Rustam Emomali

Rustam Emomali a officiellement pris ses fonctions de maire de Douchanbé

Partager avec

Le Président tadjik Emomalii Rahmon a signé un décret portant sur la nomination de son fils aîné Rustam Emomali à la fonction de maire de Douchanbé, capitale du Tadjikistan. Il a pris ses fonctions le 12 avril dernier. Jusqu’à présent, Roustam Emomali était maire par intérim.

Novastan reprend et traduit ici un bref inventaire des tâches auxquelles devra s’atteler le nouveau maire publié par le site tadjik Asia-Plus.

Un décret intitulé « Nomination de Rustam Emomali à la Mairie de la ville de Douchanbé » a été publié le 4 avril selon le site de la mairie de Douchanbé. Il concerne la prise de fonctions officielles du fils du président Emomalii Rahmon, Rustam Emomali.

Lire aussi sur Novastan : Tadjikistan : le fils aîné du président devient maire de Douchanbé

Après la nomination de Rustam Emomali à la tête de la mairie de Douchanbé, la rédaction d’Asia-Plus a tenté de relever les problèmes auxquels la nouvelle administration devra s’attaquer en priorité. Ils ne datent pas d’hier mais n’ont encore jamais été résolus. Certains, comme le transport public, ont d’ores et déjà été pris à bras le corps par la mairie, et les résultats sont déjà visibles.

Sauvegarde du patrimoine

Interrogés par Asia-Plus, les habitants de la capitale ont évoqué une difficulté majeure : le plan général de Douchanbé. Ces derniers considèrent qu’il n’est trop tard ni pour réunir des experts, ni pour lancer une plateforme de « discussion citadine » et élaborer un nouveau plan de développement urbain.

Lire aussi sur Novastan : Tadjikistan : à Douchanbé, les autorités rasent la culture soviétique

Malgré la pression de la société sur l’ancienne administration de la ville pour qu’elle revoie sa décision de raser les édifices historiques, les démolitions se poursuivent. Le nouveau maire Rustam Emomali applique les politiques de ses prédécesseurs et a décidé la destruction du bâtiment du Khoukoumat (organes locaux du pouvoir exécutif) et des édifices voisins.

Lutter contre le commerce informel

Cela fait dix ans déjà que la mairie de Douchanbé a pris un arrêté interdisant aux commerces ambulants de s’installer dans certaines rues de la ville. La décision s’applique désormais à l’ensemble des rues de la capitale. L’arrêté a été mis à jour, complété, détaillé et de nouveau consolidé par de nouvelles dispositions afin qu’il soit appliqué par toutes les structures locales subordonnées. Malheureusement, le problème persiste. Les contrôles de police prévus par cet acte, organisés ou spontanés, n’ont pas donné de résultats concluants.

Selon les spécialistes, cette inefficacité tient au manque de mécanismes permettant l’application de l’arrêté municipal. En pratique, il existe des organes de police et des polices de quartier chargés de réprimer le commerce informel, mais les forces de l’ordre ne veulent pas réellement prendre en charge cette tâche, soit parce que cela ne les intéresse pas, soit parce qu’elles ne savent pas comment s’y prendre.

Mais on note tout de même des changements depuis l’arrivée du nouveau maire, en particulier dans les espaces attenants aux marchés. Aujourd’hui, il est pratiquement impossible d’apercevoir des chariots vendant des légumes ou des lepioshka (pains traditionnels d’Asie centrale) à l’entrée des bazars.

Bazar Douchanbé

Le « marché vert » de Douchanbé

Les nouveaux « laveurs de tapis »

Dans les années 1990 au moment de la guerre civile, la capitale a vu déferler une vague de populations rurales. Durant cette période marquée par les difficultés, il n’y avait encore ni contrôle ni suivi des normes de résidence pour les nouveaux citadins. Lors des premières années d’indépendance, les nouveaux habitants de Douchanbé, arrivés à la capitale avec leur mentalité, leurs habitudes, leurs mœurs et leur bétail comme animaux domestiques ont commencé à reléguer au second plan le mode de vie urbain.

Puis sont arrivées la deuxième et troisième génération de « nouveaux Douchanbéens », facilement identifiables : ils lavent très régulièrement leurs tapis dans les cours ou mettent sans raison de la musique très fort dans les transports. Les entrées de maison ainsi que les passages souterrains sont très sales, les cours sont sens dessus-dessous, les poubelles jetées par les fenêtres et les déchets éparpillés sur les trottoirs. Les contrôles de police et les différents arrêtés pris par la précédente administration municipale pour lutter contre l’insalubrité se sont révélés inefficaces.

De l’avis des personnes interrogées, en dehors de la résolution des problèmes liés au logement, il est indispensable d’améliorer le système de recensement et d’enregistrement des nouveaux habitants venus des différentes régions du pays.

Et pourtant, rien n’a encore été vraiment entrepris jusqu’à présent pour venir à bout de ces difficultés. Mais à chaque jour suffit sa peine, le problème des laveurs de tapis finira bien par être résolu.

Les micro-districts à vau-l’eau

Les interruptions du service d’approvisionnement en eau froide dans les micro-districts de la capitale sont un autre problème de taille qui affecte Douchanbé. De plus, les habitants pointent du doigt la mauvaise qualité de l’eau fournie.

« Entre mai et novembre, l’eau n’est accessible qu’aux trois premiers étages des bâtiments », confie un des habitants du micro-district Ispechak. « Dans la cour de l’immeuble, déclare le vieil homme, il y a un robinet qui fournit de l’eau, il crée un microcosme : les gens s’en servent pour refroidir les melons et les pastèques ou laver les tapis. Je me suis adressé au service d’entretien du réseau des canaux de Douchanbé pour résoudre ce problème mais il m’a demandé de l’argent. Et la situation n’a pas changé. »

Il y a quatre ans, un second projet pour l’alimentation en eau de la capitale était mis en œuvre avec le soutien financier de la Banque mondiale. Selon cette institution, le bilan du premier projet, qui représentait plusieurs millions de dollars, n’avait pas été concluant.

Précisons que son coût total (2002-2011) s’était élevé à environ 27,5 millions de dollars, dont 25 millions financés par la Banque mondiale et 2,5 millions par le gouvernement tadjik. Le second projet (2011-2016), lui, a requis 19 millions de dollars : 16 millions fournis par les organisations internationales pour le développement de la Banque mondiale, les 3 millions restants par la mairie de Douchanbé.

Lire aussi sur Novastan : « Le problème principal n’est pas l’eau » : comment le Kirghizstan et le Tadjikistan se partagent les rivières frontalières

Selon les habitants de la capitale, l’ancienne administration municipale n’avait pas pu garantir la transparence des dépenses. Ils espèrent bientôt comprendre comment et à quelles fins l’entreprise d’État Canal de Douchanbé a dépensé cet argent et savoir quand tous les micro-districts auront enfin accès à l’eau potable.

Les habitants demandent au pouvoir local de contrôler de près la distribution d’eau et de fournir toutes les maisons, en particulier les nouvelles constructions, ce qui est loin d’être le cas à l’heure actuelle.

Les populations interrogées considèrent également que le nouveau maire doit en finir avec la corruption organisée dans toutes les structures et les secteurs administratifs de la ville, de l’administration municipale aux petits employés de bureau dans les services de gestion et d’exploitation pour le logement dans les micro-districts.

Monument à Ismail Somoni

Monument à Ismail Somoni à Douchanbé

Le problème de la jeunesse

Il y a quatre ans, l’ancien maire Makhmadsaïd Oubaïdoulloïev ordonnait de remplacer par de jeunes enseignants une quarantaine de directeurs d’écoles sur les cent quarante en fonction. Une mesure qui n’a pas résolu les problèmes du système d’enseignement dans la capitale.

L’éducation de la jeunesse doit absolument faire l’objet de toutes les attentions. Des bagarres de masse entre écoliers, souvent mortelles, se produisent régulièrement.

Il faut absolument donner aux jeunes la possibilité de recevoir une éducation secondaire, de ne pas être exclus du système éducatif, c’est la clé de la réussite.

En outre, il faut absolument améliorer la réputation de l’enseignement secondaire professionnel et le prestige des professions manuelles.

Une refonte complète du système ?

Selon les habitants de Douchanbé, de nombreuses décisions de l’ancien maire Oubaïdoulloïev ont été prises de manière expéditive. Le maire énonçait la marche à suivre mais la mise en œuvre était avortée. Par exemple, la ville n’a pas su se débarrasser durablement des fours à kebab, les trafics de rue continuent, etc.

Les spécialistes estiment qu’il faut changer complètement le système : il faut réduire au minimum les décisions à l’emporte-pièce et les confronter scrupuleusement et de manière détaillée à l’avis et aux estimations des experts. Plus important encore, la mise en œuvre de ces décisions doit s’accompagner de mécanismes d’application concrets, elle ne doit plus se réaliser plus par le biais de la corruption et des accointances avec des personnes haut placées.

Les experts pensent que la ville de Douchanbé a besoin d’un comité social et économique efficace, placé sous la direction du maire, qui représenterait les PME, la sphère de la santé et de l’éducation, de la culture, du sport et des médias. Ce groupe proposerait exclusivement des stratégies de développement de la ville afin de résoudre les problèmes de fond.

Rappelons que le budget de la capitale tadjike a augmenté de 60 millions de som cette année (environ 823 000€). La part des recettes municipales devrait grossir grâce à la collecte des impôts. Les dépenses municipales, elles, seront également augmentées à hauteur de 43 millions de som (environ 590 000€).

Asia-Plus
Traduit du russe par Pablo Garcia

Le « marché vert » de DouchanbédcJohn
Monument à Ismail Somoni à DouchanbéRobert Wilson
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *