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Tadjikistan : une régate sur le toit du monde

Le lac Karakul au Tadjikistan a accueilli pour quatre jours un évènement autour de la voile. Une opportunité rare en Asie centrale, sur un des lacs les plus hauts du monde.

La voile n’est pas un sport commun en Asie centrale. Cher, nécessitant un développement important et très peu médiatisé, ce sport a pourtant un grand potentiel dans la région. Au Tadjikistan, l’association etc4CA a décidé de prendre parti des caractéristiques du lac Karakul, l’un des plus hauts du monde à 3900 mètres d’altitude (après le lac Namtso en Chine), pour faire parler de la voile et développer le tourisme dans le pays.

Pour la seconde édition de la Régate du toit du monde, Novastan.org a contacté par email Tony Nelson, l’administrateur d’etc4CA, afin d’en savoir un peu plus sur cet évènement atypique.

Comment êtes-vous arrivé au Tadjikistan ?

Je suis arrivé dans le pays en 2009 alors que je faisais un voyage entre Douchanbé et Astana par la « Pamir Highway ». Avec ma compagne nous avons vu le besoin d’améliorer la manière de faire des affaires en Asie centrale, nous avions plusieurs années d’expérience dans les affaires et nous avons pensé que nous pourrions apporter cela aux communautés de la région. Notre « business » est plus une entreprise sociale car nous réinvestissons l’ensemble de nos bénéfices dans le projet.

En tant qu’une organisation qui essaye d'équiper les Tadjiks pour faire du tourisme et faciliter les affaires, pourquoi avez-vous choisi d’organiser un événement sportif ?

Pendant plus de cinq ans nous avons travaillé à développer le tourisme de l’Est du Pamir, à la suite de notre premier voyage dans la région. Le secteur du tourisme est le second plus gros secteur économique dans le monde et pour beaucoup dans le Pamir c’est la seule source de revenus. Nous avons aidé à se développer trois entreprises d’organisation de tour pour les touristes et organisons des formations pour les guides et les managers de ces entreprises depuis trois ans déjà.

Nous pensons que le tourisme est un des meilleurs moyen de développement du Tadjikistan car l’argent du tourisme va directement dans la poche des différents acteurs – chauffeurs, maison d’accueil, nourriture – et offre peu de possibilité pour des ponctions venant des administrations ou des gros bras du pays, comme c’est souvent le cas.

L’idée la plus absurde qui soit : un évènement de voile en haute altitude

Nous cherchions pendant ce temps-là une opportunité qui pourrait suffisamment résonner dans un marché du tourisme sportif très compétitif. Jusqu’à ce que nous en arrivions à l’idée la plus absurde qui soit : un évènement de voile en haute altitude dans une des régions les plus éloignée des mers (et des villes…) et isolée du monde.

Régate toit du monde 2014 tadjikistan Karakul

Avez-vous eu des difficultés avec les autorités tadjikes pour organiser un tel événement ?

Les autorités tadjikes ont soutenu l’initiative de la Régate du toit du monde après que nous leur ayons expliqué, et ils n’ont vraiment pas posé de problèmes. Ils ont émis une lettre d’invitation officielle pour l'événement, que nous avons obtenu grâce à des amis tadjiks basés à Douchanbé qui avaient des contacts directs avec le ministère du tourisme. Si nous avions essayé d’obtenir cela par la voix administrative, cela ne se serait jamais passé – trop d’obstacles administratifs. Faire des affaires au Tadjikistan est difficile à cause des nombreuses couches d’administrations locales voulant chacune trouver leur intérêt. C’est pourquoi nous avons choisi d’organiser cet événement avec des locaux, ce qui est plus facile que de faire des affaires directement en tant qu’étrangers.

Aviez-vous des participants tadjiks sur la régate de l’année passée ? Comment ont réagi les habitants du lac à la régate ?

En 2014, nous avions un participant tadjik et sept étrangers. Le participant tadjik avait fait de la voile auparavant et était motivé pour participé à l’édition de cette année mais il avait malheureusement d’autres obligations à ce moment-là. Donc cette année il n’y aura que des étrangers sur le lac. Cependant sur les activités que nous organisons sur les bords du lac, nous avons plus de 300 habitants des villages sur les berges du lac Karakul qui prendront part aux festivités.

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Les habitants du village ont été très étonnés et impressionnés par la régate sur leur lac l’année passée. Le lac est un endroit effrayant pour la plupart des villageois et ils ne réalisent pas son potentiel. Leur expérience des bateaux sur le lac est très limitée et la plupart n’utilise pas de voile. Nous les engageons dans la régate pour organiser le festival avec toutes les activités sur les berges, d’approvisionnement en nourriture et en boissons, mais aussi des activités sportives avec des tournois de volley-ball. Nous leur faisons essayer le kite-surf lors de la dernière journée de la régate.

Comment voyez-vous l’avenir de la Régate du toit du monde ?

C’est déjà notre seconde édition. Nous avons réalisé que nous avions quelque chose de spécial mais l’année dernière, lors de la première édition, nous n’avons que très peu fait de campagne marketing autour de l'événement. Cette année nous avons déjà plusieurs partenaires et une équipe média bien plus grosse et prête à pousser notre histoire bien plus loin. Nous sommes déjà en train de planifier la Régate de 2016 et on pense aussi à un organiser un événement de snow-kiting sur le lac glacé au mois de février. Nous pensons également à organiser un x-triathlon.

Que pensez-vous du développement des sports d’aventure au Tadjikistan ? Est-ce un secteur tendance du tourisme pour ce pays ?

Nous pensons vraiment que les sports d’aventures sont l’avenir du tourisme au Tadjikistan. La plupart des voyageurs sur la Pamir Highway sont déjà des âmes aventureuses. Ajouter des sports extrêmes à leur expérience de la région pourrait être une grande valeur ajoutée pour l’économie locale. Les chemins de traverse sont une évidence pour les touristes venant au Tadjikistan, l’un des derniers endroits où il y a encore des pics où l’homme n’a pas mis le pied. Exceptionnel.

La rédaction



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