules pour qu’ils emportent leurs ordures une fois par semaine vers une destination inconnue. Le recyclage des lampes à basse consommation d’énergie n’étant pas réglementé, les habitants les jettent avec leurs déchets ménagers.

Tous ces problèmes ne peuvent bien sûr être résolus en deux ans. Mais il s’agit peut-être d’une opportunité pour les autorités de soutenir la création des infrastructures nécessaires, de dégager des pistes de solution et de définir des objectifs à long terme.

Saïfiddin Karaïev, journaliste pour Asia Plus

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Etienne Combier

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Les villages tadjiks souffrent de nombreux problèmes. Ici, un médecin arrive dans un hameau éloigné.
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Les villages tadjiks connaissent un taux de chômage très élevé.
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Les déchets ne sont pas collectés au Tadjikistan.
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