Tadjikistan : la polygamie de retour

Après cent ans d’absence, la polygamie réapparait au Tadjikistan redevenu indépendant. En principe, ce n’est pas un phénomène nouveau dans la république. Il a persisté dans les régions rurales à prédominance musulmane, même au cours de ces 70 ans, alors que l’Union soviétique avait mis en place une idéologie stricte à dominante laïque, qui reste imprégnée dans la loi jusqu’à à ce jour. Mais alors que la polygamie était encore assez rare, de tels mariages ont été prononcés en secret par des personnes qui vivaient une double vie.

La polygamie est un problème réel dans la société Tadjike. Elle est devenue un phénomène tellement courant que, selon certains experts, la meilleure option serait sa légalisation. La tradition de la polygamie a connu une véritable résurgence depuis 1991. Avant cela, les autorités soviétiques réagissaient de façon sévère à cet état de fait, la considérant comme une relique d’un passé à effacer.

Après l’effondrement de l’Union soviétique dans les années 1990, la guerre civile a éclaté. Elle est soupçonnée d’avoir coûté la vie à 100 000 personnes, des hommes en majorité. Dans la période d’après-guerre, près d’un million de Tadjiks ont émigré en Russie pour y travailler, selon les données fournies par des sources gouvernementales en Russie et au Tadjikistan. En conséquence, dans un pays avec une population d’environ 7,5 millions de personnes s’est formé un énorme déséquilibre entre le nombre d’hommes et de femmes.

En utilisant cette inégalité, les hommes ont commencé à pratiquer ouvertement la polygamie en la justifiant par des préceptes du droit islamique et par le fait que les femmes ont besoin de trouver un partenaire. Il est dit, au Tadjikistan, que, de nos jours, dans presque tous les bâtiments de Douchanbé vous pouvez trouver au moins une famille polygame. Et les clans familiaux sans exemples corroborant cette idée sont rares.

« Ces filles ont besoin d’un mari, ou leurs familles seront déshonorées – affirme l’ingénieur Ali Fidhum, qui vit dans la capitale. Notre religion ne l’interdit pas, si j’ai un emploi et que je suis également fidèle aux deux épouses de la famille. Ma deuxième femme est reconnaissante envers moi. Et les femmes elles-mêmes doivent être reconnaissantes. « 

Cependant, toutes les femmes concernées ne remercient pas leurs époux.  Il y a onze ans, Gulia Ismailova était mariée, mais apprit après un certain temps que son mari avait pris une deuxième épouse. Selon Gulia, le second mariage a humilié sa famille et l’a privée d’autorité aux yeux de ses enfants.

« A la maison, il essaie tourner nos enfants vers sa nouvelle épouse, parce que je ne pouvais pas la supporter, raconte Ismoilova. Ce sont mes enfants, et il les veut loin de moi. Et je ne peux rien faire. Dans un premier temps, mon mari m’a dit que je ne pouvais pas travailler, maintenant  il ne me laisse pas quitter la maison sans sa permission.« 

Ismoilova a essayé de demander de l’aide à un groupe défendant les droits des femmes, mais il n’a pas pu lui fournir une solution viable. Gulia ne va nulle part : son seul contact proche à Douchanbé est sa mère, âgée, qui vit sur une maigre pension. Gulia se dit elle-même « esclave. Vivre en société, c’est la souffrance. »

La polygamie au Tadjikistan: des vacances pour les hommes et une façon de survivre pour les femmes? La dépendance économique rend les femmes vulnérables alors même que les autorités tadjikes commencent à s’accorder sur le statut de «seconde épouse».

A la recherche de la sécurité sociale et économique, de nombreuses femmes tadjikes sont d’accord sur le statut de «seconde épouse», qui constituerait un mariage réel avec des hommes mariés. En réalité, la seconde épouse ne bénéficie pas nécessairement d’une protection, et se retrouve à la merci des hommes.

Dilnoza NIGMONOVA
Rédactrice en Chef pour le Tadjikistan
Etudiante au département des études Européennes à l’Université Américaine en Asie centrale, Bichkek, Kirghizstan

Relu par Florian COPPENRATH


Bibliographie:

1. Au choix : deuxième épouse ou prostituée. La polygamie prospère au Tadjikistan en raison du déficit d’hommes, qui émigrent en masse pour échapper à une pauvreté galopante //http://www.courrierinternational.com/article/2011/11/10/au-choix-deuxieme-epouse-ou-prostituee

2. Многоженство в Таджикистане // http://news.tj/ru/newspaper/article/mnogozhenstvo-v-tadzhikistane

3. Многоженство в Таджикистане становится нормой  http://www.dw.de/dw/article/0,,14897353,00.html

4. http://www.report.kg/ussr/13805/ , http://tjknews.com/?p=2846 (images)

5. http://nm2000.kz/news/2009-08-15-19319

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