Intérieur Tunnel Anzob Horreur 2012

L’Iran co-financera la finalisation du « tunnel de l’horreur » au Tadjikistan

Le Tadjikistan et l’Iran se sont accordés pour investir 8 millions de dollars dans la finalisation de la construction du tunnel « Istiqlol », surnommé le « tunnel de l’horreur » par les Tadjiks, qui relie le centre du pays à la province septentrionale de Sughd.

Les liens entre l’Iran et le Tadjikistan se renforcent. Au cours de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA), qui s’est tenue à Douchanbé, les 15 et 16 juin derniers, le ministre tadjik des Transports Khudoyor Khudoyorov, et le ministre de l’Energie iranien Reza Ardakanian se sont accordés sur le sujet du tunnel d’Anzob. Chaque pays s’est engagé à investir 4 millions de dollars (3,5 millions d’euros) pour en finir la construction. L’accord a été annoncé à la presse le 30 juin dernier, rapporte Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe.

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Ce tunnel, également nommé « Istiqlol », relie la capitale Douchanbé à la ville de Khodjent, capitale de la province de Sughd dans le nord du pays, et s’étend sur plus de 5 kilomètres près du col d’Anzob. Issu d’un accord entre l’Iran et le Tadjikistan en 2003, il a été ouvert à la circulation en 2006 malgré des défauts de construction importants. Les travaux sur ce tunnel ont été arrêtés et repris plusieurs fois, sans jamais être finalisés. Il est particulièrement dangereux à traverser, ce qui lui vaut d’être surnommé « tunnel de l’horreur » et « tunnel de la mort » par les Tadjiks. 

Une construction mouvementée

Dans le détail, la construction du tunnel a débuté en 2003 après un accord entre le Tadjikistan et l’Iran, qui a fourni 31 millions de dollars (27,3 millions d’euros), sous la forme de subventions et de prêts, sur les 39 millions (34,4 millions d’euros) initialement prévus. La société iranienne qui s’est chargée du projet, Sabir Co., a dû précipiter la fin de la première phase de travaux à cause de l’importance économique du tunnel, qui relie les deux plus grandes villes tadjikes, Douchanbé et Khodjent.

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Le tunnel d’Anzob a donc été ouvert à la circulation en 2006, malgré l’absence d’éclairage et de ventilation, la présence d’engins de chantier sur une chaussée inachevée, et l’existence de plusieurs fuites d’eau. En 2011, des travaux de drainage et de pavage ont été réalisés, mais n’ont permis de corriger que certains de ces problèmes. En 2013, face à l’évidence des insuffisances du tunnel, le Tadjikistan et l’Iran ont décidé de mobiliser un financement supplémentaire à hauteur de 3 millions de dollars (2,6 millions d’euros) chacun. La société Sabir Co. a donc repris les travaux en avril 2014, mais là encore, cela s’est révélé insuffisant.

Entrée Tunnel Istiqlol 2015 Entrée Anzob 2015 Tadjikistan Douchanbé Khodjent

L’accord conclu à Douchanbé en juin dernier représente donc le troisième financement débloqué pour le tunnel. Cette fois, la construction devrait être finalisée en mettant en place des systèmes d’éclairage, de ventilation, d’extinction incendie, de contrôles de sécurité et de circulation. La somme de 8 millions de dollars (7 millions d’euros) pour cette dernière étape des travaux a été annoncée par Sukhrob Mirzoev, vice-ministre des Transports du Tadjikistan, en juillet 2018, comme l’a décrit Asia-Plus.

Un symbole des relations entre Iran et Tadjikistan

Le tunnel « Istiqlol » a été inauguré en 2006 par le président tadjik Emomalii Rahmon, en présence du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Ce tunnel a été présenté comme le symbole, non seulement des liens diplomatiques entre les deux nations, mais aussi de leur fraternité civilisationnelle.

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Les Tadjiks sont en effet un peuple perse, et leur langue est considérée comme un dialecte oriental du persan. Ils sont cependant de religion essentiellement sunnite, contrairement aux Iraniens chiites. Comme le rappelle Radio Ozodi, en plus du tunnel d’Anzob, l’Iran a également investi dans la centrale hydroélectrique de Sangtuda 2, à hauteur de 180 millions de dollars (159,4 millions d’euros).

D’après le média russe Fergananews, les relations entre l’Iran et le Tadjikistan se sont considérablement refroidies suite à la présence de Muhyiddin Kabiri, dirigeant du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan (PRIT) à une conférence de haut niveau tenue à Téhéran, capitale de l’Iran, en décembre 2015. Ce parti est interdit au Tadjikistan, et malgré cela, son dirigeant a pu rencontrer officiellement l’Ayatollah Ali Khamenei, guide de la Révolution islamique d’Iran.

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Pour autant, lors de cette même conférence CICA, le président tadjik a affirmé que le Tadjikistan était « la deuxième maison » de l’Iran. Une déclaration forte suivie des faits, avec le co-financement du tunnel d’Anzob. La tentative de reprise des relations entre les deux pays est en marche.

Magomed Beltouev
Rédacteur pour Novastan

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L’intérieur du tunnel d’Anzob, surnommé « le tunnel de l’horreur », en 2012.
Flickr/Julian-G. Albert
L’entrée du tunnel « Istiqlol » en 2015.
Amirsaniei
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