Cuisine interne supermarché Turkménistan

Arnaques en série dans les supermarchés d’État au Turkménistan

Les supermarchés turkmènes, possédés par l’État, sont victimes d’intermédiaires aux marges faramineuses qui jouent avec le taux de change des produits importés. Le gouvernement ferme les yeux et les citoyens sont impuissants.

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement sur le média turkmène d’opposition Chronika.

Le système des supermarchés d’État au Turkménistan semble ne pas avoir évolué depuis l’époque soviétique. Ils sont toujours gérés par le ministère du Commerce, plus précisément l’un de ses départements, baptisé « Turkmenbakaleïa », qui se charge du commerce de gros et de détail.

Ces grandes surfaces vendent des produits laitiers, des pâtisseries, des sucreries, des huiles végétales, des boissons alcoolisées ou non, ainsi que des articles à base de papier (papier toilette, lingettes humides ou sèches) et de parfumerie (savon, shampoing, produits cosmétiques).

Jusqu’il y a peu, on y trouvait même, en quantités limitées, du tabac, mais les cigarettes ont désormais disparu des étalages.

Des intermédiaires qui en profitent

Toutes ces marchandises sont soit produites localement, soit importées. Dans ce dernier cas, Turkmenbakaleïa ne les achète pas directement mais passe par des entreprises intermédiaires extraterritoriales, qui acquièrent ces biens à l’étranger et les revendent ensuite au ministère du Commerce turkmène à un prix plus élevé.

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Les intermédiaires peuvent utiliser le taux de change public, ce qui leur permet de payer un prix 5 à 6 fois inférieur au prix du marché national en raison de la différence de taux de change. Les marchandises sont ensuite vendues aux clients au prix du marché ou légèrement moins cher. La différence est empochée par les intermédiaires.

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Les prix sont fixés par le ministère du Commerce sur base des informations fournies par le Département d’État de statistiques. La méthodologie et les mécanismes de régulation du prix utilisés n’ont pas été communiqués, mais d’après les employés du Département, ces processus s’appuient sur des recherches marketing, sur des examens de la situation des marchés étranger et local et sur des données budgétaires.

Le taux de change en question

À l’heure actuelle, le prix de la quasi-totalité des marchandises vendues en supermarchés est fixé en fonction du taux de change du dollar, hormis les biens de consommation courante tels que le pain, la farine, l’huile, les œufs et le jambon. Ces biens de consommation sont séparés à cause du déficit et de l’agitation qui découlent de leur vente. Nombreux sont ceux qui souhaitent acquérir leurs produits au prix tel qu’il était avant la crise (calculé selon le taux de change officiel) car, contrairement aux prix qui ont connu une augmentation de plus de 370% en un an, les salaires n’augmentent que de 10 % par an.

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On peut regretter que les employés du Département de Statistiques, s’ils vérifient chaque semaine la conformité des prix fixés, préfèrent fermer les yeux au-delà d’une certaine somme.

Maximiser les bénéfices

Les arnaques se s’arrêtent pas là. Les gérants des hypermarchés turkmènes ayant de la ressource, ils emploient différents stratagèmes pour maximiser leurs bénéfices.

La gamme de produits vendue dans les hypermarchés est également gérée par le ministère du Commerce et fournie par Turkmenbakaleïa. On peut toutefois retrouver dans presque tous les points de vente un point de commerce « parallèle ».

S’il existe une facture pour un produit, ils peuvent y transférer un autre lot acquis auprès d’un intermédiaire.

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La vente de cigarettes est la plus lucrative : un paquet coûtait 25 manats (soit 6,24 euros) en supermarché, contre 50 à 60 manats (près de 13 euros) dans une échoppe indépendante. Dans de telles conditions, les livraisons de Turkmenbakaleïa dans les grandes surfaces sont nulles. De fait, le Département préfère vendre les paquets aux propriétaires de magasins indépendants au prix de 40 à 50 manats (plus de 11 euros) et empocher le surplus.

Les clients floués

Outre leurs petites ruses, les vendeurs de grandes surfaces arnaquent parfois purement et simplement les clients : confusions sur le prix, absence de reçus, falsification des balances de pesage, fourrage de poulets avec de la glace, vente de produits périmés.

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La situation aujourd’hui s’est un peu améliorée. L’approvisionnement en cuisses de poulet a été revu, les files et les limitations ont disparu. Toutefois, les vendeurs exigent parfois de payer 9 à 12 manats (2,2 à 3 euros) par kilo, même si l’étiquette n’indique que 8 manats (2 euros).

Les citoyens turkmènes sont parfaitement au courant de ces escroqueries. Les plus rusés arrivent à obtenir un juste pesage de leurs produits ou un prix tel qu’indiqué sur l’étiquette. La plupart préfère cependant ne pas s’indigner et faire valoir leurs droits. D’autant que les vendeurs peuvent toujours s’insurger à leur tour et menacer le client, même s’ils ont été pris la main dans le sac.

Ata Garlyev

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Édité par Nicolas Ropert

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Des intermédiaires utilisent le taux de change pour multiplier considérablement leur marge
Chronika Turkmenistan
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