Turkménistan Achgabat Émigration Massive

1,9 million de Turkmènes auraient quitté leur pays en dix ans

Le Turkménistan aurait vu 1,9 million de ses citoyens émigrer en dix ans, soit près du tiers de sa population.

C’est un exode de long terme. Selon des sources au sein du Comité d’État des statistiques citées par Radio Azatlyk, 1 879 413 citoyens turkmènes auraient décidé de quitter leur pays de façon permanente entre 2008 et 2018. Une information rare, puisque les données statistiques et résultats des recensements sont rarement, si ce n’est jamais, divulgués par les autorités turkmènes.

Cette étude intervient en amont du prochain recensement prévu en 2022, dix ans après le dernier dont les résultats n’avaient pas été publiés. Radio Azatlyk, la branche turkmène de Radio Free Europe, basé à Prague, affirme que ces données leurs ont été confirmées par trois sources dans diverses structures étatiques du Turkménistan, soulignant leur fiabilité.

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Selon les informations du média américain, deux anciens dirigeants du Comité national des statistiques du Turkménistan ayant participé directement à cette enquête sont sous contrôle spécial des autorités. Les contacts avec le monde extérieur de Lioudmila Amanniyazova et Ain Oraïev sont limités, car les résultats de cette étude sont explosifs.

Un flot de départs qui continue

Cette enquête sur l’émigration turkmène prend le soin d’exclure les sorties temporaires du territoire, pour ne compter que les départs qui s’avèrent permanents. Outre ces quasis 2 millions d’émigrés, le correspondant de Radio Azatlyk à Achgabat affirme que le flot des départs n’est pas tari. « La prochaine vague d’immigration est mûre. Et c’est très triste. Le pays est vraiment désert […]. Il n’y a pas assez de travailleurs dans les villes et villages. Comment expliquer les files d’attente systématiques pour l’obtention d’un passeport ? », décrit l’article.

Les pays de destination principaux sont la Turquie, la Russie et l’Ukraine. Les chiffres d’immigration de ces pays confirment la tendance d’une forte hausse de l’arrivée de turkmènes sur leur territoire. Selon le gouvernement turc, pour le seul mois de mars 2019, 23 000 Turkmènes sont venus du Turkménistan en Turquie. Un chiffre qui peut s’expliquer par le fait que la Turquie soit un des seuls pays où les Turkmènes n’ont pas besoin de visa. Le nombre de familles s’étant installée en Russie en provenance du Turkménistan augmente également selon les statistiques officielle. Selon le département des Migrations de la Fédération de Russie en 2018, le nombre de migrants originaires du Turkménistan dans la seule région de Volgograd a augmenté de 81% au cours de l’année.

Un déficit de perspective économique

L’une des principales causes de ce mouvement migratoire massif serait la forte détérioration de la situation économique du pays. Le taux de chômage est important et de nouvelles suppressions d’emplois sont à prévoir suite à la fermeture et à l’unification de ministères et de départements. Simultanément, les possibilités limitées pour les entreprises privées participent à cette détérioration. Pour endiguer le phénomène, Achgabat a pris des mesures pour limiter cette migration, sans grand succès cependant.

Turkménistan Achgabat City Park Vide

Le média spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News souligne qu’officiellement, les autorités du Turkménistan ne s’opposent pas à la migration. Cependant, officieusement, des obstacles sont créés pour les personnes souhaitant quitter le pays : les parents des travailleurs migrants qui restent chez eux subissent des pressions et le départ des étudiants désirant poursuivre leur cursus à l’étranger est aussi compliqué. Parallèlement, des obstacles bureaucratiques sont créés, y compris de nouvelles règles qui compliquent la vente de biens immobiliers. De fait, outre les résultats de l’étude, le marché immobilier turkmène est une indication du phénomène de migrations massives.

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Selon les correspondants d’Azatlyk sur place, les prix des appartements dans la capitale Achgabat ont baissé en moyenne de 30 %. Les prix sur le marché secondaire du logement au cours des trois dernières années ont chuté de moitié, la plupart des logements sont vendus par des personnes souhaitant quitter le territoire turkmène. Dans les villes secondaires du pays, la tendance seraient encore plus forte.

La rédaction

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Selon des données confidentielles, le Turkménistan aurait vu 1,9 millions de ses habitants émigrer en dix ans.
Bjørn Christian Tørrissen via Wikimedia Commons
La détérioration de la situation économique a poussé de nombreux citoyens turkmènes à émigrer.
Gilad Rom via Wikimedia Commons
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