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La construction du pipeline TAPI : un bluff turkmène ?

TAPI. Ces quatre initiales pour Turkménistan, Afghanistan, Pakistan et Inde représentent le projet d’un pipeline gazier convoité, reliant un des régimes les plus fermés au monde à une économie en pleine expansion. Si le projet a officiellement débuté, aucune garantie n’existe pour qu’il soit achevé. Analyse.

Le 13 décembre dernier, le vice-président indien Hamid Ansari, le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif et le président afghan Ashraf Ghani ont inauguré à l’invitation du président turkmène Gurbanguly Berdimuhamedov la construction du pipeline TAPI (Turkménistan – Afghanistan – Pakistan – Inde) depuis la ville de Mary au Turkménistan. La ville a d’ailleurs été fermée pour l’occasion, selon des informations recueillies par Novastan. Les habitants ont  été interdits de sortir de chez eux pendant toute la journée, pour des raisons de sécurité.

Cette cérémonie montre l’activisme des autorités turkmènes, qui ont profité de la fête des 20 ans de la neutralité du Turkménistan et des nombreux chefs d’Etats régionaux présent pour faire sortir de terre (au Turkménistan du moins) ce projet de pipeline qui date des années 1990.

Un projet qui ne se matérialise pas depuis plusieurs dizaines d’années

Le TAPI est un projet ambitieux. Pipeline de plus de 1800km, il devrait permettre de relier les grands gisements gaziers turkmènes, comme le géant Galkynysh, aux marchés nécessiteux de l’Inde et du Pakistan à travers l'Afghanistan. Le projet promet de stabiliser la région en passant à travers l’Afghanistan, en distribuant gaz, électricité et dollars.

Cependant, le TAPI ne s’est jamais matérialisé à cause de l’instabilité de l’Afghanistan qui empêche la construction du pipeline. Aujourd’hui, le projet débute alors que l’Afghanistan est pourtant de plus en plus instable ces derniers mois, comme le reconnaissent les pays d’Asie centrale. Seul contre tous, le Turkménistan s’est offusqué publiquement (ce qui est rare) d’un discours du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev mentionnant des incidents à la frontière Turkméno-Afgane. Il a également soudainement refusé toute aide américaine pour sécuriser sa frontière avec l’Afghanistan alors qu’il le demandait il y a quelques mois encore. Alors que toute l’Asie centrale redoute publiquement un retour de l’instabilité, voire de la guerre en Afghanistan, le Turkménistan ne veut plus parler de ce sujet.

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Au cœur du TAPI : diversifier les acheteurs du gaz turkmène

Le Turkménistan subit de plein fouet la crise des pays producteurs de pétrole, voyant son économie se détériorer, comme l’a noté le Fonds Monétaire International le 25 novembre dernier, prévoyant une baisse de la croissance du pays de 3 à 4 points dans l’année à venir. Le Manat, la monnaie nationale, a été dévalué de 25% et il est de plus en plus difficile de se procurer des dollars dans le pays. Avec une dépendance totale à la Chine qui exporte plus de 80% du gaz turkmène, si l’économie chinoise décline et que les prix du gaz ou les volumes vendue à la Chine baisse, l’économie turkmène se retrouverait en très mauvaise position.

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Le besoin de diversifier les acheteurs du gaz turkmène est tout en haut de l’agenda du président Berdimuhamedov et le projet TAPI est le plus avancé. L’autre projet de pipeline qui ouvrirait les marchés européens au gaz turkmène est le projet de pipeline transcaspien, mais il bute toujours sur le statut non résolu de la mer Caspienne, du fait de la Russie qui essaye de faire échouer un projet qui permettrait à l’Europe d’avoir une alternative à son gaz. La Russie a de plus  tiré à plusieurs reprises des missiles depuis la mer Caspienne dans le cadre de ses opérations militaires en Syrie, montrant ainsi sa suprématie militaire dans une mer disputée et qui se militarise depuis plusieurs années avec pour toile de fond les enjeux pétrolier et gazier concurrents.

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La portion afghane du pipeline, grande inconnue

Ainsi l’option TAPI, malgré le retour de la menace afghane, semble la plus réalisable. Ce qui explique cette cérémonie en grande pompe avec les chefs d’Etats et de gouvernements des quatre pays concernés sur le territoire turkmène. Le consortium du TAPI a en effet désigné la compagnie nationale Turkmengaz comme constructeur du pipeline, alors que jusque là personne ne voulait prendre la responsabilité de la construction à cause du risque afghan notamment. Le financement des 10 milliards de dollars que coûtera la construction est cependant loin d’être bouclé. Le Turkménistan a demandé l’implication de la Banque Islamique de Développement, de même que la compagnie émiratie Dragon Oil qui est la seule compagnie présente dans l’offshore turkmène.

Malgré l’engagement fort des quatre Etats pour ce projet, capable de mettre d’accord Inde et Pakistan, les défis économiques et sécuritaires sont conséquents. Bien que la construction ait effectivement commencé sur les 200km du territoire turkmène, les 735km suivant pour traverser l’Afghanistan restent une inconnue. Ce qui explique que jusqu’à aujourd’hui aucune compagnie internationale privée n’ait voulu prendre une part des 34% restant du consortium TAPI.

La rédaction



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Press Information Bureau
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