La nostalgie du communisme réunit les fidèles de l’URSS en Asie Centrale

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Le 7 novembre 2012 fût une journée bien particulière pour les adeptes du communisme. Cette date marque en effet le 95e anniversaire de la Révolution d’Octobre de 1917, genèse de l’histoire soviétique. Coïncidant cette année, ironie du sort, avec les élections présidentielles aux États-Unis, la manifestation a réuni les communistes Kirghizes sous les drapeaux râpés de la faucille et du marteau.

Le lieu de la manifestation s’est imposé à ses organisateurs comme une évidence. Difficile de trouver endroit plus approprié pour l’évènement que la place ancienne au centre de Bichkek, et sa statue de Vladimir Lénine, le bras tendu vers des lendemains qui chantent.

Les manifestants ont pris place en face du siège du Gouvernement, vide ce mercredi 7 novembre, jour férié au Kirghizstan. Des communistes jeunes et vieux, entourés de symboles soviétiques, drapeaux écarlates, faucilles dorés, bannières aux slogans glorifiant la Révolution, ont pu écouter les dirigeants du mouvement, Klara Adjybekova et Isskhaque Masaliev.

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Klara Adjybekova, leader du parti communiste kirghiz d'URSS. Crédit : Aïdaï Erikova

Depuis la scission du parti communiste Kirghiz 1999, il y a deux partis communistes au Kirghizstan. Le premier, sous la direction de Klara Adjybekova, s’efforce de préserver la pureté des idéaux marxistes-léninistes originels. Le second, dirigé par Isskhaque Masaliev, tâche d’adapter le communisme aux conditions de l’Etat souverain. Divisé entre ces deux partis, l’électorat communiste n’a pas réussi à réunir suffisamment de suffrages pour entrer au gouvernement en 2010. Pendant la manifestation, les leaders des deux partis se sont accordés sur la même priorité : «Nous désirons que chaque citoyen puisse mener sa vie dignement».

Une partie de la population garde en mémoire les avantages offerts par le régime communiste, avec en premier lieu l’assurance d’un travail, d’une formation, et dans une certaine mesure, de la satisfaction des besoins élémentaires de l’homme. Cette nostalgie explique amplement la popularité de la doctrine communiste au Kirghizstan et au-delà, dans l’Asie Centrale et la CEI.

C’est ainsi que lors des élections à la Douma d'Etat [Le parlement russe] en décembre 2011, le parti Communiste de la Fédération de la Russie [KPRF] dirigé par Gennadiï Zuganov a obtenu 19,51% et est devenu le deuxième parti de Russie, après le parti présidentiel « Edinaïa Rossia » [« Russie unie »].

Au Kazakhstan les disciples du marxisme-léninisme sont représentés par le Parti Communiste du Kazakhstan [KPK] , composé de 54 246 membres [d’après les chiffres de la Commission électorale]. Cependent en octobre 2011 l’action du KPK a été arrêtée par la Cour interrégionale sur la responsabilité administrative d’Almaty. Le gouvernement a décidé d’intenter cette procédure suite à un soupçon quant à un lien entre le leader des communistes Kazakhs, Gaziz Aldamdjarov, et le mouvement d'opposition « Front populaire ». Cette interdiction est encore actuelle.

Les communistes tadjiks sont réunis dans le CRT, le Parti Communiste Tadjik , favorable à la  construction d’un Etat socialiste. Aux élections de 2010, le parti a obtenu 7% des voix et a pu envoyer deux députés à la Chambre basse du Parlement Tadjik.  

Le Parti national-démocratique [NDP] regroupe quant à lui  les communistes ouzbeks. Entre 2009 et 2010,  ce parti était représenté au Parlement par 31 députés sur 150. Aujourd’hui la fraction de NDP au Parlement ouzbek comprend 29 membres, soit 19% des députés. Le but principal du NDP est de devenir un parti du pouvoir et d’influencer les décisions du Parlement, malgré le fait que leurs adversaires politiques le considèrent comme un parti peu progressif.

Âgé de 21 ans, Gleb Khim, membre du Parti Communiste du Kirghizstan, affirme : « Le socialisme est notre avenir. Tôt ou tard, l’humanité retournera vers le communisme parce que seul le communisme est le bon chemin », en ajoutant qu’il y a environ 10 000 membres répertoriés dans son parti.

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Un manifestant arborant une pancarte du camarade Lénine. Crédit : Aïdaï Erikova

Tout le monde n’accepte pourtant pas l’avenir offert par les partis communistes. Professeur à l’Université Kirghizo-Russo Slave, Marat Kazakpaev déclare : « Ce sont des partis mourants dirigés par de vieux politiciens. Naturellement, quelques uns dans notre pays [Kirghizstan] sont nostalgiques de l’URSS. Mais marcher à reculons est impossible et trompeur. Quand on parle de l’URSS, il faut comprendre qu’aux côtés des aspects positifs du communisme, les violations des Droits de l’Homme faisaient partie du système ».     

D’autre part, les divergences entre les partis communistes sont perceptibles. Malgré l’unité extérieure, mise en évidence par les chefs des partis pendent la manifestation du 7 novembre, la division idéologique parmi les cadres du même mouvement vulnérabilise les deux partis communistes kirghizs.
Le communisme kirghiz ne se limite d’ailleurs pas à ces deux seuls partis : un autre mouvement est représenté par le « Comité Central du Parti Communiste de l’URSS auprès du XXème congrès ».

Ce dernier s’est démarqué du Parti Communiste du Kirghizstan après que Klara Adjybekova ait voté en faveur de la propriété privée à la séance plénière du Parlement. Aujourd’hui les membres de ce mouvement défendent encore la dictature du prolétariat, en suivant de manière puritaine les dogmes marxistes abandonnés lors du vingtième congrès.

Quoi qu'il en soit, « la nostalgie du communisme » semble garder une place prépondérante dans les cœurs des anciennes générations. Mais les contradictions entre les différents courants du mouvement communiste montrent la vulnérabilité à l'intérieur du Parti. Au point de se demander si le communisme est encore possible dans des conditions d’un pays souverain influencé par la mondialisation.

Aïdaï Erikova
Rédactrice en chef de Francekoul.com 

Relu par 
Pierre Sautreuil
Stéphane Vinçon 

 

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