Montagne Alpinisme Tadjikistan Sport Extrême

Trois lieux du tourisme extrême au Tadjikistan

Pays extrêmement montagneux, le Tadjikistan réserve quelques endroits particulièrement risqués.

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par Asia-Plus.

Le tourisme extrême attire de plus en plus au Tadjikistan. Le pays le plus pauvre d’Asie centrale est aussi l’un des plus montagneux. Comme l’affirme Asia-Plus : « Les bains de soleil ou les trempettes paresseuses dans les eaux tièdes des lacs de Nourek et Karakoum, c’est pour les fillettes ».

En août débute la saison du plus extrême d’entre eux : l’alpinisme de haute montagne. Et bien d’autres « divertissements » existent, qui frisent avec le danger de mort.

Rafting sur le Mouksou

Le Mouksou, c’est l’Everest pour les amateurs de rafting. Des foules de touristes en quête de sensations fortes débarquent chaque été à Djirgatol, dans le nord du pays, avec leurs catamarans et leurs radeaux pneumatiques pour dompter la rivière. Sa célébrité, il la tient de sa vitesse, avec 100 mètres à la seconde en moyenne, mais aussi de sa source, située sur le glacier Fedtchenko, à 2707 mètres d’altitude. Le Mouksou a toujours occupé une place de choix dans la liste des cours d’eau les plus difficilement navigables.

Le défi est si grand que, malgré l’énorme gain de popularité que le torrent a acquis depuis les années 1980, on trouve encore moins de touristes l’ayant dompté que de voyageurs ayant exploré l’espace. Il n’est d’ailleurs pas rare que l’expérience se termine tragiquement, le Mouksou ne pardonnant aucune erreur. En 1987, un groupe de douze sportifs professionnels, originaires de Moscou, s’y est aventuré. Seuls sept en sont revenus.

Mouksou Rafting Tadjikistan Sport Extrême

Des morceaux de roches qui tombent

Pour comprendre l’importance du torrent et de sa conquête pour les touristes, il suffit d’entendre quelques bribes d’histoires qui composent sa légende. « Le soir tombait. On avait dû sortir le matériel d’alpinisme pour aller chercher du bois, et on avait installé la tente sur un minuscule bout de rocher sur la rive. On avait mangé et fini par s’assoupir. Pendant la nuit, il a commencé à pleuvoir, et des morceaux de roche s’étaient détachés en hauteur et tombaient sur nous… », explique un touriste cité par Asia-Plus.

« Essayez de vous imaginer le cadre enchanteur : huit joyeux clochards en casques de hockey, assis sur la pierre avec leur sac à dos comme protection et qui, à tour de rôle, se retrouvent avec de l’eau jusqu’aux chevilles. Ils se serrent les uns contre les autres, tremblent, leurs dents claquent, ils essayent de se rouler dans leurs couchages complètement trempés. Au menu : averse, brumes et chutes de pierres. Ça y est, vous avez l’image en tête ? Et à votre avis, comment s’occupent-ils l’esprit ? Cela va de soi : ils chantent ! »

À la conquête du pic Ismail Samani

Au Tadjikistan, presque aucune saison d’alpinisme ne s’achève sans victime. L’un des sommets les plus dangereux est le pic Ismaïl Samani et ses 7 495 mètres d’altitude. Pourtant, malgré les risques, le pays accueille chaque année son nouveau lot de sportifs de l’extrême.

L’itinéraire débute aussi à Djirgatol, dans le nord du pays. Les alpinistes se dirigent ensuite vers le petit aérodrome local et se font déposer en hélicoptère dans la clairière de Moskvina, à 4 200 mètres d’altitude, où ils établissent leur camp de base. De là, les touristes se lancent à la conquête du toit de l’ex-URSS. Lorsqu’un groupe part, tous ceux qui restent en arrière dans le camp de base : impossible de contrôler la nature et ses phénomènes, et aucun alpiniste qui s’engage dans ce voyage ne sait s’il en reviendra vivant.

Ismaïl Samani Pic Montagne Tadjikistan Sport Extrême

Le pic Samani a également son lot de légendes. « Une avalanche est tombée des cimes sur la paroi. Par miracle, elle ne l’a pas emportée, ni Sacha, qui a été sauvé par un pic rocheux sur lequel il s’apprêtait à fixer un relais pour le groupe. En bas, personne ne répondait aux cris à cause des flexures dans la roche », raconte un alpiniste à Asia-Plus. « C’est Moskaltsov qui avait la radio. Impossible de communiquer avec l’extérieur… Rien pour bivouaquer… Pas de nourriture, pas d’eau, bien sûr, à 6 000 mètres d’altitude, et aucun matériel pour faire fondre la neige… Rien ! Seulement l’équipement emporté : des pitons, des relais et des mousquetons, qui devaient les mener au sommet, et la corde qui reliait son tapis de sol à son sac à dos ».

« Sacha n’avait pas la moindre idée du chemin du retour »

«  Sacha n’avait pas la moindre idée du chemin du retour, c’est Moskaltsov qui avait planifié et préparé l’itinéraire et connaissait les chemins à emprunter, de sorte que Sacha n’avait pas accordé beaucoup d’importance aux détails puisqu’il comptait rester en permanence au côté du chef du groupe. Et voilà qu’il n’était plus là pour prendre les choses en main. Sacha avait vaguement entendu au cours d’une conversation que la route du retour passait par un col voisin et se trouvait “là-bas quelque part”…

Prenant conscience de l’extrême précarité de sa situation (seul à 6 000 mètres d’altitude, sans couchage, eau ni nourriture), Sacha comprend qu’il n’atteindra pas le sommet. Toutes les ressources de son organisme, en ce compris sa lucidité d’esprit, sont altérées par l’instinct de survie. Et le voilà qui descend tant bien que mal la montagne, mené par sa seule intuition du trajet du retour.

La nuit était tombée. Sacha avait pu creuser une niche dans la neige, à peine plus qu’un trou, et s’était tapi dedans. Il avait protégé son dos avec le tapis de sol et s’était appuyé sur les murs de neige, assis sur son sac à dos. Ses genoux étaient transis de froid. Il avait déchiré deux bouts de son tapis de sol et s’en était enroulé les pieds. La soif le faisait souffrir, car à cette altitude, les réserves d’eau du corps s’épuisent très rapidement avec la vapeur présente dans chaque expiration. Et c’est dans ces circonstances, à moitié assis à 6 000 mètres d’altitude, sur le pic Clara Zetkin, que Sacha Koval, en proie aux hallucinations, au délire et à de courtes pertes de conscience, a passé la nuit du 26 au 27 juillet 1987. »

La chasse aux sangliers

L’eau et la montagne ne sont pas les seuls éléments extrêmes que compte le Tadjikistan. Parmi eux, on trouve la chasse au sanglier. L’un des lieux les plus populaires pour cette pratique est le hameau de Sari-Khosor, dans le district de Baldjouvon, dans le centre-ouest du pays. On en trouve ici en abondance, avec leurs camarades de jeux, les ours. Dans ce lieu perdu, il n’y a jamais eu de route à proprement parler, ce qui n’a pas arrêté les locaux à l’époque soviétique. D’abord, parce que les avions faisaient régulièrement la navette, et ensuite parce qu’on leur avait promis la construction d’une route.

Mais le bloc soviétique s’est effondré, et avec lui les rêves de route et d’aérodrome. Les habitants se sont donc trouvé un moyen de rejoindre leur habitation : le lit de la rivière Sourkhob, qu’ils continuent d’emprunter de nos jours. C’est ainsi qu’a débuté le véritable tourisme de l’extrême. En effet, 30 kilomètres séparent Baldjouvon de Sari-Khosor, et il faut quatre heures pour parcourir cette distance, car les véhiculent passent directement dans le lit du torrent.

30 kilomètres sur la Sourkhob pour accéder à la zone de chasse

Outre la route pour y arriver, le risque réside dans la chasse en elle-même. La population locale déteste les sangliers, qui abîment les récoltes, et accueillent à bras ouverts les chasseurs. Ils ne participent toutefois pas à la chasse : d’une part parce qu’ils sont musulmans et ne mangent pas la viande de porc, et d’autre part, parce que cette activité est dangereuse. Le poids d’une bête peut dépasser les 100 kilos, et en un mouvement de groin un individu adulte peut retourner autant de terre qu’une pelle italienne.

Il est particulièrement dangereux de s’aventurer près d’un sanglier blessé, de le menacer durant son repas ou de s’approcher d’une femelle et sa portée. Le mâle s’attaque à l’homme avec ses canines proéminentes, tandis que la femelle, renversant le chasseur, s’applique à le piétiner consciencieusement avec ses pattes antérieures.

Lilia Gaïssina
Journaliste pour Asia Plus

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Le Tadjikistan abrite quelques endroits particulièrement dangereux.
Asia-Plus
Rafting sur le Mouksou.
Asia-Plus / Discovery Central Asia
Une cordée se lance à la conquête de la montagne.
Asia-Plus / Discovery Central Asia
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *