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Gaz : le Turkménistan coopère à nouveau avec Gazprom

Entièrement dépendant des achats chinois depuis plusieurs années, le Turkménistan discute de nouveau de la vente de son gaz à la Russie. Un retour en grâce auprès de Moscou qui s’expliquerait par une rivalité russo-chinoise.

Novastan reprend et traduit ici deux articles initialement publiés par le média russe indépendant spécialisé sur l’Asie centrale, Fergananews.

Un renouveau des relations entre Gazprom et le Turkménistan était dans l’air cet été, il est désormais devenu réalité. Les autorités du Turkménistan ont entamé des négociations avec le géant russe Gazprom pour reprendre les ventes de gaz turkmène à partir du 1er janvier 2019, a rapporté l’agence gouvernementale « Turkmenistan Sevodnia » (Turkménistan aujourd’hui) le 9 octobre dernier.

D’après l’agence, le président turkmène Gourbangouly Berdimouhamedov a rencontré le vice Premier ministre russe Konstantin Tchouïtchenko ainsi que le directeur général de Gazprom, Alexeï Miller. La discussion a notamment porté sur une reprise des ventes de gaz au géant pétrolier russe à partir du 1er janvier 2019.

Cette date sera aussi celle à partir de laquelle le gouvernement turkmène cessera de subventionner le gaz pour sa population. Alors qu’il était gratuit depuis l’indépendance en 1991, le gaz sera payé par les contribuables turkmènes au 1er janvier.

Des négociations toujours en cours

Les négociations à ce sujet sont toujours en cours, de sorte que les conclusions d’accords ne sont pas encore à l’ordre du jour. En outre, selon les autorités turkmènes, la possibilité de mettre en place des projets communs dans les domaines du traitement du gaz et du développement de la gazochimie est également discutée.

Le même jour, « Turkménistan Sevodnia » a publié un entretien avec Konstantin Tchouïtchenko. Ce dernier se garde d’aborder en termes trop explicites le sujet de la reprise des achats de gaz, ni de préciser de date pour celle-ci. « Comme on le sait, fin décembre, les « vacances commerciales » de Gazprom prennent fin. À l’heure actuelle, la société, en tant qu’entité économique, travaille pleinement au développement des relations avec le Turkménistan », a-t-il simplement déclaré.

La veille de la réunion, le 8 octobre, les médias turkmènes avaient rapporté un entretien téléphonique entre Gourbangouly Berdimouhamedov et son homologue russe Vladimir Poutine. D’après cet entretien, « les interlocuteurs ont constaté avec satisfaction le caractère amical des relations entre les deux pays, établies sur les principes de respect mutuel, de constructivité et de partenariat stratégique».

Pékin, seul acheteur du gaz turkmène

Au cours des dernières années, Pékin a été le seul acquéreur de gaz turkmène, après avoir financé la construction d’un gazoduc qui a contraint Achgabat à vendre son gaz à un prix très bas.

Lire aussi sur Novastan : A 25 ans, le Turkménistan en plein péril gazier ? 

Avec ce nouvel accord russe, le Turkménistan renoue avec son passé. Dans les premiers temps de son indépendance, le Turkménistan fournissait principalement la Russie mais, en 2009, après l’explosion d’un gazoduc reliant les deux États et dans un contexte de tensions sur les prix, les approvisionnements se sont interrompus durant quelques mois. Ces fournitures ont par la suite repris, mais en volumes nettement moindres. La Russie n’était alors que le troisième partenaire du Turkménistan sur ce marché, après l’Iran et la Chine. En 2016, après un conflit prolongé entre Gazprom et Turkmengaz, Moscou avait cessé ses approvisionnements en gaz turkmène. En 2017, c’était au tour de Téhéran de refuser ce gaz.

Le gaz, une arme géopolitique pour Moscou

Ce retour en grâce du Turkménistan auprès de la Russie s’expliquerait en grande partie par une rivalité entre Russie et Chine. « Il va de soi que le gaz turkmène est loin d’être essentiel pour la Russie, car nous avons nos propres ressources et leur extraction ne représente en aucune façon un problème », a affirmé l’analyste principal du Fonds national de Sécurité énergétique, Igor Iouchkov, lors d’un entretien à la radio NSN le 12 octobre dernier.

« Nous pouvons encore augmenter notre production, alors que les infrastructures actuelles nous permettent d’extraire près de 150 milliards de mètres cube de gaz chaque année », a déclaré l’expert russe, rapporte Fergananews. Et de poursuivre : « Il n’est pas exclu que Gazprom pousse la Chine à conclure un contrat avec elle en limitant les possibilités de fourniture de gaz turkmène à Pékin ».

La Chine pourrait acheter du gaz à la Russie

Selon Igor Iouchkov, le Turkménistan est actuellement le principal fournisseur de gaz à la Chine. En 2017, pas moins de 31,7 milliards de mètres cube de gaz turkmène ont été livrés à Pékin. « Comme la Chine n’a pas augmenté ces fournitures, il faut récupérer les volumes supplémentaires de gaz du Turkménistan », explique l’analyste. Selon lui, cette stratégie va forcer le gouvernement chinois à se tourner vers Moscou pour se fournir en gaz.

Un coup de billard à trois bandes qui n’est pas forcément une nouveauté. En 2014 déjà, la Russie et la Chine avaient conclu un contrat de 30 ans concernant l’approvisionnement en gaz. Loin d’être précipitée, la préparation de ce contrat avait duré près de 10 ans. Le président russe Vladimir Poutine s’était personnellement impliqué au stade final des négociations. La mise en œuvre de l’accord n’a pas davantage été hâtée : ce n’est qu’en décembre 2017 qu’un accord de coordination sur les conditions de livraison a été signé. Le début des fournitures est prévu pour le 20 décembre 2019.

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Etienne Combier

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Le géant gazier russe Gazprom pourrait à nouveau racheter du gaz turkmène. (Photo d’illustration d’une station de compression).
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