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Tadjikistan : la construction de la centrale hydroélectrique de Rogun se poursuit malgré le coronavirus

Malgré la pandémie actuelle de Covid-19, la construction de la centrale hydroélectrique de Rogun semble se poursuivre. Une fois entièrement réalisée, il s’agira de la plus grande centrale hydroélectrique de toute l’Asie centrale, transformant le Tadjikistan en pays exportateur d’électricité. Toutefois, si le gouvernement tadjik est confiant en ce qui concerne l’avancée des travaux, d’autres voix adoptent un ton plus pessimiste, évoquant de possibles retards liés au Covid-19 ainsi qu’à des problèmes de financement.

En dépit de la situation de pandémie actuelle, la construction de la centrale hydroélectrique de Rogun ne semble pas être perturbée actuellement, selon un article du média tadjik Asia-Plus datant du 21 mai dernier. Ce projet, déjà plusieurs fois évoqué sous l’ère soviétique, représente un investissement gigantesque.

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Une fois terminé, il devrait doter le Tadjikistan du plus haut barrage du monde, d’une hauteur de 335 mètres, mais aussi et surtout permettre au pays d’accroître considérablement sa production électrique, réduisant ainsi sa dépendance envers les pays étrangers. Le projet est cependant sujet à des retards, notamment dus à un manque d’investissements. La pandémie actuelle, malgré les assurances du gouvernement, ne fait qu’augmenter les craintes à ce sujet. 

Un projet de longue date 

Le projet de la centrale de Rogun n’est pas récent. La première idée du projet est née en 1932. Les travaux préparatoires de la centrale hydroélectrique de Rogun sur la rivière Vakhch ont quant à eux commencé en 1976. L’avancée des travaux était prometteuse. Au début des années 1990, 21 kilomètres de tunnels étaient déjà creusés, tandis que le lit de la rivière Vakhch était bloqué par un pont temporaire. Cependant, avec l’éclatement de l’URSS le projet a été mis veille, puis totalement oublié à la suite de la guerre civile tadjike (1992-1997), indique Asia-Plus

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La construction a finalement repris en 2016. La société italienne Salini Impregilo a été désignée comme maître d’œuvre du projet, surveillée de près par la Banque mondiale. Deux unités hydrauliques sur les six prévues sont opérationnelles, la première a été mise en service en novembre 2018, la seconde en septembre 2019. 

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La production d’électricité à la centrale est prometteuse. En 2019, la production du barrage a été de 840 millions de kilowattheures (kWh) selon le ministère de l’Énergie et des ressources en eau, indique Asia-Plus. Cela représente un peu plus de 4 % de la production totale d’électricité de l’année dernière au Tadjikistan.

De hautes ambitions énergétiques pour le Tadjikistan

Lorsque la construction du site sera terminée, normalement à l’horizon 2033, le Tadjikistan sera équipé de la plus grande centrale hydroélectrique d’Asie centrale. Cette dernière disposera de six unités hydrauliques d’une capacité de 600 mégawatts (MW) chacune et sera capable de générer plus de 17 milliards de kilowattheures d’électricité par an.

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Le Tadjikistan pourrait ainsi passer du statut de pays importateur d’électricité, où une limite de consommation d’électricité est introduite en hiver, à celui de plus grand exportateur de la région. 

La question du financement devient de plus en plus importante

L’envergure de ce projet est colossale. 28 milliards de somonis (environ 2,5 milliards d’euros) ont été investis dans cette centrale depuis le début de sa construction, rapporte Asia-Plus. Les demandes financières du projet sont considérables. Le gouvernement tadjik est par ailleurs actuellement en discussion avec les entreprises ukrainiennes Turboatom et Elektrotyazhmash concernant l’achat de l’équipement à installer dans les prochaines unités à construire. 

La question du financement est cependant de plus en plus pressante. Les autorités souhaitent continuer à financer la construction de la centrale hydroélectrique cette année au rythme prévu. “En 2020, le financement doit être poursuivi conformément au calendrier du projet convenu. On prévoit qu’en 2020-2022, ses volumes s’élèveront à 1,1 milliard de dollars” (environ un milliard d’euros), a déclaré une source du gouvernement à Asia-Plus. Cependant, ces efforts ne semblent pas suffisants. Le ministère des Finances a confié au média tadjik que le financement de la construction a été en réalité considérablement réduit par rapport aux années précédentes. “Le financement annuel a atteint cinq milliards de somoni. Cette année, la construction de la station ne se fait qu’à l’aide des 2,1 milliards de somoni prévus à cet effet”, soit environ 190 millions d’euros. 

Un financement uniquement national n’est pas viable. « Le déficit budgétaire restera élevé à moyen terme en raison de la mise en œuvre d’un grand projet de construction de la centrale hydroélectrique de Rogun, qui entraînera une croissance insoutenable de la dette « , a déclaré le Conseil d’administration du Fonds monétaire international dans un communiqué

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Les investissements étrangers sont désormais acceptés. “Il n’est pas possible de construire une installation aussi grande que la centrale hydroélectrique de Rogun uniquement grâce au financement budgétaire”, a déclaré le ministre des Finances Abdousalom  Qourboniyon. En février dernier, la Banque nationale du Tadjikistan s’est notamment déclarée prête à attirer des investissements étrangers réguliers, indique Asia-Plus.

Des perspectives incertaines et contradictoires dans le contexte de pandémie de Covid-19

Les avis divergent concernant l’avancée des travaux, principalement en raison du contexte sanitaire actuel. Roustam Koudratov, député de l’Assemblée Suprême du Tadjikistan et président du Parti des réformes économiques, a affirmé à Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe, le 28 avril dernier, que Rogun pourrait légèrement souffrir de la propagation de la pandémie, mais pas considérablement.

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“La construction avance, des fonds ont été trouvés pour d’autres centrales hydroélectriques. Je pense que la crise n’affectera pas beaucoup la construction et, bien sûr, elle continuera. C’est la construction du siècle”, a-t-il déclaré. 

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Pour d’autres en revanche, la pandémie de Covid-19 aura une influence considérable sur l’avancée des constructions. Les financements et la main-d’œuvre qualifiée pourraient venir à manquer. Pour le chercheur italien Filippo Menga, le projet de Rogun ressentira fortement les conséquences de la propagation du Covid-19, rapporte Radio Ozodi. Selon ce dernier,  le plus grand risque est le manque d’investissement pour remplir les obligations financières envers l’entreprise Salini Impregilo. “Le principal risque est le manque de fonds, ce qui peut obliger le gouvernement à annuler le contrat avec l’entreprise et il devra alors payer une lourde pénalité pour sa résiliation « , a-t-il déclaré. 

Tanguy Martignolles
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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La construction de la centrale hydroélectrique de Rogun, au Tadjikistan, semble pour l’instant se poursuivre malgré la pandémie de Covid-19.
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