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Tadjikistan : Une ONG veut former les femmes à être guide de trek

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L’association franco-tadjike Women Rockin Pamirs veut former des jeune femmes à devenir guide dans le Pamir, l’un des massifs les plus hauts du monde. L’association donne de nouvelles opportunités aux femmes dans une des régions les plus pauvres du Tadjikistan. Novastan a pu rencontrer Christine Oriol, 32 ans,  la fondatrice.

Former des guides de montagnes exclusivement féminins au Tadjikistan, c’est la vocation de l’association Women Rockin’ Pamirs (« les femmes font bouger le Pamir). C’est en 2015 que débute l’aventure. Cette année-là,  Christine Oriol est en pleine rédaction d’un guide de trekking sur le Pamir, massif doté de pics de plus de 7000 mètres de haut, et recherche des jeunes femmes qui veulent bien l’accompagner tout un été en excursion. Se déplacer dans le massif du Pamir est loin d’être une promenade de santé. La chaîne de montagnes, l’une des plus hautes du monde et majoritairement située au Tadjikistan, attire malgré tout des aventuriers tout au long de l’année.

Grâce à la Pamir eco-cultural tourism association (PECTA) elle rencontre deux jeunes femmes avec qui elle part randonner. Le trek s’étant très bien passé, « nous sommes toutes rentrées vivantes » souligne t-elle avec humour, le directeur du PECTA lui demande alors si elle accepte de revenir pour former des jeunes à la montagne.  « Je ne pense pas qu’il s’attendait à ce que nous prenions sa demande au pied de la lettre » raconte-t-elle. « Nous sommes revenues à l’été 2016 avec deux formatrices françaises, dont une vivait au Tadjikistan, et avec de l’équipement, afin de proposer à des jeunes femmes une formation de 3 semaines ».

Une initiative devenue association 

Dès lors, cette initiative s’est transformée en association qui est devenue officiellement en janvier 2018 une organisation non gouvernementale (ONG) en France. Women Rockin’ Pamir est aussi connue au Tadjikistan sous le nom de « Zanon Dar kuhhoi Pomir » (Les femmes sur les montagnes du Pamir). Christine Oriol explique que l’association ne fonctionne que par du bénévolat, tous les membres travaillant, y compris les professionnels, sans retour financier. « En 2016 nous avons réalisé une campagne de crowdfunding afin de financer le matériel et les frais de formation sur place. Nous faisons en ce moment des demandes de subventions afin de pouvoir payer, cet été, des formateurs. Enfin nous avons une page Helloasso afin de recevoir des donations qui ne représentent, pour le moment, qu’une partie infime du budget nécessaire à la formation », décrit-elle.

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« L’équipe est pour le moment divisée en deux, d’un côté nous avons les femmes tadjikes en formation à Khorog, de l’autre nous avons l’équipe française qui se compose d’un  petit noyau d’une dizaine de personnes intéressées et motivées par le projet » explique-t-elle. « L’association essaye de privilégier au maximum une approche internationale sachant que les femmes au Pamir parlent anglais et sont formées à travailler avec des touristes qui, dans leur immense majorité, parlerons aussi l’anglais ». Pour l’instant, toutes les femmes qui suivent la formation sont des étudiantes en tourisme mais « ce n’est pas une condition sine qua non », souligne la fondatrice de l’ONG.

S’ouvrir à des treks commerciaux pour continuer à former les femmes tadjikes

L’un des objectifs principaux de l’ONG actuellement est d’assurer la durabilité financière de son projet. Pour ce faire, l’association souhaite développer des séjours de treks qui seront commercialisés par la branche française. « Nous proposerons 4 séjours dont tous les bénéfices seront reversés à l’association au Tadjikistan afin de financer les formations et l’équipement », décrit Christine Oriol. Ces treks permettront aussi à la « première promotion » formée, composée de 5 femmes, de mettre en pratique ce qu’elles ont appris.

Plus largement, l’association souhaite développer des formations sur trois ans qui se concluront par une initiation à l’alpinisme « De nombreux treks passent par des glaciers en altitude. Or, pour l’instant les guides pamiris ne sont pas au fait des risques que représentent les glaciers et les mesures de sécurité à adopter », s’inquiète la fondatrice de Women Rockin’ Pamirs. L’ONG met donc un point d’honneur à ce que ses guides soient parfaitement formées afin d’éviter le moindre incident.

En parallèle, Women Rockin’ Pamir va proposer cet été à onze adolescentes issues de villages pamiris un camp, autant de vacances que de formation, afin de susciter des vocations dans une région où les demandes de treks dépassent le nombre de guides disponibles. «  La formation se fera par des jeux, de l’orientation, du bivouac. Tout cela ayant pour but de soulever des vocations chez certaines jeunes filles afin de les intégrer plus tard au processus de formation »  explique Christine Oriol.

Faire évoluer la place des femmes au Tadjikistan

À la question « Pourquoi ne former que des femmes et non des hommes ? » Christine Oriol répond simplement : « Dans les Pamirs, si on cherche un guide, le guide sera forcément un homme, souvent sans formation, mais qui pourra prétendre à ce rôle simplement parce qu’il est un homme. L’idée derrière notre projet est de pouvoir donner ces mêmes possibilités à des femmes qui d’une manière traditionnelle, consensuelle, sont interdites d’exercer ce type de métiers ».

Enfin, l’objectif de ce projet est de donner aux femmes du Pamir des opportunités de carrière qu’elles n’auraient pas pu connaître dans cette région, l’une des plus pauvres du Tadjikistan.

Propos recueillis par Augustin Forissier
Rédacteur pour Novastan à Bichkek

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Arrivée en Juillet 2017 de l’expédition au lac Oykul et fin du trek de formation
Malika Khorazmshoeva
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