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Les questions sécuritaires au cœur de la rencontre entre Emmanuel Macron et Emomalii Rahmon

Le président du Tadjikistan et son homologue français se sont entretenus longuement sur la sécurité dans le pays et en Asie centrale. En parallèle, Emomalii Rahmon a signé 5 accords de coopération avec le gouvernement français et a également acheté 5 hélicoptères Airbus. D’autres projets économiques dans l’aluminium et la grande distribution ont été lancés.

La sécurité, priorité des relations franco-tadjikes? C’est en tout cas l’impression que l’on peut avoir après la rencontre, le 8 novembre dernier, entre Emomalii Rahmon et Emmanuel Macron. Le président tadjik, en visite à Paris depuis le 7 novembre jusqu’au 12 novembre prochain, revient en en visite officielle en France 17 ans après, ce qui était alors sa première visite dans un pays occidental à l’époque. Il a également signé plusieurs contrats avec des entreprises françaises.

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Emomalii Rahmon a rencontré Emmanuel Macron sur le péron de l’Elysée dans l’après-midi du 8 novembre. D’après le communiqué de la présidence tadjike, le sujet de terrorisme a été abordé longuement, preuve que l’attentat sur l’avant-poste frontière tadjik du 6 novembre au Tadjikistan a inquiété au plus haut point la diplomatie française. L’attaque, revendiquée par l’Etat islamique, a fait au moins 17 morts. C’est la quatrième attaque attribuée à l’Etat islamique depuis juillet 2018.

La France a eu pendant près de 13 ans une base militaire au Tadjikistan dans le cadre de ses opérations en Afghanistan. Cependant, depuis 2014 et le départ des derniers militaires, la présence française s’est réduite au strict minimum, notamment au niveau des services de l’ambassade, comme le note son site officiel. Pour autant, comme le souligne le MAE français, la France garde un oeil attentif sur la sécurité du pays le plus instable de la région. Le Tadjikistan est ainsi le premier pays de la région avec lequel la France a signé un accord de coopération en matière de sécurité intérieure, qui s’inscrit dans les programmes de l’Union européenne et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

5 documents signés entre les deux gouvernements

Pour autant, Paris ne semble pas disposé à passer de la parole aux actes. En témoigne l’absence d’accord militaire ou sécuritaire entre les deux pays. Concrètement, 5 documents de coopération ont été signés lors de la rencontre entre les deux présidents. Parmi eux, on trouve notamment un accord entre les deux gouvernements relatif aux services aériens, et un mémorandum d’accord sur la coopération dans le domaine de l’enseignement entre l’Université nationale du Tadjikistan et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Les deux pays ont également renouvelé leur coopération en matière de tourisme, entre les deux ministères des Affaires étrangères pour 2019-2023 ainsi que scientifique, entre l’Académie des sciences tadjike et l’Institut français d’études de l’Asie centrale (IFEAC). 

Emmanuel Macron viendra “avec plaisir” au Tadjikistan

Selon le communiqué de la présidence tadjike, “au cours de l’entretien, le Président de la République française a proposé d’établir un dialogue entre la République française et les républiques d’Asie centrale au niveau des ministres des Affaires étrangères de ces pays”. Pour l’heure, l’Elysée n’a pas communiqué sur cette entrevue. 

Le président tadjik a invité Emmanuel Macron au Tadjikistan, ce que le président français a accepté “avec plaisir”, selon le communiqué tadjik. 

Une rencontre critiquée

En amont de cette rencontre, les ONG Human Rights Watch (HRW) et Reporters sans frontières (RSF) avaient alerté le président français sur les violations des droits de l’Homme au Tadjikistan. HRW a notamment dénoncé l’emprisonnement massif d’opposants depuis 2015, tandis que RSF s’est inquiété du sort du seul média indépendant du pays, Asia-Plus, menacé de blocage par les autorités tadjikes. 

Pour tenter d’apaiser les critiques, Emomalii Rahmon a rencontré personnellement Jamie Fly, le président du média américain Radio Free Europe (RFE/RL), le 7 novembre dernier à Zurich. Très actif en Asie centrale, RFE/RL rencontre des difficultés pour faire accréditer sa vingtaine de journalistes au Tadjikistan. Le président tadjik a nié toute rumeur de fermeture du média, tandis que RFE/RL a critiqué les obstacles de couverture du pays.

Emomalii Rahmon a rencontré l’Aga Khan

En provenance de Suisse, où il a notamment croisé le président de l’entreprise minière Glencore, Emomalii Rahmon a rencontré dès le 7 novembre dans l’après-midi le prince Shah Karim Al Hussaini à Paris, qui porte le titre d’Aga Khan depuis 1957. Pour de nombreux Tadjiks, qui pratiquent un islam ismaélien, une branche du chiisme, l’Aga Khan est leur leader spirituel. Les dons faits par les Ismaéliens vont directement alimenter la fortune de l’Aga Khan, estimée à 3 milliards de dollars. Le prince Shah Karim Al Hussaini est également appelé Aga Khan IV.

Lire aussi sur Novastan : Comment la Fondation Aga Khan tente de se maintenir au Tadjikistan

Par le biais de sa fondation Aga Khan pour le développement (AKDN), l’Aga Khan est l’un des principaux acteurs de développement au Tadjikistan, ainsi qu’un médiateur politique. Durant la rencontre, le président tadjik s’est dit “satisfait” de leur coopération, rapporte le média tadjik Asia-Plus. Une déclaration qui montre l’amélioration des relations entre l’Aga Khan et Emomalii Rahmon, sept mois après la nomination pour la première fois d’un Tadjik à la tête de la branche locale de l’AKDN et un peu plus d’un an après l’inauguration de l’université d’Asie centrale (UCA) à Khorog.

L’économie n’a pas été oubliée

Le président tadjik a également été actif sur le volet économique. Invité le 7 novembre par le Medef International pour un dîner de travail, Emomalii Rahmon a noté avec les entreprises françaises du Medef l’importance de créer au Tadjikistan une branche de l’Agence française de développement (AFD). Cependant, l’AFD n’a toujours pas de mandat pour intervenir dans le pays à ce jour, à la différence de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan où l’AFD et Proparco sont présents. Le fait qu’aucune décision politique n’ait été prise sur l’AFD, alors qu’elle est indispensable à tout début d’opérations, marque encore un peu plus la difficulté du passage aux actes pour Paris.

Pour autant, l’économie n’a pas été oubliée. Le président tadjik a signé plusieurs contrats, décrits par Asia-Plus, notamment l’achat de 5 hélicoptères Airbus pour la compagnie aérienne nationale Somon Air. Comme le rapporte Asia-Plus, les hélicoptères seront fabriqués par Eurocopter Kazakhstan, la co-entreprise entre Airbus et Kazakhstan Engineering. Pour l’heure, ni les modèles ni le montant exacts n’ont été communiqués. Contacté par Novastan, Airbus n’a pas répondu à nos sollicitations. 

L’entreprise de production d’aluminium Talco a également signé un contrat avec le Français Fives pour 200 millions d’euros. L’entreprise publique tadjike veut renouveler son système de production d’anodes, qui interviennent notamment dans la construction de tuyaux ou de bateaux pour protéger de la corrosion. La compagnie Fives avait déjà fournit un atelier de production d’anodes à Talco il y a 45 ans. Fives, associé à l’Allemand Reidhammer, a également été sollicitée pour fournir des technologies modernes de production d’anodes.

20 entreprises françaises présentes au Tadjikistan

Un autre contrat d’importance a été signé avec Schiever pour une possible construction d’un centre commercial dans le nord du pays. Déjà propriétaire du seul supermarché Auchan du pays depuis 2016 et d’un magasin b1, tous deux à Douchanbé, Schiever passerait une étape avec cette nouvelle construction, en lien avec le groupe tadjik Amid. Le centre commercial devrait être construit dans le district de Ghafourov, dans la province de Soughd. Le district se situe dans la banlieue de Khodjent, la deuxième ville du Tadjikistan. 

Contacté par Novastan, Schiever explique qu’ « il s’agit d’une lettre d’intention non engageante […] dont l’objectif est d’étudier la faisabilité de synergies entre les deux acteurs ». L’entreprise française estime que « cette signature traduit l’excellent climat de nos relations au Tadjikistan ».

On peut également noter un accord de coopération entre l’Ecole 42 de Xavier Niel et l’institution publique tadjike Tachakoul Rouchi Sochibkori Tadjikistan. Les activités de Tractebel dans le projet de méga-barrage de Rogun ainsi que celles de Total au Tadjikistan ont été évoquées.

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Enfin, le Medef international et Tajinvest, l’agence publique d’investissement, ont signé un accord de coopération. Cependant les relations économiques restent limitées avec actuellement, seulement 20 entreprises françaises opérant dans la République du Tadjikistan. Contacté par Novastan, le Medef n’a pas répondu à nos sollicitations répétées. 

Selon nos informations, le président tadjik poursuivra sa visite par un programme culturel le weekend avant d’être présent le 12 novembre au Forum de la Paix, organisé du 11 au 13 novembre à Paris.

Etienne Combier
Rédacteur en chef de Novastan

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Le président tadjik Emomalii Rahmon (à gauche) a été reçu par son homologue français Emmanuel Macron, le 8 novembre 2019.
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