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La création du lac d’Altyn Asyr dans le désert turkmène prolonge la catastrophe de la mer d’Aral

La création du lac artificiel Altyn Asyr dans le désert turkmène, décrété au début des années 2000, est un désastre pour les ressources en eau de l’Asie centrale. Un projet qui réitère les erreurs du creusement du canal du Karakoum et produira des effets semblables à la disparition de la mer d’Aral. Et donc plus de tempêtes toxiques dans la région…

Novastan reprend et traduit un article initialement paru sur Chronicles of Turkménistan, média d’opposition turkmène basé à l’étranger.

Le 19 juin dernier, le Président turkmène Gourbangouly Berdymoukhamedov a participé à la conférence internationale « L’eau pour le développement durable, 2018-2028 » qui s’est tenue à Douchanbé au Tadjikistan. S’exprimant lors de cet événement, le chef de l’État turkmène a noté que « les perspectives d’une paix durable, la stabilité, le développement et la prospérité sur la planète dépendent largement de la résolution des problèmes de conservation et d’utilisation rationnelle des ressources en eau ».

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Alors que le leader turkmène a proposé diverses initiatives à la communauté internationale depuis ses plus hautes tribunes, d’importants problèmes persistent dans le domaine de la gestion de l’eau au Turkménistan.

À l’initiative du premier président du pays le plus fermé d’Asie centrale, Saparmourat Niyazov, la construction d’un lac artificiel nommé Altyn Asyr (« le siècle d’or » en turkmène, du nom de l’époque du premier Président turkmène) dans le désert du Karakoum a ainsi été lancée dans les années 2000.

Reproduire les mêmes erreurs

À cette fin, par analogie avec le lac Sarykamych, des eaux de drainage (des eaux de surplus déjà utilisées dans les champs pour l’irrigation) de canaux provenant principalement du fleuve Amou-Darya ont servi à remplir la dépression naturelle de Karachor. Pour y parvenir, un canal prenant son départ 800 kilomètres à l’est de ladite dépression a été creusé et étendu le long des sables sur l’intégralité de la distance. Toutes les eaux de drainage des canaux des régions plus orientales de Lebap, Mary et Akhal y sont déversées. Le réservoir est parallèle au fameux canal du Karakoum qui utilise à lui seul quelques 25% des eaux de l’Amou-Darya, mais à 100 kilomètres plus au nord.

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Le canal a été creusé directement dans le sable sans aucune forme d’isolation. Les autorités avaient parié sur le fait que de la vase recouvrirait le fond du canal naturellement lorsque l’eau viendrait à l’alimenter, ce qui empêcherait l’infiltration d’eau dans le sable à terme. C’est d’ailleurs la même technique qui avait été utilisée pour la construction du canal de Karakoum dans les années 1950, bien que de nombreux experts ont admis plus tard que c’était une erreur qui a conduit et conduit toujours à de très importantes pertes d’eau dans le canal.

Salinisation et pollution des terres

Mais le plus important, comme lors de la construction du canal du Karakoum à l’époque soviétique, c’est la construction dans la précipitation d’une nouvelle voie d’acheminement pour remplir le lac Altyn Asyr le plus tôt possible. En plus des graves pertes d’eau, les infiltrations d’eau sur toute la longueur du canal de Karakoum ont entraîné une élévation du niveau des eaux souterraines. En conséquence, l’environnement s’est retrouvé dégradé du fait de la salinisation et de la dégradation des nappes phréatiques et, par extension, de vastes étendues de terres.

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Lors de la construction du canal du Karakoum, comme pour celui qui alimentera le lac Altyn Asyr aujourd’hui, les facteurs météorologiques n’ont pas été pris en compte. À savoir des vents soufflant constamment dans la région et des mouvements de masses géantes de sable du désert associés à ces vents. Ainsi, d’importants dépôts de sable ont rempli le canal et ses réservoirs. Et, au final, le cours du canal lui-même a progressivement changé. L’eau a érodé les rives et inondé de vastes zones, formant des lacs. Pour cette raison, dans de nombreux endroits où le canal passe, il est impossible de comprendre où se trouvait son lit à l’origine. Périodiquement, l’eau de drainage, saturée de produits chimiques et de sels provenant des champs arables en amont du canal, se retire, laissant derrière elle un sol salin totalement stérile.

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Résultat : plus de tempêtes toxiques à l’avenir

On ne peut que deviner l’étendue des dégâts causés et encore aujourd’hui infligés à l’écologie du désert turkmène. Cependant, tôt ou tard, ce problème se fera sentir, tout comme la mer d’Aral mourante rappelle aujourd’hui aux gens son agonie qui se prolonge.

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Au début du mois de juin dernier, une tempête de sel de la mer d’Aral a recouvert pendant plusieurs jours une partie considérable du Turkménistan et de l’Ouzbékistan d’un épais brouillard blanc. Un nouveau désert de sel d’une superficie de 5,5 millions d’hectares est apparu sur la partie nue de ce qui était auparavant la mer d’Aral. Les tempêtes de poussière sont régulières et répandent sur des milliers de kilomètres des sels toxiques. Ces substances nocives ont été retrouvées jusque sur les côtes de l’Antarctique, sur les glaciers du Groenland et dans les forêts de Norvège.

Traduit du russe par la rédaction

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Le cimetière des bateaux de la mer d’Aral à côté de l’ancienne ville portuaire de Moynak en Ouzbékistan
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Une rue de la capitale régionale du Karakalpakistan, Noukous, sous la tempête de sel du 27 mai 2018.
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