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Bouygues construit la seconde chambre du parlement au Turkménistan

L’entreprise internationale française est en train de construire en toute discrétion la seconde chambre du parlement turkmène. Plus largement, avec des contrats de plus d’un milliard d’euros en cours, Bouygues Construction continue d’être un acteur majeur dans le pays le plus fermé d’Asie centrale. 

Bouygues n’en finit plus d’être lié au Turkménistan. Selon nos informations, le géant du bâtiment français a été chargé de l’édification de la seconde chambre du parlement turkmène. Plus précisément, Bouygues a été désignée pour la construction d’un complexe de bâtiments pour le Halk Maslakhati, une assemblée populaire gouvernementale qui se réunit une fois par an. Créée en 1992, elle n’a pas été convoquée par le président actuel entre 2006 et 2017.

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Mais cela va changer. Lors de la dernière assemblée le 25 septembre dernier, le président turkmène a annoncé une prochaine modification de la constitution du pays pour y introduire le bicamérisme. La construction d’un bâtiment dédié au Halk Maslakhati devrait devenir la seconde chambre du parlement turkmène, comme un Sénat, d’ici l’année prochaine. Cette seconde chambre, déjà en chantier, est bâtie par Bouygues Construction. 

Comme le rapporte l’agence de presse officielle TDH, « un représentant de Bouygues a présenté au chef de l’Etat les dessins et schémas de conception » durant un tour d’inspection des travaux par le président turkmène Gourbangouly Berdimouhamedov. En effet, des photos de l’ambassadeur de France au Turkménistan datant du 27 juillet dernier montrent les travaux en cours, dont une pancarte au nom de Bouygues mentionnant clairement la construction du Halk Maslakhati. Une source proche des milieux d’affaires franco-turkmènes a confirmé à Novastan que Bouygues travaillait sur ce chantier.

Ce n’est pas la première fois qu’une société française construirait un des bâtiments les plus prestigieux de l’Etat turkmène. Depuis son implantation dans le pays en 1994, Bouygues a déjà réalisé le bâtiment de l’administration présidentielle, et Vinci celui du cabinet des ministres. 

Une tribune gouvernementale pour les défilés militaires

Ce projet gouvernemental d’importance n’est pas le seul pour Bouygues dans la capitale turkmène. Selon le média officiel Orient.tm et TDH, Bouygues a reçu une commande de la mairie d’Achgabat, qui n’était pas mentionnée en 2018, pour construire une tribune d’Etat pour les défilés de la prochaine fête de l’indépendance, dans un an exactement.

« La superficie totale de cette installation est de 20 000 mètres carrés. Une superficie de 47 000 mètres carrés sera aménagée autour d’elle » décrit l’agence TDH. « La construction comprend la tribune présidentielle et un podium pour les invités pour 2 000 sièges. La façade avant de l’objet est de 30 mètres de haut, et le niveau supérieur est de 2,55 mètres. La tribune est de 160 mètres de large et il y a aussi un héliport. »

L’agence officielle précise que le président lui-même a émis le souhait de construire cette tribune pour y tenir les défilés militaires de la prochaine fête de l’indépendance en septembre 2020. Il n’est pas évident de savoir si la construction a déjà débuté, mais en tout cas, il s’agira pour Bouygues de délais record pour pouvoir tenir la cadence et livrer cette tribune dans moins d’un an.

Bouygues à nouveau la principale compagnie étrangère de construction du pays

Depuis 2018 et la signature de contrats majeurs, Bouygues est revenue au niveau d’activité de ses plus belles années au Turkménistan. Bizarrement, la société du CAC40 ne mentionne nulle part ses contrats et ses revenus en provenance du Turkménistan.

En février 2018, Novastan avait relevé le retour en force de Bouygues au Turkménistan, avec des annonces dans les organes de presse officiels turkmènes de l’attribution à la société française de plusieurs contrats. Selon une source proche de milieux d’affaires franco-turkmènes contactée par Novastan, le montant total de ces contrats serait d’environ un milliard d’euros sur les années de la construction.

10 % du marbre posé dans la capitale depuis 25 ans l’a été par Bouygues

Bouygues est donc plus que jamais la principale entreprise française au Turkménistan. Le 2 avril dernier, elle a fêté en grande pompe ses 25 ans de présence dans le pays, comme en attestent les photos sur la page Facebook publique de l’ambassadeur de France au Turkménistan. Dans son discours du 14 juillet dernier, l’ambassadeur s’est félicité de l’augmentation des effectifs de Bouygues dans la capitale turkmène grâce à “l’octroi (…) de cinq nouveaux contrats par son Excellence le président du Turkménistan”.

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Depuis 25 ans, Bouygues a construit, comme l’affirme l’ambassadeur François Delahousse, 69 bâtiments dont 436 000 mètres carré de marbre posés. La capitale turkmène détient en effet le record de mètres carré de bâtiments couverts par du marbre blanc, avec un peu plus de 4 millions de mètres carrés. Ainsi Bouygues en aurait posé près de 10%. 

Des chantiers qui avancent

C’est à l’occasion d’une visite de contrôle des travaux le 2 octobre dernier dans la capitale par le président turkmène Gourbangouly Berdimouhammedov qu’Orient.tm a annoncé que les constructions en cours de Bouygues « avançaient rapidement ». Il y aurait trois chantiers en cours : un centre de Congrès international, le bâtiment de la banque d’Etat commercial Turkmenbachy, et celui de la banque Senagat. Selon Orient.tm, qui a reçu ses informations de représentants de Bouygues Turkménistan, ces trois bâtiments devraient être terminés et ouverts « dans quelques mois, début 2020 ».

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Ces trois bâtiments étaient déjà mentionnés début 2018 dans les communiqués de l’agence de presse officielle turkmène que Novastan citait. Depuis Bouygues a reçu deux nouveaux contrats, ce que confirment les propos de l’ambassadeur lors son discours pour le 14 juillet dernier qui mentionnait cinq projets en cours. Quand ceux-ci ont été “octroyés” par le président turkmène n’est toutefois pas clair. Malgré l’importance évidente du pays le plus fermé d’Asie centrale pour Bouygues, l’entreprise n’a pas répondu à nos sollicitations répétées.

La rédaction

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Bouygues construit en toute discrétion le Sénat turkmène.
Capture d'écran
Bouygues est présent depuis 1994 au Turkménistan.
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