Hôtel Karakoum Turkménistan Achgabat

Bouygues revient en force au Turkménistan

L’entreprise de construction française a été choisie officiellement par le gouvernement turkmène pour construire plusieurs immeubles et un centre des congrès à Achgabat, la capitale. 

Bouygues revient sur le devant de la scène au Turkménistan. L’entreprise de construction française, présente dans le pays depuis 1994, et à l’origine du style « persico-palladien » de la capitale, mêlant dorure, marbre et fontaines, a été choisie officiellement par le pouvoir turkmène pour réaliser un chantier gigantesque à Achgabat, la capitale du pays.

Comme le précise un communiqué de l’agence de presse officielle turkmène « Altyn Asyr », Bouygues Bâtiment International, filiale de Bouygues Construction et « partenaire de confiance de long terme », sera chargée du design et de la construction de nouveaux immeubles.

Un chantier immense…

Dans le détail, le chantier entrepris à Achgabat par le président Gourbangouly Berdimouhamedov est hors normes : un centre des congrès international composé de plusieurs bâtiments, un hôtel de luxe, un immeuble pour célébrer les fêtes nationales et d’autres grands évènements et enfin 16 immeubles d’habitations de 12 étages, capables d’accueillir plus de 1000 familles.

Le communiqué du gouvernement, publié le 15 février dernier, mentionne également deux bâtiments pour les banques « Türkmenbaşy » et « Senagat », qui devront « s’intégrer de manière harmonieuse dans l’ensemble ». Le président turkmène supervise directement les projets de construction de la capitale.

… mais flou

Malgré cette profusion de détails et d’ambition, le gouvernement ne précise pas si Bouygues réalisera l’ensemble de ce plan ou si l’entreprise française sera aidée. Radio Free Europe mentionne notamment une entreprise turque, « Renaissance Heavy Industries », mais ce nom ne se retrouve pas officiellement. Les communiqués officiels ne précisent pas le montant du contrat.

En parallèle, on trouve le projet de l’hôtel « Karakoum », qui s’étendrait sur près de 7 hectares, non loin du nouvel aéroport du pays. D’après Radio Free Europe, ce projet de 300 millions de dollars aurait été remporté par Bouygues sans aucun appel d’offre*. Une autre version des faits, détaillée à Novastan, fait état d’un projet qui aurait dû revenir au turc Polimeks mais qui se retrouve aujourd’hui sans donneur d’ordres après la « disparition » de l’entreprise à l’automne dernier. Bouygues ne serait donc pas impliquée dans ce projet.

Plus largement, si Bouygues réalise effectivement l’ensemble du chantier présenté, hôtel Karakoum excepté, le contrat dépasserait allègrement le milliard de dollars. Contacté par Novastan, Bouygues n’a pas souhaité faire plus de commentaires. « Nous avons pour habitude de ne communiquer qu’à l’entrée au carnet de commande des contrats, ce qui n’est pas le cas pour les projets mentionnés », a affirmé l’entreprise française.

Un contexte économique tendu

Si le flou reste conséquent autour de ce projet de construction, les objectifs du gouvernement sont en revanche plus clairs. Pour le pays le plus fermé d’Asie centrale, dirigé fermement par Gourbangouly Berdimouhamedov depuis 2006, l’objectif est d’attirer des visiteurs internationaux et de pouvoir s’afficher comme un centre de congrès international. Ainsi, le centre international et l’hôtel de luxe se veulent être des « cartes de visite » de la capitale, se targue Achgabat.

Achgabat Turkménistan Ville Banlieue Immeubles

Ces dépenses somptuaires interrogent, alors que le Turkménistan traverse une crise alimentaire importante et connaît une inflation incontrôlée. Économiquement, le pays reste ultra-dépendant de ses ressources en gaz, achetées à bas prix par la Chine.

Lire aussi sur Novastan : La chute du second Koweït : le Turkménistan en pleine crise alimentaire

Comme le précise la chambre de commerce France-Turkménistan, ces dépenses devraient cependant relancer le secteur de la construction et créer des milliers d’emplois. D’autres constructions sont prévues à Achgabat et devraient être remportées par des entreprises turkmènes, estime la chambre.

Bouygues profite de la déchéance d’un concurrent

En remportant ce contrat, Bouygues également profité des mauvaises relations entre Gourbangouly Berdimouhamedov et Polimeks, un poids lourd turc dans le pays. Chargée de construire les bâtiments des Jeux asiatiques en salle, véritable fierté du pouvoir turkmène, ou encore du nouvel aéroport d’Achgabat, qui s’enfonce dans le sable, Polimeks se serait mis en porte-à-faux avec le président turkmène.

De fait, le gouvernement turkmène devraient à Polimeks quelques 800 millions de dollars pour les bâtiments pharaoniques construit ces dernières années. Les dirigeants de Polimeks auraient réclamé au président turkmène cet argent, ce qui l’aurait fortement agacé, décrit Radio Free Europe.

Lire aussi sur Novastan : Turkménistan : les Jeux asiatiques en salle comme théâtre de communication

Alors que Polimeks a été le plus gros constructeur pour le Turkménistan depuis 2006, sa déchéance profite rait aujourd’hui à Bouygues ainsi qu’à Chalik, son compatriote turc.

Une grande proximité avec les présidents turkmènes

Le contexte est ainsi favorable pour Bouygues. Présente dans le pays depuis 1993, Bouygues a construit plus de 60 bâitments dans la capitale turkmène, notamment de nombreux bâtiments gouvernementaux et la plus grande mosquée du pays. Au fil des années, l’entreprise de Martin Bouygues est restée proche du premier président turkmène Saparmourat Niazov (1991-2006) et de son successeur, comme l’a démontré « Le Monde diplomatique » en mars 2015.

Gypjak Mosquée Turkménistan Türkmenbaşy Ruhy

Son dernier projet d’importance datait cependant de 2013, avec la construction de l’hôtel de luxe « Yulduz » pour 275 millions de dollars. L’entreprise a maintenu une présence minimale dans le pays et devrait renforcer très rapidement ses effectifs sur place.

Comme l’explique Radio Free Europe, Bouygues a su maintenir la flamme avec le régime turkmène. Martin Bouygues s’est ainsi rendu dans le pays en octobre 2016 et en septembre 2017. Le PDG du groupe aurait été reçu par le président turkmène en personne lors de ces deux occasions. Un prochain voyage serait également d’actualité, certainement pour signer en bonne et due forme les contrats.

*Edition 27 février 2018 : une première version de cet article mentionnait que Bouygues allait construire l’hôtel Karakoum et avait remporté le projet sans appel d’offres. Ces informations se sont révélées fausses et nous avons édité l’article en conséquence. Bouygues a également répondu à nos sollicitations.

Etienne Combier
Co-fondateur de Novastan

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Une représentation de l’hôtel Karakoum, à Achgabat.
Radio Free Europe
Une vue du centre d’Achgabat.
cercamon
Un aperçu de la banlieue d’Achgabat, capitale du Turkménistan
Juris Paiders
La mosquée de Gypjak, ou mosquée Türkmenbachi Ruhy, à l’extérieur d’Achgabat, est considérée comme la plus grande d’Asie centrale. Elle a été construite en 2004 par Bouygues.
Samenargentine
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Commentaires
  • Petite erreur dans l’article : le dernier gros projet en date était un centre des congrès d’une valeur d’environ 470 million de $, fini en 2015

    13 mars 2018

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