Tajikistan : Internet et les télécommunications bientôt sous contrôle ?

Au Tadjikistan, le service gouvernemental pour les communications a annoncé le lancement du Centre de commutation unique le 4 novembre 2016. Cette initiative témoigne d’un durcissement politique dans le pays.

La rédaction de Novastan, sur la base d’un article paru sur Radio Oziodi, décrypte l’évolution de la répression dans le domaine numérique dans le pays le plus pauvre d’Asie centrale.

Le 4 novembre, le représentant du service tadjik pour les communications, Alikhon Beknazarov, a annoncé que tout l’équipement nécessaire à ce nouveau Centre avait été importé de l’étranger. Ce nouveau Centre de commutation unique fonctionne pour le moment en phase de test.

Début 2016, le Président tadjik, Emomali Rakhmon, a signé un décret portant sur la création du Centre de commutation unique. Il y est stipulé que, jusqu’à la fin de l’année 2016, tous les opérateurs téléphoniques et fournisseurs d’accès à Internet du pays seront obligés de passer par la nouvelle structure pour proposer leurs services.

Renforcer la sécurité nationale et la sécurité des informations, contrôler le « marché gris » et les conversations téléphoniques : telles sont les raisons officielles de la création du Centre. Mais des experts affirment que le Centre de commutation unique permet surtout aux autorités de couper des liaisons téléphoniques et connexions Internet précises en cas de nécessité.

Pour de nombreux spécialistes, en dépit des déclarations officielles des autorités tadjikes, le Centre va, en réalité, affaiblir la sécurité du pays. Dans un entretien télévisé, Parvina Ibodova, présidente de l’association des fournisseurs d’accès à Internet, s’est interrogée : « De quelle manière le fait que tous les fournisseurs d’accès à Internet et tous les opérateurs de téléphonie mobile soient rattachés à un seul réseau pourrait-il être bénéfique ? » Selon elle, une menace extérieure, par exemple une cyberattaque dirigée contre le réseau de l’opérateur Tadjiktelecom, toucherait tous les autres opérateurs. « Le pays entier serait alors privé de réseau », a affirmé l’experte.

Les spécialistes craignent aussi que la monopolisation du marché entraîne une baisse de la qualité. L’entreprise publique de télécommunications à partir de laquelle a été créé le Centre n’entre même pas dans la liste des cinq meilleurs fournisseurs, malgré l’appui de l’État. La création d’un Centre unique requiert de nombreuses dépenses ainsi que l’achat et l’installation d’un équipement particulier pour un minimum de 50 millions de dollars. Ce sont vraisemblablement les utilisateurs du commun qui devront régler la note.

C’est Begou Joukhourovou, à l’époque ministre adjoint du transport au Tadjikistan, qui a eu l’idée de créer ce Centre. Il y a 10 ans, le gouvernement tadjik, sous la pression internationale, avait abandonné l’idée. Mais Begou Joukhourovou, actuel chef des télécommunications dans le pays, a tout de même fini par parvenir à ses fins.

Article traduit du russe par Alexia Choffat pour Novastan

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